Thon rouge : le “lion” des océans
à nouveau en croissance

Sophie Noachovitch
-

A l’occasion de la Monaco Ocean Week, la situation du thon rouge a été abordée lors d’un “talk show” animé par le navigateur Yvan Griboval. L’espèce, victime de surexploitation dans les années 1990 et 2000, voit enfin sa population augmenter, résultat d’une gestion maîtrisée de la pêche.

« C’est une bonne nouvelle écologique. Le thon rouge va mieux. » Le docteur Jean-Marc Fromentin, directeur de recherche à l’Ifremer (1) Sète, était l’invité du “talk show” Osons l’océan, l’avenir est bleu, animé par le navigateur Yvan Griboval, dans le cadre de la Monaco Ocean Week, jeudi 12 avril 2018. « Les quotas de pêche maintenus très bas ont permis une réaugmentation de la biomasse du thon rouge depuis trois ou quatre ans », assure ce scientifique. En effet, le poisson à la chair rouge, mets très prisé, a fait l’objet dès les années 1990 et dans les années 2000, d’une pêche intensive, faisant réduire dramatiquement sa population. Depuis les années 50 et jusqu’à l’an 2000, la population de thon rouge a ainsi diminué de moitié.

Sonnette d’alarme

« Avec le marché japonais notamment, il y a eu une envolée de la demande du thon rouge et un début de surexploitation à la fin des années 90 », retrace Jean-Marc Fromentin. Tant et si bien que la Commission internationale pour la conservation des thonidés de l’Atlantique (Cicta) qui observe l’évolution des populations de thons dans l’océan Atlantique, mais aussi la Méditerranée depuis 1966, a tiré la sonnette d’alarme. Epaulée par des organisations non gouvernementales (ONG) environnementales comme le WWF, il a fallu près de 10 ans pour qu’une réaction des gouvernements se produise. « Pendant une dizaine d’années, les enjeux économiques passaient toujours avant les enjeux de préservation de l’espèce, rappelle Fromentin. Les quotas n’étaient pas respectés, et il a fallu un long travail pour qu’il y ait une prise de conscience de l’opinion publique. Dans cette bataille, le Prince Albert et Monaco ont eu un rôle clé, à la fin des années 2000. »

Thon-rouge-Tokyo-marche-Tsukiji

 

« Si on gère l’ensemble des ressources océaniques de manière rationnelle, on sera en mesure d’augmenter de 15 % les captures. Il faut savoir que l’apport de nourriture de l’océan est considérable pour la planète » 

Docteur Jean-Marc Fromentin

 

Préservation

Ainsi, un plan de préservation du thon rouge a été mis en place, imposant des taux de pêche très bas à tous les pays. En 2007, seuls 13 500 tonnes du poisson étaient autorisées à la pêche. Peu à peu, le thon rouge s’est reconstitué, sa population augmentant à nouveau. Dix ans plus tard, en 2017, le quota de pêche a été fixé à 23 655 tonnes. Les chiffres encourageant ont conduit la Cicta, lors de sa commission internationale qui s’est tenue à Marrakech le 21 novembre 2017, à autoriser pour les années à venir, des taux beaucoup plus favorables. En 2019, il se situera à 32 240 tonnes, puis à 36 000 tonnes en 2020. « Il faut gérer les ressources de manière rationnelle, a insisté Jean-Marc Fromentin. Ainsi, si on gère l’ensemble des ressources océaniques de cette manière, on sera en mesure d’augmenter de 15 % les captures. Il faut savoir que l’apport de nourriture de l’océan est considérable pour la planète. » Il faut donc réguler la pêche, afin de ne pas détruire certaines espèces. Ce scientifique appelle néanmoins à la retenue concernant le thon rouge. « Il se situe à la fin de la chaine alimentaire, précise-t-il. Sur terre, cela équivaudrait à peu près à manger du lion. » Il est donc impératif de préserver ce lointain cousin du roi de la jungle.

 

(1) Institut français de recherche pour l’exploitation de la mer.

+ d’infos sur www.monacooceanweek.org

journalistSophie Noachovitch