Un groom pour les salariés

Sabrina Bonarrigo
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Conciergerie

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Soulager au quotidien les salariés de leurs tâches domestiques pour optimiser leur productivité au travail. C’est en substance ce que les concierges d’entreprises proposent. Dans le 06, certains professionnels s’intéressent de près au bassin monégasque.

e concept est très en vogue à Paris depuis environ dix ans. Mais c’est aux Etats-Unis dans les années 90 que la conciergerie d’entreprise est née et s’est développée à vitesse grand V. Le mode opératoire est simple?: offrir des prestations de service aux salariés sur leur lieu de travail. Pressing, lavage de voiture, femme de ménage, jardinage ou tâches administratives… Ces sociétés proposent tous types de services pour décharger les salariés des tracas quotidiens. Une formule qui a déjà séduit de grosses entreprises azuréennes et quelques PME. Certains professionnels dans le 06 misent d’ailleurs sur le bassin monégasque et ses dizaines de milliers de salariés potentiels. Mais le concept peine encore à trouver preneur en principauté. « Nous avons de gros prospects sur Monaco. Avant 2009, j’avais effectué des démarchages auprès des private banking. On a également fait des démarches commerciales auprès des laboratoires pharmaceutiques. Mais la crise économique nous a freinés dans notre élan. On est actuellement en train de relancer. Pour l’instant, nous n’avons pas réussi à souscrire des contrats mais c’est un marché que l’on espère évidemment toucher », explique Chrystel Larquier, gérante de Business groom, une société basée à Sophia Antipolis créée en octobre 2007.

« Pas de besoin »

Mais les sociétés monégasques semblent pour l’heure peu enclines à faire appel à ce genre de service. « Je pense que ce concept fonctionne davantage dans les grandes villes et dans les grands groupes. Nous n’avons jamais fait appel à ce genre de service tout simplement parce que les salariés se trouvent sur un petit territoire. Beaucoup de services sont a fortiori déjà à proximité », explique Denis Ioza, directeur des ressources humaines à la compagnie monégasque de banque (CMB). Du côté des grosses sociétés, la SBM répond simplement que ce genre de démarche « n’est pas d’actualité ». Même son de cloche du côté de Monaco Telecom. « Deux sociétés nous ont contactés, une niçoise et une monégasque. Nous avons effectué une enquête en interne pour demander si les salariés avaient des besoins de ce type mais il n’y a pas eu de retour », souligne-t-on du côté de la direction. Si le concept a explosé en région parisienne il y a quelques années déjà, l’engouement en Paca est loin d’être aussi marqué.

En Paca, un business fragile

« Ici ce n’est pas encore rentré tout à fait dans les mœurs. Sans doute que dans le sud, on fait plus appel aux solidarités familiales », explique Khaira Rampal, gérante de la société Athéna basée à Saint Raphaël. C’est pourquoi, malgré une dizaine de contacts noués avec des entreprises sur Nice, Aix-en-Provence, Draguignan et Paris, cette jeune entrepreneuse a décidé de s’orienter presque exclusivement vers la conciergerie privée pour les particuliers. La société Business Groom en revanche tire plutôt bien son épingle du jeu. « Nous avons contracté avec dix-huit entreprises essentiellement sur Nice, Sophia-Antipolis et Marseille, soit un potentiel de 1?800 salariés » explique Chrystel Larquier. Via un réseau de prestataires de service extérieurs, la société propose ainsi une large gamme de prestations. Dont certaines ont rapidement fait mouche. « Les trois services qui fonctionnent le plus sont la gestion du linge, à savoir pressing, repassage ou retouche, la livraison de paniers de fruits et légumes issus de producteurs locaux et le lavage écologique de voiture. Un prestataire vient sur le parking des entreprises nettoyer des véhicules sans eau, au chiffon, avec des produits biodégradables. » En 3 ans d’existence, le chiffre d’affaires de la société est passé de 20?000 à 160?000 euros aujourd’hui. Avec quelques gros contrats à la clé passés notamment avec l’aéroport de Nice et ses 500 employés ou encore Edf et ses 1?000 salariés potentiels. Sans oublier des petites PME d’une dizaine de personnes. Une réussite qui a permis à la jeune entrepreneuse d’ouvrir une agence sur Nice et sur Marseille et d’embaucher 4 salariés. Mais ce succès semble faire exception dans le milieu. « A mes débuts, il y avait une dizaine de concurrents sur les appels d’offres. Il doit y en avoir deux ou trois aujourd’hui qui ont résisté », constate la jeune femme. Aujourd’hui, moins de 1 % des salariés français auraient accès aux services d’une conciergerie d’entreprise, contre 30 % aux Etats-Unis.
« Optimiser la productivité au travail », « lutter contre le stress et l’absentéisme », « valoriser l’image de l’entreprise »… Les arguments des professionnels du secteur résonnent comme des slogans de plaquettes publicitaires. Mais ces « majordomes » d’entreprises ont à leurs yeux toutes les raisons d’exister. Les actifs passeraient en effet 20 % de leur temps à gérer au bureau leurs problèmes personnels…

Combien ça coûte??
Recourir à un groom d’entreprise a un coût. D’abord pour l’entreprise qui doit payer un abonnement couvrant les frais de fonctionnement à la conciergerie d’entreprise. Le salarié, quant à lui, paie uniquement les services qu’il consomme mais à des tarifs préférentiels. « Nous négocions évidemment les prix avec nos fournisseurs. Les tarifs habituels du marché pour un lavage de voiture écologique se situent entre 45 et 60 euros. Chez nous c’est à partir de 35 euros. Un pantalon au pressing coûte en moyenne 5,10 euros. Nous le proposons par exemple à 3,80 euros », explique Chrystel Larquier. Mais la botte secrète du dispositif en France sont les incitations fiscales. Pour l’entreprise, qui paie un abonnement, les coûts sont déductibles de l’impôt sur les sociétés. Suivant le principe de la loi Borloo, l’entreprise reçoit un crédit d’impôt de 25 % des sommes engagées.

journalistSabrina Bonarrigo