Mathieu Madénian
« On ne m’a jamais rien censuré »

Anne-Sophie Fontanet
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Le 24  mars, l’humoriste Mathieu Madénian a joué son spectacle En état d’urgence devant le public de Monaco dans le cadre des Sérénissimes de l’humour. Pour Monaco Hebdo, il évoque sa liberté d’artiste et le plaisir que lui procure son métier.

Il aura suffi d’une année pour changer radicalement sa vie. Diplômé en sciences criminelles, celui qu’on connaît désormais comme acteur, chroniqueur et humoriste ne se vouait pas exactement à ces corps de métier. « Il n’y a pas eu de déclic, assure Mathieu Madénian. Souvent après les études, on prend une année sabbatique. Il y en a qui font le tour du monde. Moi, je suis monté à Paris pour faire du café-théâtre. Cette année dure maintenant depuis 16 ans ! » Et, à l’entendre, aucune lassitude à l’horizon. « Je fais un métier qui me passionne et je fais rire des gens. Je n’ai pas à me plaindre ! Je suis un énorme chanceux et le jour où tout s’arrêtera, je ne pourrai pas dire que c’est injuste. Je rentrerais chez moi, à Perpignan, et je me dirai : « Putain ! C’était bien ! ». » Grâce au soutien de Kader Aoun, c’est à partir de 2009 qu’il est vu dans son premier spectacle au Paname Art Café, dans le 11ème arrondissement de Paris, avant de poursuivre sa carrière du côté du théâtre du Point Virgule.

« Faire marrer »

Les opportunités s’enchaînent. Quatre années chez Michel Drucker dans Vivement Dimanche sur France 2 le font mieux connaître du grand public. Collaborateur de Charlie Hebdo — il y écrit sa “carte postale” hebdomadaire — il a vu son travail bouleversé par la tuerie perpétrée contre sa rédaction. Depuis, c’est aussi sur Canal+, puis sur W9 que Madénian s’exprime, seul ou avec son acolyte Thomas VDB, « pour faire marrer ». Un humour que certains diront grinçant, voire incisif. « J’ai toujours été libre. On ne m’a jamais rien censuré. Personne ne m’a jamais rien dit », revendique ce Perpignanais. Et Monaco, sur le passage de sa tournée française, ne fera pas exception. C’est déjà la troisième fois qu’il se produit aux Sérénissimes de l’humour. Son spectacle ? Une heure et dix minutes écrites et 15 minutes d’improvisation. « En fait, je l’adapte à la salle et à la ville où je me trouve, ainsi qu’à l’actualité, en général. J’ai mis un an pour l’écrire. C’est une espèce de résumé de quatre ans de ma vie », raconte-t-il.

Liberté

Qu’est-ce qu’il en ressortira à Monaco ? « Je suis juste moi, j’essaie de faire marrer, nous éclaire l’humoriste. Monaco m’inspire beaucoup d’argent, de la propreté, pas trop de SDF. Un monde enchanté, où il doit être bizarre de vivre. Une espèce d’îlot de richesse… Tu vis dans l’opulence, alors qu’à quelques kilomètres, il y a des gens qui se noient pour arriver en France. Ça doit être bizarre… Je vais peut-être parler de ça. » Son rituel d’avant spectacle, c’est aussi un lien fort à l’actualité. De BFM TV à la presse locale, il cherche l’inspiration pour coller au mieux au quotidien de ses spectateurs. « C’est excitant », estime ce quadra. Sur scène, à la télévision, dans la presse, c’est le fil conducteur de la liberté qui guide ses pas. « Je vais là où j’ai envie d’aller, surtout là où on me propose d’être libre. Ma liberté est la condition sinequanone », souligne Madénian. À 41 ans, il compte poursuivre ce chemin. À travers sa collaboration avec Charlie Hebdo, notamment, mais aussi en terminant la tournée de ce deuxième spectacle. « J’aimerais ensuite écrire le troisième, continuer à faire le con sur W9. Et surtout, continuer à m’amuser. »

 

journalistAnne-Sophie Fontanet