« Les plus grands clubs
européens nous observent »

Raphael Brun
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Arrivé au club en 2013, Vadim Vasilyev vient de boucler cinq années bien remplies. « C’était un peu les montagnes russes », nous a expliqué, sans rire, le vice-président de l’AS Monaco. Quelques jours avant la finale de Coupe de la Ligue contre le Paris Saint-Germain, et alors que les rumeurs de vente du club se font insistantes, Vasilyev a longuement reçu Monaco Hebdo. Interview bilan.

Des rumeurs rapportent l’arrivée d’un repreneur et un rachat du Milan AC (1) : le président, Dmitry Rybolovlev, pourrait vendre le club ?

La question revient tous les ans, mais le président a déjà expliqué que le projet s’inscrit sur le long terme. Il suffit de regarder les faits : les investissements importants sur les joueurs, l’arrivée en novembre 2017 d’un directeur sportif de top niveau européen, Michael Emenalo, qui était à Chelsea, l’acquisition du Cercle Bruges, la validation par le président de la rénovation du centre de performance pour 55 millions d’euros, entièrement payés par le club. Si ce ne sont pas des signes d’une volonté de travailler sur le long terme, alors qu’est-ce que c’est ? Nous avons d’ailleurs communiqué pour mettre un terme à ces rumeurs.

De quelle façon Dmitry Rybolovlev s’implique dans la gestion de l’AS Monaco ?

J’aimerais bien que l’on retienne que l’homme fort du projet de l’AS Monaco, c’est Dmitry Rybolovlev. Il a amené sa passion pour le foot, sa vision et sa stratégie, son argent aussi. Il est derrière la réussite du club. Les gens l’oublient parfois un peu, c’est dommage. Il n’aime pas forcément la lumière, mais il soutient le club à 100 %. Il valide les décisions stratégiques. Je lui suis très reconnaissant pour m’avoir offert cette chance et me laisser une telle autonomie dans l’exercice de ces fonctions.

On entend dire depuis des mois que les relations entre le Prince Albert et Dmitry Rybolovlev se seraient rafraîchies : où en est-on vraiment ?

Bien sûr, le Prince et le président ont chacun leur agenda, ils voyagent partout dans le monde, régulièrement. Pour moi, il n’y a pas de sujet là-dessus. D’ailleurs, ils seront tous les deux à la finale de la Coupe de la Ligue, à Bordeaux, le 31 mars 2018.

Le Prince Albert II est aussi associé aux décisions prises par le club ?

Pour les grandes décisions stratégiques, le Prince est informé et on lui demande sa validation. Par exemple, pour le rachat du Cercle Bruges, en mai 2017, il a été consulté. Il a même reçu les dirigeants de ce club belge, ce qui démontre combien il s’implique dans le projet. On l’écoute, et son avis est toujours pris en compte. Car l’AS Monaco est beaucoup plus qu’un simple club privé : c’est le patrimoine de la Principauté.

C’est justement parce que l’ASM est un symbole social fort que vous multipliez les rapprochements avec les acteurs de la vie locale ?

On entend beaucoup dire que le football, ce n’est que l’argent. Bien sûr, le football est devenu une industrie. Mais on veut aussi donner une dimension humaine à notre projet. Voilà pourquoi on s’associe, dès qu’on le peut, à des projets sociaux à travers le programme AS Monacoeur. On veut montrer que les footballeurs sont des gens normaux. Pour la plupart, ce ne sont pas les enfants gâtés souvent décrits.

 

« Au départ, on ne voulait pas vraiment nous écouter sur ce dossier. Et puis, il y a eu une prise de conscience sur le fait que le stade Louis II n’est pas au niveau des standards d’excellence de la Principauté »

 

Le gouvernement a lancé des travaux au stade Louis II, avec une enveloppe globale estimée à 240 millions d’euros et une fin de chantier estimée à 2024 : vous êtes satisfait du contenu ?

Dès cette année, des travaux sur la pelouse, mais aussi la création de nouvelles loges, seront lancés. Dans le bilan de mes 5 ans au club, c’est un sujet qui compte. Au départ, on ne voulait pas vraiment nous écouter sur ce dossier. Et puis, il y a eu une prise de conscience sur le fait que le stade Louis II n’est pas au niveau des standards d’excellence de la Principauté.

De ces cinq années, depuis votre arrivée au club jusqu’à cette nomination à la commission des compétitions de l’UEFA et la reconnaissance par vos pairs (2), que retenez-vous ?

Que nous avons fait un sacré bout de chemin ! Il y a eu tellement de moments forts… Nous avons remporté le titre de Ligue 2 (L2), et surmonté deux problèmes de taille, avec la fronde du football français et le fair-play financier. Et puis le projet a changé. A ce moment-là, tout le monde a dit : « C’est fini »… Mais on a construit un modèle économique sur-mesure pour le club. En 2015, l’équipe a atteint les quarts de finale de la Ligue des Champions. Puis, en 2017, on est arrivé en demi-finales de cette même Ligue des Champions. On a remporté le titre de champion de France 2016-2017 devant le Paris Saint-Germain (PSG), réalisé des transferts incroyables… Nous étions, et nous demeurons ambitieux. Mais je crois que nous avons obtenu des résultats au-delà de ce que le club peut espérer.

A part ça, qu’est-ce qui vous a vraiment rendu heureux lors de ces cinq dernières années ?

Je suis fier de la façon dont nous sommes parvenus à remettre l’AS Monaco à sa place historique, à la fois sur la scène nationale française et sur la scène européenne. On a fait rêver les gens qui aiment le football dans le monde entier. Je suis fier aussi de constater que nous sommes un ambassadeur de Monaco. Je voyage beaucoup et partout, les gens connaissent le club et en ont une très bonne image.

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© Photo Iulian Giurca – Monaco Hebdo.

« Quand on a vu que d’autres clubs avaient été sanctionnés à cause du fair-play financier, et qu’on ne parvenait pas à augmenter nos recettes, on a dû se rendre à l’évidence : il fallait changer notre projet. C’était violent »

 

Comment a évolué l’image de l’AS Monaco ?

L’AS Monaco est le deuxième club le plus suivi sur les réseaux sociaux, devant l’Olympique de Marseille (OM) et l’Olympique Lyonnais (OL), et se situe dans le Top 20 européen devant des clubs comme Benfica, Porto, Valence, l’Ajax, le Bayer Leverkusen… D’ailleurs, pour la deuxième année de suite, Monaco a terminé à la première place du classement de l’image des clubs professionnels (3), ce qui démontre que le club intéresse de plus en plus les amateurs de football. Je peux aussi parler de la fierté d’avoir pu structurer et construire humainement le club, avec des personnes qui ont rejoint petit à petit le projet et font du très bon travail.

En finissant chaque année sur le podium, on a l’impression que votre club a trouvé une stabilité au plus haut niveau ?

Oui, nous obtenons des bons résultats. Des résultats exceptionnels, même. Mais il ne faut pas prendre ces résultats pour acquis. Regardez les infrastructures qu’ont des clubs comme Lyon et Marseille. Et je ne parle pas des moyens du PSG… C’est difficile d’être chaque année au rendez-vous.

Lorsque vous êtes arrivé au club, il a fallu gagner le respect des fans de l’AS Monaco : quelle a été votre méthode ?

J’ai toujours essayé d’être direct et transparent, de dire les choses comme elles sont. A un moment, c’était très dur quand on a changé le projet. Je suis allé voir les supporters pour leur expliquer. La réunion a commencé : c’était très, très chaud…

Qu’avez-vous fait ?

Je leur ai alors demandé s’ils voulaient revenir en arrière, avant la reprise du club par le président Rybolovlev. Et là, ça a changé. On a pu commencer à discuter, à parler. J’ai toujours consacré beaucoup de temps et d’énergie pour les supporters. Aujourd’hui, je pense qu’on a gagné leur confiance.

C’est toujours vrai aujourd’hui ?

Lorsqu’on a vendu Mbappé au PSG, on a perdu un “top” joueur. Mais les fans de l’ASM ont été fiers que l’on parvienne à faire ce transfert à 180 millions d’euros. Ils ont été fiers du travail que le club fait. Parce qu’ils ont compris ce qu’est notre projet, désormais.

Comment entretenir de bonnes relations avec les fans de l’ASM ?

A travers des moments comme la soirée des abonnés, nous cherchons à développer cette convivialité et cette proximité qui sont uniques à Monaco, car ces événements n’existent nulle part ailleurs. En ville, il arrive qu’on m’arrête pour dire un mot sympathique. Avec du travail et du respect, on peut accomplir de belles choses. Aujourd’hui, à Monaco, je me sens chez moi.

On compare souvent le modèle monégasque à celui du FC Porto : est-ce que c’est exact ?

Au début, j’ai souvent entendu cette comparaison. Mais depuis trois ans, personne ne m’en parle plus. Ce qui signifie que nous sommes parvenus à développer notre propre modèle. Désormais, le monde du football parle seulement de « modèle monégasque ». Et ça me rend fier.

Dans votre nouveau projet, il y a aussi eu le rachat d’un club de deuxième division belge, le Cercle Bruges, en mai 2017 : à quoi sert cette opération dans votre stratégie ?

Aujourd’hui, il est compliqué pour un jeune joueur, si talentueux soit-il, de passer de l’Academy de l’AS Monaco au groupe professionnel. Le Cercle Bruges, qui vient de monter en première division, va justement permettre à nos jeunes joueurs de franchir cette étape intermédiaire. Ils vont pouvoir jouer dans des stades de 25 000 personnes, avec des affiches contre de grands clubs, comme Anderlecht, le Club Bruges, le Standard de Liège. Ils reviendront à Monaco aguerris par cette expérience.

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© Photo Stéphane Senaux ASM-FC.

 

« Je milite pour une Ligue Europa plus compétitive, reconnue et indépendante. Pour cela, il faut casser les liens avec la Ligue des Champions »

 

Mais certains joueurs, comme Kylian Mbappé, ont réussi le saut entre l’académie de l’ASM et l’équipe première ?

Oui, mais Kylian Mbappé est un phénomène. Sinon, passer ce cap d’un seul coup reste difficile. Des joueurs très talentueux, comme Kevin N’Doram par exemple, mettent du temps avant de parvenir à s’installer. Et pourtant, j’insiste, c’est un joueur très talentueux.

D’où l’idée de faire passer vos jeunes joueurs par un niveau intermédiaire, via le Cercle Bruges ?

Exactement. Il fallait un club qui soit la propriété de l’AS Monaco, qui joue à haut niveau, mais juste au-dessous de nous, tout en restant dans notre logique de fonctionnement. Parce que lorsqu’on prête un joueur dans un autre club, il ne nous appartient plus vraiment et on en perd le contrôle. Le Cercle Bruges nous permet de faire évoluer les jeunes Monégasques, ou les meilleurs talents du monde entier. Être propriétaire nous offre le contrôle sur l’évolution des joueurs et du projet. Le but est aussi de ne pas toujours avoir recours aux transferts, dont les prix sont astronomiques, pour recruter des joueurs pour l’équipe première.

Le 10 mars 2018, le Cercle Bruges a obtenu sa montée en première division Belge en battant Beerschot : c’était l’objectif ?

C’était un objectif, mais nous ne l’attendions pas si vite. C’est d’ailleurs Irvin Cardona, un jeune joueur de l’AS Monaco prêté au Cercle Bruges pour la saison, qui a inscrit le but de la montée. C’est le parfait symbole de ce projet, qui doit être gagnant-gagnant pour les deux parties. L’idée est de permettre au Cercle, avec nos joueurs, d’être un club solide de première division belge. De notre côté, nos jeunes joueurs vont pouvoir évoluer dans un championnat relevé.

Mais ce modèle du club « satellite » (lire notre encadré par ailleurs) que vous avez mis en place, reste un pari risqué ?

Jusqu’à aujourd’hui, personne n’a réussi. Depuis la saison 2010-2011, Chelsea soutient le club hollandais du Vitesse Arnhem, mais sans réussite. Il y a d’autres exemples encore. Je souhaite que Monaco soit le premier à réussir ce genre de projet. Du coup, tout le monde suit de très près ce que nous sommes en train de faire : en Allemagne, en Premier League… Les plus grands clubs européens nous observent.

La mise en place de cette politique exclut l’achat de grands joueurs, comme Falcao en 2013, par exemple ?

Doit-on l’exclure ? Non, mais c’est difficile à envisager. Par contre, on peut toujours penser à des joueurs libres de tout contrat, comme Ricardo Carvalho, Dimitar Berbatov ou Eric Abidal. Mais acheter des “top stars”, ce n’est pas cohérent avec notre projet.

Mais miser sur une grosse star, c’est bon pour le marketing et les ventes de maillots !

Oui, sauf qu’on a déjà essayé, avec la venue de Falcao. Les recettes pour la vente de maillots ou la billetterie, n’ont pas décollé. Ce qui est vrai pour les meilleurs clubs de Premier League ou de Bundesliga, n’est pas vrai à Monaco.

L’AS Monaco a été récompensé pour la qualité du recrutement : quel est votre secret ?

Le travail des recruteurs est très important, mais beaucoup de paramètres entrent en jeu. Et à la fin, il faut se fier à son intuition. De temps en temps, les pistes peuvent aussi venir des agents. Lorsqu’on a recruté Bernardo Silva, il n’était pas connu du tout. Mais j’avais la parole de son agent, Jorge Mendes.

Pourtant, Jorge Mendes est souvent très critiqué !

On peut l’aimer ou ne pas l’aimer, mais Jorge Mendes m’a montré 10 minutes de vidéo sur Bernardo Silva et j’ai dit : « Ok, on prend ce gamin. » Parmi les agents, il faut aussi savoir qui est fiable ou pas. Je vérifie toujours chaque information à l’aide de mes propres contacts dans le monde du football.

Quels sont les autres paramètres pour réussir un bon recrutement ?

Le recrutement, c’est le résultat du “scouting”, du carnet d’adresses, mais aussi de la réputation de la marque AS Monaco. Aujourd’hui, des jeunes, comme l’attaquant italien de 17 ans, Pietro Pellegri, qui était sollicité par la Juventus Turin, veulent venir à Monaco. Le projet parle pour lui. Tout le monde regarde ce qu’on fait. D’un côté, c’est difficile d’accepter de voir partir nos joueurs, comme Mendy, Bernardo, Martial… De l’autre, ça rend le projet plus fort.

Qui prend la décision finale ?

Sur le recrutement, je prépare tous les dossiers, puis je valide les grandes décisions avec le président Rybolovlev.

De 2013 à 2018, il y a aussi eu des moments difficiles, comme le conflit avec la Ligue de football professionnel (LFP) qui souhaitait que le siège social de l’ASM déménage en France ?

J’ai été vraiment surpris par cette situation car, à l’époque, je n’étais pas vraiment intégré dans le monde du football français. À un moment donné, le président Rybolovlev m’a demandé de m’impliquer dans ce dossier. Il y avait alors une atmosphère hostile envers Monaco. Il faut d’ailleurs rappeler que cette décision avait été prise à l’unanimité du conseil d’administration de la LFP.

Votre stratégie pour sortir de cette crise ?

J’ai commencé par rencontrer les présidents de clubs de Ligue 1 (L1) et de Ligue 2 (L2), ainsi que les acteurs du football français. J’ai expliqué notre projet. J’ai expliqué qu’il serait bénéfique pour le football français et j’ai indiqué pourquoi il ne devait pas être perçu comme une menace. Petit à petit, le sentiment vis-à-vis de Monaco a changé. On a réussi à passer un accord, avant de finalement gagner en justice. Aujourd’hui, plus personne ne conteste la décision. Le sujet n’est plus à l’ordre du jour.

Autre dossier chaud : la mise en application de la règle du fair-play financier, adoptée par l’UEFA en mai 2010 ?

Cela a encore été une période dure, compliquée, parce que la mise en place du fair-play financier a coïncidé avec l’arrivée du président Rybolovlev. Personne ne savait vraiment avec précision comment cette règle serait appliquée. Quand on a vu que d’autres clubs avaient été sanctionnés à cause du fair-play financier, et qu’on ne parvenait pas à augmenter nos recettes, on a dû se rendre à l’évidence : il fallait changer notre projet. C’était violent, mais l’expérience nous montre aujourd’hui que c’était la seule décision possible. D’ailleurs, désormais, l’UEFA cite l’AS Monaco comme un exemple à suivre pour les autres clubs.

Vraiment ?

Les dirigeants de l’UEFA sont venus lors du match Monaco-Borussia Dortmund, en avril 2017. Ils nous ont dit que nous étions « exemplaires ». Ça fait vraiment plaisir.

Entre 2013 et 2018, quelle aura été votre meilleure décision ?

Embaucher notre entraîneur, Leonardo Jardim, en juin 2014. Parce que le rôle du coach est essentiel dans notre projet. Il nous fallait quelqu’un qui, non seulement soit un excellent technicien, mais aussi qui soit capable de suivre notre projet. Pour moi, cela a été une des décisions clé. Pourtant, lorsqu’on a décidé de remplacer Claudio Ranieri par Leonardo, qui était alors très peu connu, j’ai entendu beaucoup de choses…

Comment vivez-vous la concurrence face à un PSG qui affiche une puissance financière qui semble quasi-illimitée ?

L’argent est très important, mais il ne fait pas tout. On s’en rend compte avec le titre l’an dernier, et la demi-finale de Ligue des Champions que Paris, dans son nouveau projet, n’a pas encore réussi à atteindre.

Mais, à long terme, le risque c’est de s’épuiser, face à un PSG surpuissant ?

À long terme, c’est vrai qu’il sera difficile de concurrencer le PSG. Ou même de résister, encore une fois, à Marseille et Lyon, qui ont des recettes plus importantes que les nôtres, si l’on met de côté les transferts. Il faut se concentrer sur notre bon travail et notre modèle de fonctionnement, pour le rendre encore plus puissant.

Certains estiment qu’au vu de sa puissance financière, le PSG fausse le championnat : vous en pensez quoi ?

C’est vrai que ce n’est pas une situation idéale. Mais si on veut vraiment traiter ce problème, il faudrait mettre en place des réformes dans tout le football mondial, ou du moins, européen. Or, aujourd’hui, cette volonté n’existe pas. Les intérêts sont trop divergents. On pourrait envisager un système plus équitable sportivement, mais aujourd’hui, il faut vivre avec cette réalité.

Samedi 31 mars 2018, vous jouerez à Bordeaux la finale de la Coupe de la Ligue face au PSG : votre pronostic ?

Aujourd’hui, l’équipe va bien. Je n’aime pas trop les trêves internationales qui peuvent casser les dynamiques, mais c’est le calendrier. Quoi qu’il arrive, on ira à Bordeaux dans l’optique de gagner la coupe. Il y aura plus de 10 000 supporters monégasques dans le stade pour encourager l’équipe. C’est fantastique. C’est notre deuxième finale de suite. Au-delà du fait de remporter la coupe de la Ligue, cette victoire permettrait d’instaurer un peu plus encore la culture de la gagne au club.

Vous allez siéger à la commission des compétitions interclubs de l’UEFA : votre objectif ?

Je fais aussi partie d’un “working group” [groupe de travail — N.D.L.R.], et je suis d’ailleurs parvenu à limiter l’impact négatif de la réforme de la Ligue des Champions pour les clubs français (4). Cette nomination récente à la commission des compétitions de l’UEFA est une bonne chose, parce que je crois que Monaco n’a jamais été aussi bien représenté en Europe.

Mais cette commission n’a qu’un avis consultatif ?

C’est exact. Cette commission propose et le comité exécutif prend la décision finale. Mais, dans les faits, le comité exécutif suit très souvent les recommandations de cette commission des compétitions.

Les prochains dossiers sur lesquels la commission des compétitions interclubs de l’UEFA va plancher ?

La réforme de la Ligue des Champions terminée, on travaille désormais sur la réforme de la Ligue Europa. Je milite pour une Ligue Europa plus compétitive, reconnue et indépendante. Pour cela, il faut casser les liens avec la Ligue des Champions. La vérité aujourd’hui, c’est que huit ou dix clubs seulement peuvent gagner la Ligue des Champions. La Ligue Europa peut être la deuxième Coupe d’Europe, mais avec une identité forte. Et elle doit pouvoir faire rêver des clubs comme le nôtre.

 

« Je me suis prononcé en faveur de l’arbitrage vidéo. Je me suis même fâché sur le sujet avec Michel Platini, qui était contre »

 

Une décision sera prise quand pour cette nouvelle Ligue Europa ?

Plusieurs idées sont à l’étude. Une décision sera prise d’ici la fin de l’année 2018.

La LFP a décidé d’utiliser l’arbitrage vidéo dès la saison 2018-2019 : c’est une bonne idée ?

Je me souviens de notre élimination en quart de finale de la Ligue des Champions contre la Juventus Turin, en avril 2015. On avait perdu 1-0 à Turin et fait 0-0 au stade Louis II. Ça s’est joué à très peu de choses, à un pénalty pour une faute commise en dehors de la surface et la main du défenseur de la Juventus, Giorgio Chiellini, qui méritait un carton rouge. L’arbitrage vidéo aurait changé la donne. Ce jour-là, je me suis prononcé en faveur de l’arbitrage vidéo. Je me suis même fâché sur le sujet avec Michel Platini, qui était contre.

L’arbitrage vidéo, c’est la solution miracle ?

L’arbitrage vidéo ne résoudra pas tous les problèmes, loin de là. Mais on pourra diminuer le nombre d’erreurs.

Où en est le projet de centre de performances à La Turbie ?

Les travaux vont commencer très prochainement, sans doute en mai 2018, et devraient durer environ deux ans et demi. Notre académie est l’une des meilleures en France et en Europe. Mais nos installations sont obsolètes. Si nous ne faisons rien, nous allons rapidement perdre cet avantage.

Le contenu de ce centre de performances à 55 millions d’euros ?

On aura un terrain supplémentaire, soit un total de trois terrains et demi. Un bâtiment ultra-moderne nous permettra de réaliser un suivi précis de nos joueurs, afin de répondre aux exigences du très haut niveau. Suivi médical, physique, technique pour le staff… Tout cela nous permettra d’être encore plus fort demain. Je le répète : nos sources de recettes sont limitées. Il faut donc consolider notre modèle, en renforçant tout ce que nous pouvons maîtriser. C’est la réflexion permanente que nous menons avec le président Rybolovlev. Après, il faut rester humble et continuer à travailler. Car ce qu’on a fait jusque-là est exceptionnel. Et dans la vie, l’exceptionnel ne peut pas toujours durer.

 

 

1) Le 23 mars 2018, le quotidien sportif italien, La Gazzetta Dello Sport, a indiqué que le président de l’AS Monaco, Dmitry Rybolovlev, aurait reçu une offre de 500 millions d’euros de la part d’un investisseur d’Abu Dhabi pour le rachat de son club. Toujours en Italie, Tuttosport a expliqué que le propriétaire de l’ASM s’intéresserait au rachat du Milan AC.
2) Vadim Vasilyev a été élu dirigeant européen pour la saison 2016-2017, lors des Football Business Awards, puis dirigeant de l’année 2017 lors des Globe Soccer Awards.
3) Baromètre d’image des clubs professionnels de football, réalisé en partenariat avec la Ligue de football professionnel (LFP), Première Ligue et l’institut de sondage Ipsos. Enquête réalisée auprès d’un échantillon de 5 001 français intéressés par le football, âgés de 16 à 75 ans.
4) En cas de victoire en Ligue Europa d’un club déjà qualifié par le biais de son championnat pour la Ligue des Champions, la troisième place de Ligue 1 (L1) sera directement qualificative pour la Ligue des Champions.

 

Club “satellite” : tout le monde s’y met

Si Monaco a racheté le Cercle Bruges, d’autres clubs ont aussi tenté de mettre en place un système comparable. Manchester City a racheté le club espagnol du FC Gérone en août 2017 et entretient un partenariat avec le Nac Breda, qui joue en première division hollandaise. En Italie, Giampaolo Pozzo est propriétaire de l’Udinese depuis 1986, pendant que son fils, Gino, possède le club anglais du Watford FC. Pozzo a aussi racheté le Grenade CF en 2009, avant de revendre ce club espagnol en juin 2016 à un businessman chinois, Jiang Lizhang. Enfin, fin mars 2018, le quotidien portugais O Jogo évoquait un accord entre le PSG et le club portugais du Vitoria Guimarães, qui permettrait aux jeunes Parisiens de s’aguerrir avant de rejoindre la Ligue 1 (L1). Des discussions devraient avoir lieu à Paris « lors de la première semaine d’avril », a indiqué le président du club, Julio Mendes, à O Jogo. Alors que Monaco Hebdo bouclait ce numéro le 27 mars 2018, Vitoria Guimarães était 9ème du championnat portugais.

journalistRaphael Brun