Vendée Globe 2020
« On va essayer de faire un podium »

Raphael Brun
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Le vice-président du yacht-club de Monaco, Pierre Casiraghi, et le navigateur allemand, Boris Herrmann, visent une participation au Vendée Globe 2020. Ce qui serait une première pour un bateau monégasque. Ils expliquent leur projet à Monaco Hebdo et évoquent l’organisation des premiers Monaco Globe Series, début juin. 

Vous visez une participation au Vendée Globe 2020 avec votre monocoque, Malizia II, dans la catégorie IMOCA : quelles sont les étapes à valider d’ici là ?

Pierre Casiraghi : Il faut participer à une série de courses qui sont qualificatives pour le Vendée Globe 2020. Comme il y a plus de bateaux qui souhaitent participer que de places disponibles, il faut donc parvenir à se qualifier. En parallèle, nous allons participer à des courses en solitaire. Car chaque course est un entraînement.

Comment se déroulent ces qualifications ?

P.C. : Il faut faire le plus de milles possibles en course. Sachant aussi que plus on fait de courses et plus on abîme le bateau et plus il faut changer des pièces… Or, chaque pièce étant du sur-mesure, cela peut vite coûter très cher. C’est comme ça. Après, pour certains types de casse, il existe des assurances pour ce type de bateaux.

En quelles matières sont les bateaux ?

Boris Herrmann : Aujourd’hui, la plupart des bateaux sont en carbone. Mais il y a des règles à suivre. Pour expliquer l’écart de prix et de performances, il faut comprendre qu’il y a des différences de coques et de formes de foil.

Le budget d’une équipe pour une saison ?

P.C. : Les plus grosses équipes doivent dépenser environ 2,5 millions d’euros par an. Sachant qu’un bateau peut coûter entre 4 et 6 millions d’euros.

Sur les deux prochaines années, vous allez participer à combien de courses ?

B.H. : Environ huit ou neuf courses. En gros, on va faire trois transats par an. L’objectif, c’est d’emmagasiner un maximum d’expérience, mais aussi d’optimiser le bateau.

P.C. : Dans une victoire, il y a toujours une partie de chance, aussi. Car il faut savoir qu’en 20 secondes, on peut casser un bateau. Car si ces bateaux sont solides, on les pousse aussi très loin. Du coup, leur résistance devient minime. La moindre erreur peut se payer cash. Un catamaran étant surpuissant par rapport à sa taille, il peut très vite chavirer. En l’espace d’une demi-seconde, tout peut basculer.

Après la transat Jacques Vabre en 2017, participer au Vendée Globe 2020 serait encore une première pour un bateau monégasque ?

P.C. : Absolument. Notre participation, en août 2017, à la Fastnet Race, qui est une course à la voile qui se déroule entre Cowes et Plymouth, en Angleterre, en passant par le phare de Fastnet Rock en mer d’Irlande, était aussi une première. Avec Boris, on a réussi à faire un podium, puisqu’on a terminé à la troisième place. La Fastnet Race est une course mythique, qui existe depuis 1925.

Le Vendée Globe, qu’est-ce que ça représente pour vous ?

P.C. : C’est un rêve. Monter une équipe pour faire le Vendée Globe, c’est quelque chose d’énorme. Boris fait un super boulot. C’est incroyable.

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© Photo Iulian Giurca – Monaco Hebdo.

Votre objectif pour le Vendée Globle 2020 ?

P.C. : On va essayer de faire un podium. Il faut absolument essayer. Boris est expérimenté et je pense que le bateau peut le faire. Et puis, comme dans chaque course, il faudra aussi un peu de chance. Les meilleurs finissent la course en 74 jours (1).

Comment est-ce qu’on tient le coup, physiquement et psychologiquement, pendant 74 jours, seul en mer ?

P.C. : Il n’y a pas le choix. Une fois qu’on est parti, il faut tenir.

B.H. : Le temps de sommeil est dicté par le vent et par les conditions climatiques. Si j’ai un vent constant en direction et en force, ça peut être merveilleux. Mais c’est rarement comme ça. Souvent, le vent change, et il faut donc s’adapter et changer les voiles. Il s’agit alors de gérer son énergie.

Du 1er au 8 juin 2018, le yacht club de Monaco organise le premier Monaco Globe Series, première étape du nouveau championnat IMOCA (2018-2020) : quel sera le tracé de cette course ?

P.C. : Après un départ de Monaco, on suivra la côte ouest de la Corse, avant d’aller vers les Bouches de Bonifacio et la Sardaigne pour rendre hommage au Yacht Club Costa Smeralda, un club qui fête d’ailleurs cette année ses 20 ans de jumelage avec le yacht club de Monaco. Ensuite, les concurrents iront vers la Sicile pour aller virer devant un autre club avec lequel nous sommes jumelés : le Circolo della Vela Sicilia, qui est aussi l’organisateur de la Palermo-Montecarlo. Enfin, on se dirigera vers les îles Baléares, avant de rejoindre Monaco. La totalité de ce parcours représente 1 200 milles nautiques, soit environ 3 000 kilomètres. Ce qui en fait la plus longue course jamais organisée en Méditerranée. Il faudra entre quatre et six jours pour boucler cette course.

Qui commande à bord du bateau ?

P.C. : Boris a l’expérience nécessaire pour être le leader.

Qui sont les favoris pour ces Monaco Globe Series ?

P.C. : Il y aura dix équipages. Les favoris sont SMA avec Paul Meilhat et… nous. Cette course en double, sans escale et sans assistance, permettra aux concurrents de marquer des points pour les sélections du Vendée Globe 2020.

Qui est le meilleur navigateur au monde ?

P.C. : Actuellement, je pense que c’est François Gabart. C’est peut-être même le meilleur navigateur de toute l’histoire de ce sport. Il est vraiment au-dessus.

 

1) Pour le Vendée Globe, le record est détenu par Armel Le Cléac’h, qui a bouclé l’édition 2016-2017 de cette cette course en 74 jours, 3 heures, 35 minutes et 46 secondes.
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© Photo Iulian Giurca – Monaco Hebdo.

 

Monaco Globe Series

La liste des engagés (1)

Malizia II – Pierre Casiraghi/Boris Herrmann

SMA – Paul Meilhat/Gwénolé Gahinet

Newrest Art & Fenêtres – Fabrice Amedeo/Eric Peron

Bureau Vallée 2 – Louis Burton/Anna-Maria Renken

Monin – Isabelle Joschke/co-skipper à venir

Club Corsaires 2020 – Alexia Barrier/Pierre Quiroga

Groupe Setin – Manuel Cousin/co-skipper à venir

Kilcullen Team Ireland – Joan Mulloy/co-skipper à venir

Boulogne Billancourt — Stephane Le Diraison/Stan Maslard

1) Liste au 8 mai 2018.

 

Monaco Globe Series 2018

Le programme

Vendredi 1er juin 2018

Journée d’exhibition dédiée aux teams et leurs sponsors

• 14h00 : Runs et parcours en baie de Monaco

• 17h00 : Conférence de presse de lancement des Monaco Globe Series

• 18h00 : Cérémonie d’ouverture des Globe Series (sur invitation)

• 20h30 : Dîner de Gala (sur invitation)

Samedi 2 juin 2018

Journée d’exhibition

• 14h00 : Runs et parcours en baie de Monaco

Dimanche 3 juin 2018

• 13h00 : Départ de la course de 1 200 milles nautiques

Vendredi 8 juin 2018

• 18h00 : Cérémonie de remise des prix

 

Monaco Globe Series 2018

« Un rendez-vous unique »

Il n’a aucun doute. L’organisation de la première édition du Monaco Globe Séries du 1er au 8 juin 2018, est capitale. Pierre Casiraghi, vice-président du yacht club de Monaco estime que « non seulement, cela s’inscrit dans une volonté d’approfondir et de développer la politique sportive menée ici, à Monaco, mais cela permet surtout de susciter de nouvelles vocations et de faire rêver les plus jeunes. Les IMOCA ne sont pas des bateaux que nous avons l’occasion de voir très souvent ici, en Méditerranée. Cela accentue le caractère unique du rendez-vous. » Parmi les favoris, les Bretons Paul Meilhat et Gwénolé Gahinet sur SMA. Il faudra suivre aussi Louis Burton et Anna-Maria Renken, à bord de Bureau Vallée 2. Et, bien sûr, il faudra aussi compter avec Malizia II, et le duo Pierre Casiraghi-Boris Herrmann. Les Monaco Globe Series donneront le coup d’envoi des Globe Series, le nouveau championnat IMOCA 2018-2020, qui compte 7 courses, avec un système de points et de coefficients sur quatre ans. Ceux qui auront parcouru le plus de milles nautiques seront sélectionnés pour participer au Vendée Globe 2020. Il sera possible de suivre les Monaco Globe Series sur les différents écrans du yacht club de Monaco, mais aussi sur son site www.yacht-club-monaco.mc. R.B.

 

Monaco Globe Series 2018

Une épreuve écolo

Les Monaco Globe Series se sont associés avec la fondation Prince Albert II pour que les équipages en course puissent rendre compte de l’état de santé du milieu marin. Il faut dire que les concurrents traverseront le sanctuaire Pelagos, ce qui devrait les amener à croiser différents mammifères et cétacés qui vivent dans la Méditerranée. Pour cela, SSI-MonacoSat, partenaire de Inmarsat, permettra une diffusion gratuite des images et des vidéos fournies par les équipages en course. Pierre Casiraghi et Boris Herrmann ont travaillé sur un kit pédagogique avec le yacht club de Monaco et l’appui de l’éducation nationale monégasque et de la fondation Prince Albert II. Disponible en français et en allemand sur le site www.ycm.org, il permettra de raconter de façon vivante et ludique l’environnement maritime. En parallèle, un jeu concours intitulé Dessine-moi Malizia II, ouvert aux scolaires de Monaco permettra de récompenser les meilleures dessins. Les vainqueurs pourront embarquer en mer pour assister au départ des Monaco Globe Series. R.B.

journalistRaphael Brun