« Vacciner, c’est
protéger son enfant »

Sophie Noachovitch
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Alors que la France a rendu obligatoire, le 1er janvier 2018, 11 vaccins, la Principauté a opté pour une campagne de sensibilisation douce, afin d’inciter à la vaccination des enfants. Sans la rendre obligatoire pour autant.

« Est-ce qu’on peut laisser son enfant sans protection contre la rubéole, contre la rougeole ? En tant que père de famille, je réponds non. » Didier Gamerdinger, conseiller-ministre des affaires sociales et de la santé, a présenté lundi 9 avril 2018, la nouvelle campagne de communication du gouvernement pour inciter les parents à vacciner leurs enfants. Une campagne qui intervient en amont de la semaine mondiale de la vaccination du 24 au 30 avril, qui tombe cette année pendant les vacances scolaires de la Principauté. « Vacciner, c’est protéger. Et ne pas vacciner, c’est exposer son enfant », a insisté le conseiller-ministre.

80 % insuffisants

Le docteur Olivia Keita-Pers, infectiologue au Centre hospitalier princesse Grace (CHPG), précise qu’en plus de protéger une personne individuellement, « la vaccination protège aussi de façon collective ». Un acte médical qu’elle estime d’autant plus important qu’en raison de la « défiance vis à vis des vaccins qui est de l’ordre de 20 % dans la population française, on observe la résurgence de certaines maladies ». Ainsi, pour qu’un vaccin soit efficace, 90 % de la population doit avoir reçu l’injection. Or, aujourd’hui, pour certains d’entre eux, comme la rougeole, Monaco n’atteint que 80 %, augmentant le risque pour les personnes non vaccinées de contracter la maladie. 2007 a été une année comprenant un maximum de vaccinations parmi les enfants scolarisés à Monaco. Mais, depuis cette année-là et jusqu’en 2013, elle a baissé de manière significative parmi les vaccins non obligatoires (voir par-ailleurs).

Retour de la poliomyélite

Une baisse des vaccinations dont les effets sont notables au niveau international. La poliomyélite, maladie infectieuse s’attaquant à la moelle épinière et entrainant des paralysies des membres inférieurs, voire des voies respiratoires dans les cas les plus graves, avait été quasiment éradiquée de la planète. « De gros efforts ont été réalisés au niveau international, avec des organisations non gouvernementales (ONG) et des fondations, mais deux ou trois pays ont failli à la vaccination pour des raisons politiques principalement, retrace le Dr Keita-Pers. Aujourd’hui, on n’en est plus à l’éradication. Il faut recommencer. »

Vaccins-@-Kristian

« Avec la défiance vis à vis des vaccins qui est de l’ordre de 20 % dans la population française, on observe la résurgence de certaines maladies » 

Docteur Keita-Pers

 

Trois vaccins obligatoires

A Monaco, seuls trois vaccins sont obligatoires : contre la diphtérie, le tétanos et la poliomyélite. Contrairement à la France qui a choisi, à compter du 1er janvier 2018 de rendre obligatoires 11 vaccins, la Principauté a choisi « la méthode douce », à savoir une communication appuyée afin de faire comprendre aux parents la nécessité de vacciner leurs enfants ainsi qu’eux-mêmes. « Il est important qu’un grand nombre de personnes soient vaccinées pour protéger également les personnes sensibles, souligne le docteur Keita-Pers. Nous insistons notamment pour que les personnels hospitaliers soient vaccinés. Nous appelons cela une vaccination altruiste, puisqu’elle protège aussi les patients. »

« Cocooning »

Cette incitation n’est cependant pas suivie pleinement puisque seulement 50 % des médecins du CHPG se vaccinent contre la grippe. Le département de la santé aspire à ce que ce chiffre augmente. La vaccination « altruiste » permet aussi de protéger un nourrisson qui ne serait pas allaité par sa mère et par conséquent ne bénéficierait pas de ses anticorps. « Nous appelons cela la stratégie “cocooning”, décrit cette infectiologue. Les parents, mais aussi les grands-parents du nourrisson, le protègent en étant vaccinés. Un bébé d’un mois peut mourir de la coqueluche. En étant vacciné, son entourage évite de l’exposer à ce virus. »

Lutter contre les préjugés

Cette campagne de vaccination a aussi vocation à démonter les préjugés sur la vaccination (1). « Elle n’est pas le fruit d’un lobbying des laboratoires, insiste Didier Gamerdinger. La vaccination ne représente que 0,2 % de leurs bénéfices. Les lobbys pharmaceutiques gagnent beaucoup plus d’argent avec les anxiolytiques. » Plusieurs autres affirmations sont ainsi dénoncées et expliquées dans une brochure qui est largement diffusée en principauté dans les écoles, les cabinets médicaux et directement aux parents d’élèves. A noter que les vaccins obligatoires sont remboursés quasiment à 100 %, tandis que les vaccins recommandés le sont à 80 % (le reste à charge est généralement remboursé par les mutuelles).

 

1) Lire l’interview du chef du service pédiatrie du centre hospitalier Princesse Grace (CHPG), et membre du comité national des vaccinations, Michèle Berlioz, publié dans Monaco Hebdo n° 1024.

journalistSophie Noachovitch