« Je suis une fonceuse »

Raphaël Brun
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Après une grave blessure au genou, la capitaine du Monaco Basket Association, Morgane Plestan, est de retour. Pour Monaco Hebdo, elle livre son analyse sur la saison 2017-2018. Interview.

Comment se déroule cette saison 2017-2018 ?

On est deuxième ex-aequo (1) avec La Tronche, une équipe de la banlieue grenobloise, et l’Asvel [Villeurbanne – N.D.L.R.]. Derrière le premier, Orthez, tout le monde se tient dans un mouchoir de poche. Après nous, Roanne, Feytiat et Colomiers ne sont pas loin non plus. Du coup, beaucoup d’équipes peuvent espérer disputer les play-offs. Mais seulement deux équipes monteront en Ligue Féminine 2 (LF2), la deuxième division du basket français.

Quelle équipe vous a le plus impressionnée cette saison ?

Je suis revenue en décembre 2017, car j’étais blessée. Je n’ai pas vécu tous les matches sur le terrain, c’est donc un peu difficile pour moi de juger. Mais Orthez est une belle équipe. Elles sont soudées et assez complètes sur tous les postes de jeu. L’équipe de Feytiat possède aussi un effectif très complet. On les a battues chez nous, mais, sur leur parquet, elles ont été d’une adresse insolente.

 

« L’objectif annoncé en début de saison, c’était le maintien. Mais comme on est une équipe de compétitrices, on s’est laissé prendre au jeu. Et on aimerait bien parvenir à jouer les play-offs »

 

Vous êtes quatrième après 17 matches, avec 12 victoires et 5 défaites : vos objectifs sont respectés ?

L’objectif annoncé en début de saison, c’était le maintien. Mais comme on est une équipe de compétitrices, on s’est laissé prendre au jeu. Et on aimerait bien parvenir à jouer les play-offs.

Vous avez été surprise par le niveau de la Nationale Féminine 1 (NF1) ?

Pas vraiment, car beaucoup de filles de notre équipe ont déjà joué à ce niveau, voire au niveau supérieur. Par exemple, Alex Tchangoue et Guiday Mendy ont déjà joué en LF2. Leslie Fournier et Coralie Magoni ont joué en LF2 et NF1. Alors que Johanne Drozd était en NF1 la saison dernière. L’Italienne Sara Crudo et la Lettone Paula Luke ont évolué dans les équipes jeunes, puis professionnelles de leurs pays respectifs.

Le point fort de votre équipe ?

Le mental. Et puis, on a aussi une grosse défense. On est assez agressives. D’ailleurs, on joue beaucoup en défense « tout terrain ». C’est aussi un peu la marque de fabrique de notre coach, Olga Tarasenko, qui a toujours donné ce style de jeu à ses équipes. Et on a pas perdu un seul match chez nous, au gymnase de l’Annonciade, depuis septembre 2015. On est donc invaincues à domicile depuis deux ans et demi. Et en attaque, on arrive aussi à marquer beaucoup.

Ce qu’il reste à améliorer ?

La régularité sur nos prestations, que ce soit en attaque ou en défense. J’aimerais aussi que l’on retrouve une petite pointe de folie, qui fait partie de notre ADN, mais qui nous manque un peu, ces derniers temps.

Après votre blessure au genou, en mai 2017, ça a été compliqué de revenir ?

La saison dernière, en décembre 2016, j’ai été opérée du ménisque du genou droit. Et puis, j’ai fait une chute sur mon lieu de travail et je me suis blessée à nouveau en Coupe de France, en mai 2017. Mon médecin m’a alors annoncé que c’était les ligaments croisés du genou qui avaient lâché. J’ai été opérée dans la foulée à Monaco, et j’ai ensuite fait de la rééducation chaque jour, pour finalement reprendre le basket en décembre 2017.

Difficile de revenir au meilleur niveau ?

Bien sûr. Car j’ai cumulé deux blessures. Et puis, j’ai été très déçue de me blesser juste avant la finale de Coupe de France à Bercy. Heureusement, les filles de l’équipe, mais aussi la coach et le club m’ont soutenue et ils ont tous continué à me faire confiance. Tout ça m’a donné envie de faire les efforts nécessaires pour revenir. Même si, en travaillant à côté, en plus du basket, ce n’est pas toujours facile…

Aucune fille de votre équipe n’est professionnelle ?

Non. On est toutes étudiantes ou salariées.

On vous a rendu votre brassard de capitaine ?

On me l’a laissé. Pendant mon absence, la meneuse de l’équipe, Coralie Magoni, était la capitaine de l’équipe, et elle a fait du bon travail.

Comment vous vous sentez, aujourd’hui ?

Je me sens bien. Je n’ai pas d’appréhension. Je suis une fonceuse, je ne pense plus à ce genou. Si je commence à me poser des questions, je me dis que c’est là où je risque de me blesser. Je préfère foncer. Arrivera ce qui arrivera…

Vous jouez votre première saison en NF1 : vous pouvez espérer monter en LF2, c’est-à-dire la deuxième division nationale du basket féminin professionnel français ?

Tout est jouable, surtout avec notre équipe qui est toujours là où on ne l’attend pas. Mais ce sera compliqué, car beaucoup d’équipes se battent pour monter dans la division supérieure, la LF2.

Les favoris pour la montée en LF2 ?

En début de saison, on parlait beaucoup de l’Asvel comme favorites pour la montée. Mais quand on voit qu’au match retour on les a battues de 20 points… On se dit pourquoi ne pas y croire ? Mais il faudra aussi faire attention à Roanne, La Tronche et Feytiat.

 

« En début de saison, on parlait beaucoup de l’Asvel comme favori pour la montée. Mais quand on voit qu’au match retour on les a battues de 20 points… On se dit pourquoi ne pas y croire ? »

 

Après avoir remporté la Coupe de France lors de la saison 2016-2017, vous avez été éliminées fin février 2018 par La Tronche, en huitième de finale, au gymnase Charlaix de Meylan ?

Sur terrain neutre, on a toujours battu La Tronche. L’an dernier, on les avait battues en demi-finale de Coupe de France. C’est donc une équipe qu’on connaît bien, même si elle a beaucoup changé cette année. Elles sont plus agressives, notamment en défense. A domicile, elles ont été agressives et les arbitres ont laissé faire. Nous, on n’était pas prêtes pour ce combat-là. Et on a lâché deux quart-temps sur quatre. Ce qui fait qu’on a tout de suite payé l’addition, puisqu’on a perdu avec 15 ou 20 points d’écarts [70-56 le 25 février 2018 – N.D.L.R.].

Vous avez des regrets ?

Forcément. Surtout quand on est tenantes du titre : on se dit qu’on aurait pu rééditer cet exploit. Mais il faut être fair-play. On a perdu. Tout ça nous sert de leçon. Ça nous remet à notre place. On reviendra l’année prochaine avec deux fois plus d’envie. Ce qui est dommage, c’est que si on avait battu La Tronche, cela nous aurait rapporté un point de plus en championnat.

Vous êtes donc focalisée sur le championnat ?

Oui. Avec un petit avantage par rapport aux équipes encore engagées en Coupe de France. Puisqu’on aura un week-end de repos, quand elles seront obligées de jouer.

En cas de montée en LF2, votre club est prêt à assumer, tant sportivement qu’économiquement ?

Il faudrait demander au président du Monaco Basket Association (MBA), Eric Elena. En ce moment, il y a beaucoup de discussions entre les clubs de basket de la Principauté et le gouvernement. Il faut savoir qu’en LF2, tout est beaucoup plus professionnel. D’ailleurs, la plupart des joueuses ne font que ça. Les clubs de LF2 disposent d’un centre de formation, d’équipes de jeunes… Mais pourquoi pas ? A Monaco, il y a des structures, il y a des passionnés et le gouvernement peut suivre.

Vous êtes la cousine de l’ancien joueur de football de l’AS Monaco, mais aussi de Lille et de Schalke 04, Nicolas Plestan : que devient-il ?

Après la fin de sa carrière en 2011, mon cousin Nicolas Plestan a décidé de lancer sa marque de sandales, Payukan. Son entreprise se développe de plus en plus. Mais il garde toujours un œil sur le monde du football.

Si vous n’aviez pas joué au basket, vous auriez fait quel sport ?

J’aime beaucoup le hand-ball, qui se rapproche un peu du basket. Sinon, j’apprécie aussi la boxe, parce que ça me permet de me défouler. Comme je suis un peu nerveuse… D’ailleurs, je me suis acheté un punching-ball que j’ai installé à la maison et que j’utilise. Mais uniquement pour m’amuser (rires).

1) Cette interview a été réalisée le 7 mars 2018.

journalistRaphaël Brun