Les e-pilotes de demain
sur la ligne de départ

Sophie Noachovitch
-

Jeudi 29 mars, Venturi a officiellement lancé son académie de formation des jeunes pilotes, futurs espoirs de la Formule E. Venturi Next Gen forme ainsi 8 pilotes à la théorie et à la pratique de la conduite sur voiture électrique.

Ils sont la prochaine génération de e-pilotes. Le plus jeune n’a que 9 ans. Les plus âgés ont 29 ans et viennent du e-sport. Jeudi 29 mars 2018, Venturi lançait officiellement Venturi Next Gen, son académie de formation de jeunes pilotes. Huit garçons ont été recrutés. Un choix qui ne doit rien au hasard. « Nous avons suivi régulièrement ces pilotes qui roulent déjà enkart, souligne Eric Prada, responsable et formateur de Venturi Next Gen. On les a fait venir pour voir leurs performances, ils ont subi une série de tests sur simulateur de conduite. » Parmi ces “rookies” [jeunes recrues — N.D.L.R.] prometteurs, on trouve le jeune Monégasque Arthur Leclerc, 17 ans, le petit frère de Charles Leclerc qui participe cette année à sa première saison de Formule 1 (F1). Arthur courrait, quant à lui, dimanche 1er avril, sur la première course de la saison du championnat F4 France à Nogaro. Une course qu’il a terminé premier, faisant la fierté de son frère ainé qui a partagé son émotion sur Twitter : « Regarder mon petit frère gagner après une pause de 3 ans est 1 000 fois mieux que de gagner moi-même. Je ne pouvais pas être plus fier. »

 

Gildo Pastor a signé un accord de collaboration début novembre 2017 avec HWA, l’entité sportive proche de Mercedes

 

Mêmes chances

Quant aux jeunes issus du e-sport, Venturi part du principe que la Formule E ne serait rien sans les ingénieurs. « Le travail des ingénieurs sur le simulateur est capital pour les pilotes, insiste Eric Prada. On ne peut pas faire tous les tests au réel, on doit donc virtualiser. » Bien souvent, les e-sportifs se sont tournés vers la course sur simulateur, faute de moyens. Deux des nouvelles recrues, Maxime Pain et Kevin Leaune, sont, par ailleurs, pilotes de karts. « Le but est de leur donner les mêmes chances qu’à d’autres. »

pilote-venturi pilote-venturi-2

 

Les huit pilotes

Louis Iglesias, 9 ans, Karting international

Benjamin Cartery, 14 ans, Karting international

Pierre-Louis Chovet, 16 ans, F4 France

Arthur Leclerc, 17 ans, F4 France

Dorian Boccolacci, 19 ans, GP3

Maxime Pain, 21 ans, 3 fois champion du monde de e-sport

Kevin Leaune, 29 ans, 5 fois champion du monde de e-sport

Gaëtan Goarant, 29 ans, 2 fois champion du monde de e-sport

 

Calcul d’énergie

Huit des candidats ont donc rempli les conditions pour rejoindre cette académie du e-pilotage, la première du genre. « Nous voulons aider ceux qui ont du talent et qui n’ont pas toujours eu les moyens de se lancer, explique Gildo Pastor, président de Venturi. Il était pour moi logique de continuer à miser sur la jeunesse, avec la création de la Venturi Next Gen. » L’idée « est de fournir des connaissances théoriques et de les amener à bien comprendre ce qu’est un véhicule électrique, avec les contraintes technologiques qui impactent la performance et la conduite », souligne Eric Prada. Un travail absolument essentiel quand on sait que le pilote de Formule E est en contact permanent avec son équipe pendant une course. « Il y a une notion de calcul d’énergie que le pilote doit maîtriser, continue le responsable de Venturi Next Gen. La télémétrie joue beaucoup sur les performances. »

« Ordinateur sur roues »

Les jeunes recrues suivent une formation théorique à travers laquelle ils apprennent le fonctionnement d’une Formule E, ainsi qu’à calculer la consommation d’énergie de leur véhicule. Les cours sont, bien sûr, adaptés en fonction de l’âge du pilote et de son niveau scolaire. Mais tous doivent garder en tête qu’une « voiture électrique est un ordinateur sur roues », selon les termes du pilote de Venturi Formula e Team, Edoardo Mortara. Cette formation théorique s’accompagne de nombreuses heures de conduites sur le simulateur de cette entreprise monégasque. Tous les circuits du e-Prix y sont enregistrés et même plus, ce qui permet aux futurs pilotes de bien appréhender les difficultés d’une course. Les pilotes de Venturi s’entraînent eux-mêmes des heures sur ce simulateur, faisant varier les conditions météorologiques, et les stratégies de courses. Enfin, à partir de juillet 2018, les huit jeunes pilotes auront l’occasion de commencer à piloter une vraie Formule E. Celle de Venturi, évidemment.

 

Gildo Pastor reprend les rennes de Venturi

Il s’était retiré de la gestion de ses entreprises après son AVC, en 2014. Aujourd’hui, la direction de la communication de Venturi l’assure : Gildo Pastor va de mieux en mieux. Si bien que, depuis le mois de novembre 2017, celui qui fut l’un des premiers à croire en l’électrique en rachetant, il y a 20 ans Venturi et en faisant passer ses voitures à l’électrique, a repris les rennes de l’écurie, dont la gestion avait été déléguée à Richard Borfiga. Présent sur toutes les courses de cette saison 4 de Formule E, Venturi Next Gen est son projet afin de préparer les futurs talents à cette discipline. Le développement de l’électrique et de la compétition est au cœur de ses préoccupations. C’est pourquoi Gildo Pastor a signé un accord de collaboration début novembre 2017 avec HWA, l’entité sportive proche de Mercedes. Pour la saison 2017-2018 de Formule E, Venturi et HWA travaillent donc main dans la main. Un choix stratégique pour Mercedes, qui aspire à monter sa propre écurie de Formule E et à la présenter lors de la saison 6. « Mais ils ne pouvaient pas se lancer sur l’électrique sous le nom de Mercedes dès cette année, au risque de faire une mauvaise saison », explique-t-on chez Venturi. C’est donc un échange de bons procédés qu’opèrent HWA et Venturi pour cette saison. Le second apporte ses connaissances en Formule E à HWA, apprend tout du Power train, le bloc moteur-boite de vitesses de Venturi à HWA, tandis que les ingénieurs de ce dernier, apportent leur expertise de la course. Ainsi, HWA pourra lancer sa propre équipe pour la saison 5 et roder ses nouvelles connaissances, avant que Mercedes ne se lance dans le bain, en son nom propre cette fois, pour la saison 6. Sans doute la confirmation que la Formule E n’est plus une discipline marginale du sport automobile. S.N.

 

journalistSophie Noachovitch