Le Larvotto inquiet pour son avenir

Sophie Noachovitch
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Après les annonces du gouvernement concernant la rénovation du Larvotto, les commerçants s’inquiètent du flou qui règne dans ce dossier.

« On se fait du souci. On entend tellement de choses différentes… » Josette Chiarello, gérante du glacier Mullot sur la plage du Larvotto résume le sentiment général des commerçants du Larvotto. Le 17 avril 2018, le gouvernement annonçait par voie de communiqué de presse avoir rencontré les commerçants et restaurateurs du site. S’il était principalement question de l’extension en mer, la rénovation du Larvotto a aussi été évoquée. Un sujet très sensible pour les commerçants, tous monégasques, qui occupent ce site. « On ne sait rien, martèle lui aussi Patrick Arnaud, du côté du restaurant le Baobab, situé sur la promenade du Larvotto. Personne ne sait si on va être remplacés, si la plage va être fermée pendant les travaux ou non, ni quand cela va avoir lieu. » Patrick Arnaud se rappelle qu’une toute première réunion avait eu lieu. C’était il y a 5 ans. « On devait partir fin octobre pour la rénovation, mais rien ne s’est passé. Et puis, l’an dernier, on nous a encore dit qu’il faudrait partir. Mais, là encore, on n’a toujours pas de date. » La lassitude pointe dans la voix de ce restaurateur quand, au niveau en-dessous, sur la plage, on tente de se rassurer.

Augmentations de loyers ?

« A priori, rien ne devrait changer pour nous, avance Josette Chiarello. Je gère ce commerce depuis 1996. Avant, c’était mon beau-frère, depuis 1968. Nous n’avons pas trop envie de bouger. » Si cette gérante espère que les travaux du Larvotto « donneront un meilleur environnement » pour le public, elle s’inquiète, néanmoins. « A l’origine, les domaines permettent aux Monégasques de travailler en leur donnant un outil de travail à un prix de location réduite. C’est un bonne chose. Ce qu’on craint le plus, c’est qu’on nous augmente beaucoup les loyers. Je ne pourrai pas rester, si c’était le cas. » Pour les Pelassy au Palais du Maillot, « il faut s’attendre » aux augmentations de loyer. « L’état du complexe du Larvotto étant ce qu’il est, le loyer ne pouvait pas augmenter jusqu’à présent. On va devoir participer aux travaux. Mais, si on quadruple les loyers, ce ne sera pas possible. »

Ouverts et accessibles

En ce début de saison à la météo maussade, la plage est peu fréquentée. Mais pour Claude et Guillaume Serra, les gérants père et fils du Larvotto Gym Center, le manque de public serait le résultat d’une combinaison de deux facteurs : « L’enclavement du Larvotto !, s’indigne Guillaume Serra. Nous sommes cernés par les travaux de l’extension en mer, du Portier et de Testimonio. Si cela n’était pas suffisant, cela entraine un gros problème de stationnement, et ne pousse pas les gens à venir. » Second problème pointé du doigt : le manque de communication du gouvernement. « La communication qui a été faite nous a pénalisés, en parlant des travaux du Larvotto pendant la campagne nationale, poursuit Guillaume Serra. Les clients sont inquiets. » Même constat chez David Vall’Osso, gérant du Miami Plage : « Les clients demandent quand ça fermera, et si la plage restera accessible. C’est dramatique pour nous ! » Les commerçants insistent sur le fait qu’il faut rappeler aux clients que le Larvotto est toujours ouvert et accessible. « Nous sommes toujours là ! », répète encore Claude Serra.

Nouvelle réunion en octobre

Les dates pour les travaux ne semblent pas fixées. Selon Jean-François Fabre, président de l’association monégasque des professionnels locataires domaniaux (AMPLD), les membres du gouvernement « nous ont dit que les travaux de rénovation devraient commencer en 2019. Ils nous ont assurés à 95 % qu’ils auront lieu après l’été. Les commerçants devraient être à nouveau convoqués à une réunion, fin 2018 ». Une date qui n’arrange pas certains d’entre eux. En particulier, les boutiques de maillots de bain, dont l’achat de matériel s’effectue en plein été pour la saison suivante. « Ils nous indiqueront en octobre-novembre 2018 par quel côté commenceront les travaux, avance-t-on au Palais du Maillot. Or, nous avons besoin de dates précises pour effectuer nos commandes de collection. On a besoin de savoir qui va être ouvert ou fermé. »

 

« Nous avons 17 salariés. Cela fait 14 ans que nous sommes installés ici. Si je m’arrête un an, je perds ma clientèle et je perds mon équipe. Ensuite, il faudra ramener la clientèle. C’est comme repartir à zéro »

Claude Serra. Larvotto Gym Center

 

« Chômage technique » ?

Ne serait-ce que pour savoir comment gérer les employés. « J’ai 57 salariés au Miami Plage, rappelle David Vall’Osso. J’ai besoin de savoir comment vont se passer les choses, pour, au besoin, les mettre au chômage technique, si je dois fermer. » Pour les Serra au Larvotto Gym Center, une fermeture, même de quelques mois, serait dramatique pour leur activité. « Nous avons 17 salariés et cela fait 14 ans que nous sommes installés ici. Si je m’arrête un an, je perds ma clientèle, je perds mon équipe. Ensuite, il faut ramener la clientèle. C’est comme repartir à zéro », assure Claude Serra. Et les commerçants craignent que l’indemnité promise par le gouvernement pendant la fermeture ne permette pas de compenser le chiffre d’affaires perdu et la clientèle envolée.

Phases

« Nous aimerions avoir des informations précises, ajoute Jean-François Fabre. D’abord, sur le projet en lui-même : quel est-il ? Comment se fera le phasage des travaux ? En deux, ou en trois fois ? On a bien conscience qu’il faut tout refaire, tout est pourri au Larvotto. Mais ce n’est pas possible de tout casser et de fermer la plage pendant deux ans. Alors comment cela va se passer ? » Le président de l’AMPLD avance « peut-être trois cycles d’un an ». Mais une fois tout cela terminé, les commerçants retrouveront-ils leurs locaux ? A quel prix ? Et dans quel état ? « Le risque est que les locaux soient livrés bruts de décoffrage. Le commerçant devra alors tout refaire : le sol, les murs, la plomberie, la cuisine, l’ameublement…, énumère Jean-François Fabre. Ce sera au commerçant de trouver la trésorerie ? Sera-t-il aidé ? » Interrogé sur ces questions, Jean Castellini, conseiller-ministre des finances, a indiqué à Monaco Hebdo qu’il était « trop tôt » pour s’exprimer sur ce sujet.

 

journalistSophie Noachovitch