Objectif : 800 logements en cinq ans

Sophie Noachovitch
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Fidèles aux engagements de Priorité Monaco (Primo !) pris pendant la campagne nationale, le président du Conseil national, Stéphane Valeri, et son groupe politique placent le logement en « priorité absolue » de leur mandature. Mardi 15 mai, ils ont fait le point, lors de leur première conférence de presse.

« Le logement est bien la priorité nationale absolue de notre mandature. » C’est avec ces mots que le président du Conseil national, Stéphane Valeri, a débuté, mardi 15 mai 2018, la conférence de presse du groupe Priorité Monaco (Primo !). Alors que les « premiers 100 jours » de cette mandature ne sont pas encore achevés, ce groupe politique a souhaité faire le point sur la situation du logement en Principauté sur la base des discussions entamées avec le gouvernement lors de la première commission plénière d’étude (CPE) le 8 mai 2018. Graphique à l’appui, Franck Lobono, président de la commission logement du Conseil national, a rappelé le programme de logements prévus par le gouvernement (voir ci-contre). Ainsi, en 2018, le nombre cumulé de logements domaniaux attribuables devrait se situer à 169 (avec les projets de l’Engelin et U Pavayun), 194 en 2019, 233 en 2020 et n’arriver qu’à 383 en 2021 avec Testimonio II. « Mais ces estimations ne sont pas suffisantes et trop longues, a argué Franck Lobono. Elles ne permettent pas de répondre aux besoins légitimes des Monégasques. » Les élus projettent en effet une augmentation du nombre de demandes de logements domaniaux d’environ 100 supplémentaires par an, amenant le nombre de demandeurs à près de 800 en 2023. Stéphane Valeri veut « tordre le cou à une idée qui voudrait que ce soient des demandes de confort. Elles sont justifiées pour des Monégasques non logés ou mal logés. »

Secteur protégé

Exemples à l’appui, Christophe Robino, président de la commission des intérêts sociaux et affaires diverses, a cité le cas d’une jeune femme de 24 ans qui vit chez sa mère dans un F3 du secteur protégé, avec ses trois frères. Sa demande de logement domanial a été refusée. Même chose pour une famille de deux adultes et de deux enfants qui vivent dans un trois pièces dans lequel les parents dorment dans le séjour, afin de laisser à leurs enfants d’âges différents une chambre chacun. « Il y a une vraie carence forte, plus seulement sur les Monégasques, mais aussi sur les enfants du pays », a insisté l’élu Primo ! Christophe Robino. Ainsi, ce groupe politique a rappelé son objectif : atteindre 800 logements construits à Monaco d’ici 2023. Et permettre aux enfants du pays d’avoir accès à un secteur protégé, de plus en plus occupé par des Monégasques. « 83 % des locations en secteur protégé sont occupées par des Monégasques », a précisé Franck Lobono.

Aide nationale au logement

Une revalorisation de l’aide nationale au logement (ANL) que Primo ! estime insuffisante. « Avec le président, nous avons écrit au gouvernement pour qu’il les revoit à la hausse le plus rapidement possible. Par exemple, pour un 2 pièces, le plafond est de 3 500 euros par mois. Sur le marché, le prix moyen est entre 4500 et 5000 ! Il faut coller à la réalité ! », a souligné Franck Lobono.

Prise en charge des cautions et des frais d’agence

Le groupe majoritaire estime qu’il est indispensable d’aider les Monégasques à se loger dans le privé, à défaut de pouvoir le faire dans le domanial. « Aujourd’hui, avec de tels montants de loyer, les Monégasques et a fortiori les jeunes, et les familles aux revenus les plus modestes n’ont plus les moyens d’avancer les frais », estime le président de la commission logement. La prise en charge des cautions et des frais d’agence serait une solution qui pourrait être mise en place immédiatement.

Mobilité dans les domaines

Afin de libérer de grands appartements occupés par des personnes se retrouvant seules après le départ des enfants, Primo ! souhaite mettre en place des mesures incitatives selon quatre critères principaux : « Le prix du nouvel appartement doit être maintenu au tarif de l’ancien, la différence éventuelle devra être prise en charge par la création de l’Aide nationale à la mobilité (ANM). Le choix du nouveau logement doit être proposé au bénéficiaire. L’obtention d’une pièce supplémentaire par rapport aux besoins avérés doit être accordée à tous les demandeurs. Et l’accompagnement doit être assuré, pour garantir la prise en charge du déménagement et toutes les questions logistiques », a énuméré Franck Lobono.

Projets en cours

« Il faut absolument relancer la construction de logements neufs, a martelé Stéphane Valeri. C’est la clé de la solution au problème. » Réaffirmant la nécessité d’une volonté politique forte, le président du Conseil national a jugé que « les lignes ont déjà bougé » depuis le début de la nouvelle mandature du Conseil national, avec la décision de surélever les Jardins d’Apolline, qui apportera 45 appartements supplémentaires, attribuables dans les domaines et livrables en 2021. Le projet Testimonio III, présenté le 12 avril 2018 en conférence de presse par legouvernement, fait aussi partie des solutions.

 

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« Meilleure solution »

« Le projet du gouvernement prévoit de construire sur un terrain public une tour de 130 appartements, très proche de Testimonio II. Sauf qu’il existe une autre possibilité, a indiqué Stéphane Valeri. Il s’agit d’élargir l’assise foncière qui permettrait de construire un Testimonio III à 200 logements. Il s’agit d’une meilleure solution, plus loin de l’autre tour. Dans ce cas, le Conseil national a demandé au gouvernement que la solution soit pensée rapidement, avant le vote du budget rectificatif 2018 », en octobre prochain donc. Cette assise élargie serait possible par la destruction d’une petite maison située à proximité. Pour le Grand Ida, Primo ! indique que la phase 1, qui permettra d’aboutir à la construction de 138 appartements, nécessite d’abord la destruction de 45 logements. Ainsi, il faut dégager le périmètre constitué par la Villa Far, la maison Ferraris Frères et la villa Ida, mais aussi la Villa les Platanes.

Expropriation d’utilité publique

Ici, se pose la problématique qui oppose le gouvernement au propriétaire de la Villa les Platanes qui ne souhaite pas vendre son bien. « Si, bien sûr, nous respectons le droit de propriété, et si tout propriétaire doit être justement indemnisé, et même au-delà quand on lui demande de céder son bien alors qu’il n’en avait pas l’intention, nous ne pouvons accepter que, par la volonté d’un seul, un projet d’intérêt général pour le pays soit à l’arrêt », a développé le président du Conseil national. Le groupe majoritaire a appelé le gouvernement à poursuivre les discussions avec ce propriétaire mais aussi à déposer un projet de loi d’expropriation pour cause d’utilité publique. D’autres pistes sont également possibles selon les élus : le projet de l’Esplanade des pêcheurs, sur laquelle Stéphane Valeri souhaiterait voir des logements domaniaux, ou encore des opérations de remembrement. Selon Primo ! des logements devraient également être prévus lors de la restructuration du centre commercial de Fontvieille (CCF). Tous ces projets, s’ils devaient voir le jour tels qu’imaginés par le groupe majoritaire, porteraient à 721 le nombre de logements domaniaux attribuables en 2023.

« Surélévations »

« La majorité défend l’idée qu’en échange des surélévations accordées aux promoteurs, les contreparties négociées portent sur des logements qui seront ensuite intégrés au parc domanial, et non plus sur des soultes financières, a avancé Balthazar Seydoux, président Primo ! de la commission finances et économie nationale. Cette mesure permettrait d’obtenir plusieurs dizaines d’appartements, chaque année, pour loger les Monégasques dans tous les quartiers de leur pays. » Par ailleurs, pour Primo !, dorénavant, aucun projet de loi de désaffectation ne devra plus être voté sans contreparties de logements dédiés aux Monégasques.

Proposition de loi sur le secteur protégé

Le groupe majoritaire a déposé vendredi 18 mai une proposition de loi, signée par les 21 élus de Primo !, concernant le secteur protégé. Reprenant la troisième proposition de leur programme de campagne, les élus souhaitent « imposer dans les reconstructions toujours plus hautes en remplacements des anciens immeubles, le maintien du nombre d’appartements et des surfaces protégées équivalentes à celles détruites », a développé Christophe Robino. « Ces appartements neufs seront loués à des loyers modérés, en priorité à des Monégasques, à leurs enfants non monégasques et aux enfants du pays », a-t-il conclu.

 

Inquiétude pour Apolline et Hélios

« Nous sommes très inquiets. Nous avons demandé au gouvernement de tirer toutes les conclusions des Jardins d’Apolline et des problèmes qui surgissent à l’Hélios, a souligné Stéphane Valeri. On ne peut pas seulement rattraper les erreurs du passé, mais il faut surtout prendre les bonnes décisions pour que cela ne puisse plus se reproduire. » Pour Primo !, la solution consiste à mettre fin à la politique « du moins disant » qui a favorisé le moins cher, au détriment de la qualité. « Or, la qualité a un coût, a insisté le président du Conseil national. Le mieux-disant doit remplacer le moins-disant. Le gouvernement doit encadrer sur ses marchés publics la sous-traitance. Et peut-être ne pas consulter les entreprises trop petites qui n’ont pas les capacités structurelles de faire face à ce genre de chantier. » Les élus du Conseil national ont assuré n’avoir obtenu aucune information quant aux problèmes relayés dans la presse sur l’Hélios. Après le scandale des Jardins d’Apolline, le bâtiment voisin, l’Hélios, est, en effet, touché à son tour par des infiltrations d’eau dans les sols, des champignons et des moisissures. Des problèmes tels que dans les 65 appartements de l’immeuble, il faut refaire les salles de bains. Les joints des fenêtres sont aussi à refaire. Vingt-neuf appartements du bâtiments auraient besoin de subir des rénovations beaucoup plus importantes. D’importants travaux ont d’ores et déjà commencés et des locataires devront être relogés. « C’est inacceptable pour des logements livrés il y a seulement 4 ou 5 ans », s’est emporté Stéphane Valeri, qui a déjà demandé au gouvernement des réponses sur la situation de l’Hélios, qui semble néanmoins moins grave que celle des Jardins d’Apolline.

 

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