« Les questions du transport et du logement des actifs sont cruciales »

Sabrina Bonarrigo
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La Fédération des entreprises monégasques (Fedem) et l’Union pour les entreprises des Alpes-Maritimes (Upe 06) ont signé un partenariat le 8 mars. Objectif : alerter les pouvoirs publics sur les problèmes de mobilité et de logements qui touchent les salariés azuréens et monégasques. Quelles pistes concrètes seront défendues ? Les réponses de Philippe Ortelli, président de la Fedem.

La Fedem et l’Upe 06 ont signé un partenariat le 8 mars 2018 : quel est l’objectif de cette démarche ?

Les entrepreneurs monégasques et azuréens sont habitués à travailler ensemble. Mais aujourd’hui, plus que jamais, nous avons des intérêts convergents majeurs. Notamment en matière de mobilité et de logement des actifs. Sur ces sujets, nous avons décidé de parler d’une seule voix auprès des gouvernements français et monégasque, du préfet des Alpes-Maritimes, et du président de la région Provence-Alpes-Côte d’Azur (Paca), afin, notamment, d’insister sur l’urgence d’améliorer les transports publics, en particulier par le rail. Ce premier partenariat a porté ses fruits, puisque le directeur de l’Upe 06 m’informait récemment que la SNCF souhaite nous rencontrer ensemble. Les administrations française et monégasque doivent prendre conscience que nous sommes tous embarqués dans le même navire, et que les questions du transport et du logement des actifs sont cruciales pour l’avenir de nos territoires.

Justement, que proposez-vous pour améliorer la mobilité des salariés entre les deux territoires ?

Nos collaborateurs nous alertent régulièrement sur les difficultés d’accès qu’ils rencontrent pour venir travailler à Monaco, par la route et par le rail. Cela impacte l’ambiance au travail, mais aussi la qualité de vie des salariés qui arrivent au bureau stressés le matin, et rentrent chez eux dans le même état le soir. Par la route, si l’ouverture de la bretelle d’autoroute de Beausoleil sera une bonne chose, elle ne réglera pas tout. Pour accroître la capacité d’entrée et de sortie de Monaco, notre pays doit se doter d’un accès supplémentaire depuis l’autoroute, à l’est comme à l’ouest. La Fedem a, par exemple, émis l’idée de prolonger le tunnel Rainier III jusqu’en face du terrain de la Brasca, pour pouvoir basculer une voie montante en voie descendante entre l’autoroute et l’entrée ouest de Monaco, avec des parkings aux entrées pour fluidifier les accès.

Et pour les trains ?

Du côté du rail, la mise en circulation de TER de grande capacité aux heures de pointe et l’accès aux trains Thello, moyennant un supplément mensuel de 3 euros sur les abonnements SNCF, sont des améliorations notables. Mais elles ne résolvent pas le principal problème lié au manque de fiabilité. Un taux de régularité du trafic de 95 % en l’absence d’événement extérieur, signifie 10 jours par an de perturbation. Et 88 % de régularité moyenne sur la ligne desservant Monaco, implique 24 jours par an d’irrégularité. Ces résultats sont insuffisants. Et ce, sans parler des grèves perlées qui pendant 3 mois vont prendre en otage nos salariés, affectant leur qualité de vie et de travail.

Que proposez-vous concernant le logement des actifs ?

Pour continuer à attirer des salariés, il faut pouvoir les loger dans de bonnes conditions. Une solution serait de mettre en place les infrastructures pour loger plus d’actifs de Monaco dans les communes limitrophes. Cela diminuerait le nombre de voitures sur la route. Au-delà de la qualité de vie des salariés, c’est aussi un enjeu environnemental à l’heure où la transition énergétique, notamment dans les transports, devient une réalité pour atteindre les objectifs fixés en matière de réduction des émissions de gaz à effet de serre.

L’action du gouvernement sur ce sujet est suffisante ?

Le soutien du gouvernement princier pour la construction de logements dans ces communes va dans le bon sens. Les actions des communes sont également essentielles, car elles ont encore du foncier disponible. Un partenariat gagnant-gagnant est nécessaire : Monaco fournit du travail à des milliers de salariés français, et la France augmente les capacités de circulation et les droits à bâtir pour loger les actifs de Monaco (1). Si chacun prend sa part de l’effort collectif, cela profitera à tous.

(1) Selon les chiffres communiqués par la Fedem, Monaco compte près de 2 000 entreprises et 52 000 salariés, dont 40 000 pendulaires, parmi lesquels 36 000 résident en France. L’économie monégasque est composée majoritairement de petites et moyennes entreprises (PME), dont la taille moyenne est de 23 salariés.

 

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Combien y-a-t-il d’entreprises au total dans les Alpes-Maritimes ?

Les Alpes-Maritimes comptent 74 685 entreprises, pour un chiffre d’affaires de 43,6 milliards d’euros hors taxes (HT). Le département est toujours aussi attractif pour les entreprises : l’impôt sur les sociétés (IS) est en hausse de 2,06 %, et la TVA a progressé de 4,68 %. Les atouts du département sont nombreux : il y a son aéroport international — 4 millions de passagers projetés en 2018 —, sa notoriété et son cadre de vie. Il y a aussi les nombreux projets portés par les collectivités locales. Notamment l’opération d’intérêt national, Eco-Vallée, la redynamisation de Sophia Antipolis, ou encore les efforts portés sur la réalisation d’infrastructures numériques.

Vous avez déclaré : « La région n’est pas qu’une zone d’investissement immobilier. Il est important de développer une économie transverse pérenne » : qu’entendez-vous par « économie transverse » ?

L’économie transverse pérenne est composée de tous les secteurs d’activités en plein développement qui font le succès de notre territoire : tourisme, numérique, silver économie, croisière/plaisance… Et ce, malgré des textes de lois contraignants pour notre territoire et nos activités : lois mer, montagne, plan de prévention des risques naturels, etc.

La réforme du code du travail en France a-t-elle porté ses fruits dans les Alpes-Maritimes ?

Nous sommes depuis peu sur la bonne voie, avec un chômage en baisse pour la première fois depuis plusieurs années. Tant pour les entreprises que pour les salariés, la réforme va dans le bon sens et nous en ressentons les premiers effets, même s’il faut rester prudent. Il faut aussi poursuivre avec le Plan d’action pour la croissance et la transformation des entreprises (Pacte). Ce plan est très attendu par les entrepreneurs afin de faciliter, par exemple, la transmission d’entreprise, de réformer la fiscalité, de simplifier les procédures administratives et de dynamiser la formation professionnelle, en remettant en selle l’apprentissage. En un mot, il faut aller plus loin !

Propos recueillis par Sabrina Bonarrigo

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