Crise migratoire en Italie :
« Le reste de l’Europe ne peut
pas s’en désintéresser »

Sabrina Bonarrigo
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Pour le journaliste et écrivain italien Alberto Toscano, le diagnostic est clair. La vague migratoire que vit depuis plusieurs années l’Italie est « l’un des plus grands défis du XXIème siècle pour ce pays ». Invité le 16 mars au musée océanographique pour les IXèmes Rencontres internationales Monaco et la Méditerranée (Rimm), ce journaliste a rappelé que l’Italie est déchirée entre deux visions culturelles et deux philosophies : « Celle de l’accueil et celle du refus de l’autre ». Une Italie qui se considère très esseulée face à ces drames. L’un des épisodes les plus marquants est le naufrage de Lampedusa, le 3 octobre 2013, qui a causé la mort d’au moins 366 migrants. Suite à ce drame, le gouvernement d’Enrico Letta a décidé d’engager les forces militaires italiennes. Cette opération baptisée Mare nostrum avait pour vocation de secourir en mer les immigrés clandestins. Elle est, en partie, remplacée par l’opération Triton de Frontex, le 1er novembre 2014. « Malgré ces deux opérations, les migrants ont continué à arriver sur les plages et dans les ports de la Péninsule italienne. L’Italie n’a pas reçu de l’Union européenne (UE) l’aide suffisante pour gérer de façon efficace la question migratoire. Ce qui a contribué à désorienter une partie de l’opinion publique italienne », regrette ce journaliste. Pour mesurer à quel point l’Italie a été confrontée à une vague migratoire de plus en plus massive, Alberto Toscano a avancé quelques chiffres : « Les migrants débarqués en Italie en provenance de la rive sud de la Méditerranée ont été 13 000 en 2012, 43 000 en 2013, 170 000 en 2014, 154 000 en 2015, 181 000 en 2016 et 119 000 en 2017. » Selon ce journaliste, il est donc primordial que l’Europe développe « une culture de la coopération » et de l’aide réciproque : « S’il est évident que les réfugiés politiques doivent trouver un accueil digne, il est tout aussi évident que l’Italie ne peut pas devenir la destination d’une migration économique de grande dimension. S’il est évident que les pays riverains de la Méditerranée doivent prendre leur part du problème migratoire, il est évident également que le reste de l’Europe ne peut pas s’en désintéresser… ».

journalistSabrina Bonarrigo