Pourquoi Planète-ASM.fr
a choisi le « hara-kiri »

Raphaël Brun
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Huit mois après l’arrêt du site ASMfoot.fr (1), c’est au tour d’un autre site amateur, Planète-ASM.fr, de jeter l’éponge. Après presque 10 ans d’activité autour de l’AS  Monaco, ce collectif a préféré fermer le site, plutôt que de le confier à une nouvelle équipe. C’est la fin d’une époque. Explications.

C’est, bien sûr, la question que tous les fans de l’AS Monaco se posent. Pourquoi le site Planète-ASM.fr va-t-il fermer à la fin de la saison 2017-2018, alors qu’il a su fédérer une audience et qu’il affiche des résultats économiques satisfaisants ? Pour mieux comprendre, il faut revenir à 2008, l’année où ce site a été relancé par une bande de passionnés de l’ASM, structurés autour de Damien Louis. « Le site existait avant 2008, mais il avait été quelque peu abandonné. On considère donc que notre Planète-ASM.fr est né le 8 juillet 2008. On était une dizaine, et on avait alors environ 500 visites par jour », avance Damien Louis. Aujourd’hui, en période de trêve internationale, le site affiche 20 000 visites par jour, contre près de 40 000 pour un week-end de championnat. « En fin de mercato, comme pendant l’été 2017, on est monté à plus de 55 000 visiteurs par jour », ajoute Louis, avant de tempérer ces chiffres : « Si on regarde de plus près, un article qui détaille le contenu d’une conférence de presse n’est lu que par 2 000 ou 2 500 personnes, ce qui n’est pas énorme à l’arrivée. » En face, les coûts de fonctionnement sont faibles : une cinquantaine d’euros par mois pour les serveurs, une dizaine d’euros par an pour le nom de domaine et 90 euros par mois d’abonnement aux journaux et magazines sportifs. « Les quelques publicités, non invasives, publiées sur le site permettent de faire face à ces frais fixes. Et avec ce qu’il reste, on a pu acheter un ou deux maillots de l’ASM pour les offrir, par exemple », détaille Damien Louis.

« Anormal »

Planete-ASM.fr-Maillot-dedicace-@-DRAu départ, l’équipe de ce site ne se fixe pas d’objectifs précis. Mais, au fil du temps, tout le monde se prend au jeu, et le niveau d’exigences augmente. « Environ 25 secondes avant la fin d’un match de l’ASM, on s’est mis à publier un premier article. Peu à peu, c’est devenu quelque chose d’acquis. Tant et si bien, que si rien n’était publié sur le site deux minutes après la fin d’une rencontre, c’était pour moi devenu anormal. C’est peut-être ce niveau d’exigences qui est la cause de tout. Car cela nécessite beaucoup d’énergie. Et ensuite, on n’a pas envie de redescendre de plusieurs niveaux, en publiant un article quelques heures plus tard, ou le lendemain. Involontairement, on a mis la barre trop haute. Et vient un moment où on le paie », décrit le créateur de Planète-ASM.fr. Depuis 2008, le contexte médiatique et sportif a aussi beaucoup changé, ce qui a pesé dans la décision de l’équipe de Planète-ASM.fr. « En 2011, l’AS Monaco jouait en Ligue 2 (L2) le vendredi soir, et les matches étaient uniquement retransmis à la télévision par CFoot. A cette époque, même le site officiel du club publiait peu d’informations. Du coup, Planète-ASM.fr avait alors une énorme et réelle utilité », raconte Damien Louis.

 

« Lassitude »

Depuis, la montée de Monaco en Ligue 1 (L1) en mai 2013 et l’explosion des réseaux sociaux, ont changé la donne. Une médiatisation plus forte du club, couplée à une information quasi-instantanée diffusée notamment sur Twitter, ont remis en cause le travail de l’équipe de Planète-ASM.fr. « On a ressenti une lassitude lorsqu’on s’est aperçu que deux ou trois tweets avaient plus d’impacts qu’un article publié sur notre site, qui nous a demandé de voir et revoir une conférence de presse trois ou quatre fois. Aujourd’hui, on n’a plus ce côté indispensable qu’on avait en 2011 », raconte Louis, qui refuse pour autant de critiquer le rôle joué par Twitter dans la circulation de l’information. « Je craignais qu’on fasse la saison de trop. Qu’on reparte pour 2018-2019 gonflés à bloc et qu’à l’automne, on commence à tirer la langue… » Les débats autour du « stop ou encore » ont eu lieu au sein de l’équipe de Planète-ASM.fr mi-janvier 2018. Six semaines plus tard, le choix final a été officialisé : le site arrêtera son activité dès la fin de la saison 2017-2018, soit le 19 mai 2018.

Planete-ASM-@-Kristian

« Image »

Avec des dizaines de milliers de visiteurs quotidiens et des finances dans le vert, pourquoi ne pas décider de passer la main à une nouvelle équipe ? Le fondateur de ce site avance plusieurs raisons. « On a commis l’erreur de ne pas suffisamment renouveler les cadres de notre équipe. Or, tous, et moi le premier, on commençait à avoir envie de prendre du recul. Et vivre autre chose, avec nos familles, nos enfants, nos boulots… » Quatre cadres épaulent Damien Louis, pour organiser une groupe d’une dizaine de rédacteurs. A l’annonce de l’arrêt du site, des visiteurs se sont spontanément proposés pour continuer à faire vivre ce site. Mais Planète-ASM.fr, c’était « 3 heures de travail, 7 jours 7 », rappelle le créateur de ce site, même si c’est « forcément bien moins pendant les trèves ». Reste un travail « énorme » et une certaine éthique, défendue par Damien Louis : « Ça fait près de 10 ans qu’on peaufine l’image de Planète-ASM.fr. Je pense que l’on a réussi à créer quelque chose d’assez propre. En tout cas, on a tout fait pour l’être. Demain, je n’ai pas envie de confier Planète-ASM.fr à quelqu’un d’autre, pour voir le site publier des titres accrocheurs qui ne correspondent pas au contenu, juste pour générer des clics. Ou encore des publicités très intrusives. Notre décision d’arrêter est peut-être totalement égoïste, mais elle est assumée. C’est un hara-kiri, en quelque sorte. »

« Famille »

Pourtant, la porte n’est pas complètement fermée à une reprise. « Si quelqu’un de sérieux me propose un projet précis et détaillé, pourquoi ne pas y réfléchir ? », glisse Damien Louis. Mais le dossier devra être très étayé. En attendant, dans quelques mois, lorsque l’aventure Planète-ASM.fr prendra fin, il sera alors temps de regarder un peu en arrière, pour mesurer le travail accompli. « Il restera de ces presque 10 ans, une deuxième famille. Je pense notamment à mes fidèles “lieutenants”. D’un point de vue technique, j’ai beaucoup progressé, en termes de développement. Gérer une équipe, c’était très bien, aussi. Mais il est temps de passer à autre chose ». Quant au site, il devrait rester en ligne « pendant un moment pour de l’archivage », avec des zones de commentaires qui resteront ouvertes. « Si dans 6 mois ou un 1 an, on se rend compte que plus personne ne commente, on déplacera peut-être le site sur un hébergement qui ne coûtera quasiment rien. Planète-ASM.fr restera accessible. Pour le moment, je ne suis personnellement pas prêt à voir une page internet expliquant que le site recherché n’existe pas, ajoute Damien Louis. Je me trompe peut-être, mais je pense que dans 6 mois ou un an, tout le monde aura oublié Planète-ASM.fr. » En attendant, le travail de « deuil » numérique ne fait que commencer pour ces fans de l’AS Monaco.

1) Lire notre article ASMfoot.fr, c’est fini, publié dans Monaco Hebdo n° 1026.

journalistRaphaël Brun