AVC : « Il faut agir
dans les quatre heures »

Sophie Noachovitch
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Lors du 4ème congrès e-Health World les 31 mai et 1er juin, de nombreuses innovations seront présentées. Parmi elles, des outils permettront aux habitants de déserts médicaux d’accéder à la santé, en l’absence de médecins ou de services de santé. Des maladies aux conséquences graves, comme l’accident vasculaire cérébral, pourront ainsi être diagnostiquées précocement.

Un lieu dédié, avec des objets médicaux connectés, reliés à une plateforme de téléconsultation. Le projet de télémédecine porté par Patients France AVC a pour but d’apporter la médecine là où les praticiens ne sont plus. Si la Provence-Alpes-Côte-d’Azur (Paca) est l’une des régions de France la mieux pourvue en médecins, la France compte de plus en plus de déserts médicaux. La Corse, la Bretagne, la Picardie, le Nord-Pas-de-Calais, le Pays de la Loire ou encore le Centre-Val de Loire sont les moins biens dotées. Un constat alarmant pour les patients qui doivent parfois faire plus d’une heure de route pour trouver le premier médecin. « Et les gens se découragent », constate Jean-Michel Decret, représentant de Patients France AVC, participant de la 4ème édition du congrès e-Health World à Monaco (1). Pourtant, dans certains cas, il est indispensable d’agir vite et tôt.

Recrudescence d’AVC

« On comptabilise 60 % des accidents vasculaires cérébraux (AVC) chez des personnes âgées de 60 à 80 ans. En 2007, sur les 30-40 ans, il y a eu 4 % d’AVC. Rien que sur le début de 2018, on est à 18 %. » Jean-Michel Decret fait état d’une « progression énorme » des AVC en France, notamment dans la population jeune et même chez des enfants et des nourrissons. En cause, selon lui, la qualité de vie détériorée de la population : stress, malbouffe, tabac, alcool, pollution, etc. Soit autant de facteurs favorisant un dysfonctionnement de notre cerveau. Si un AVC peut être dramatique, pris à temps, les médecins peuvent en limiter très fortement les séquelles. « Il faut agir dans les quatre heures après l’accident, souligne Jean-Michel Decret. Au-delà, les séquelles sont dramatiques » (lire par ailleurs).

Diagnostic connecté

Le représentant de cette association française a lui-même été victime d’un AVC. Resté hémiplégique pendant 14 mois, il a aujourd’hui recouvré toutes ses fonctions motrices. La clé de ce rétablissement tient dans la rapidité d’intervention. C’est alors que le projet de télémédecine de France AVC peut pallier les manques de médecins. « Nous avons imaginé d’installer cette zone dédiée de téléconsultation dans les pharmacies, car elles représentent un maillage très dense en France, décrit Jean-Michel Decret. Il faudra, bien sûr, former les pharmaciens ou leurs employés. Mais il s’agira avant tout d’une prise de tension, de glycémie, d’électrocardiogrammes et d’enregistrements de données dans les outils connectés. A l’autre bout, un médecin urgentiste ou un spécialiste, pourra établir un premier diagnostic. »

Sauver des vies

Selon lui, ce diagnostique aura lieu avant l’arrivée des secours « et on aura permis de gagner 30 minutes » et, in fine, de sauver la vie du patient. Ce sera évidemment un outil formidable pour diagnostiquer la survenue d’un AVC mais aussi d’autres pathologies. « Une première version de ce lieu dédié devrait être testé dès 2019 dans une région pilote, précise Jean-Michel Decret. Nous travaillons avec le fabricant de produits médicaux Spengler pour mettre en place les outils connectés, et la start-up Medicitus élabore la plateforme de consultation. » A terme, le projet d’AVC France devrait être élargi à l’ensemble de la France. « Nous nous inscrivons dans le cadre de la prévention et de l’amélioration de la prise en charge », conclut Jean-Michel Decret.

 

(1) e-Health World se déroule du 31 mai au 1er juin à l’hôtel Fairmont. Le congrès est ouvert au public et aux professionnels de la médecine. Inscription en ligne préalable obligatoire. Tarifs : 220 euros pour les deux jours, 140 euros pour une seule journée, 80 euros pour la Nuit connectée qui récompense les projets de start-up innovantes. Des tarifs réduits sont prévus pour les internes en médecine, les sages-femmes et les infirmiers ainsi que pour les étudiants. Informations et programme des conférences à retrouver sur https://e-healthworld.com.

 

Christophe Blard : tétraplégique après un mauvais diagnostic

Le service départemental d’incendie et de secours (Sdis) du Nord et l’hôpital de Roubaix ont été reconnus coupables de faute de suivi et condamnés à 330 000 euros d’amende par le tribunal administratif de Lille, jeudi 17 mai, pour n’avoir pas pris en charge correctement Christophe Blard, victime d’un accident vasculaire cérébral (AVC). Le 17 août 2012, le jeune homme se promène dans les rues de Roubaix lorsqu’il est pris d’un malaise. Il appelle le 18 et décrit ses symptômes. Il a un sentiment d’ivresse alors qu’il n’a pas bu, il a des douleurs, des vertiges. Comme il fait chaud ce jour-là, l’opérateur du SDIS pense à coup de chaud, lui conseille de boire de l’eau et de rentrer chez lui. Il est 20 heures, Christophe Blard prend le chemin de son domicile mais il est retrouvé inconscient dans un buisson deux heures plus tard par des passants. Mais son cauchemar ne s’arrête pas là. Lorsqu’il est transféré à l’hôpital, il faut attendre encore plus d’une heure avant qu’un IRM soit pratiqué. Son cerveau est largement détérioré. Il est atteint du « locked-in syndrome », le syndrome de l’enfermement. Il est tétraplégique. Pour ses parents, la décision de justice est la reconnaissance d’une double erreur médicale entre les pompiers et l’hôpital. Interrogés par France 2, le père de Christophe Blard, âgé aujourd’hui de 38 ans, Jean-Philippe affirme, vendredi 18 mai : « S’il avait été pris en charge tout de suite, aujourd’hui, mon fils serait en train de courir dehors. » S.N.

journalistSophie Noachovitch