SNCF : « La situation est alarmante, pour ne pas dire intenable »

Sabrina Bonarrigo
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C’est une réforme très attendue, mais aussi très redoutée. En particulier par les syndicats de cheminots. Lundi 26 février, le premier ministre français, Edouard Philippe, a présenté les principales réformes qui vont concerner la SNCF. Des réformes conduites « avant l’été » par voie d’ordonnances. Selon le chef du gouvernement français, la SNCF est « dans une situation alarmante, pour ne pas dire intenable ». Il suffit de se pencher sur la dette de cette entreprise — 54,5 milliards d’euros, et 1,5 milliard d’intérêts chaque année — pour mesurer les difficultés dans lesquelles elle se trouve. Première décision majeure annoncée : contrairement à ce que préconisait le rapport Spinetta, le gouvernement ne supprimera pas les petites lignes ferroviaires coûteuses et bénéficiant à un nombre limité de voyageurs. Un soulagement pour les élus locaux. « On ne décide pas la fermeture de 9 000 kilomètres de lignes depuis Paris, sur des critères administratifs et comptables », a-t-il indiqué lors de la conférence de presse. En revanche, le statut des cheminots, c’est bel et bien fini : « Aux nouvelles générations, aux apprentis, à tous ceux qui veulent s’engager dans la SNCF, nous disons qu’ils bénéficieront des conditions de travail de tous les Français, celles du Code du travail. À l’avenir, à une date qui sera soumise à la concertation, il n’y aura plus de recrutement au statut », a-t-il déclaré. Et pour ceux qui travaillent déjà à la SNCF — 140 000 cheminots, soit environ 90 % des employés de l’entreprise — ils conserveront leur statut. Celui-ci comprend notamment une garantie de l’emploi et un départ à la retraite possible à partir de 50 ou 55 ans, selon les métiers. Le premier ministre a également confirmé l’ouverture à la concurrence pour les TGV et les TER. Un point de la réforme très suivi par les autorités monégasques. Voulue par l’Union européenne (UE) d’ici à 2019, cette ouverture avait été déjà actée sous le quinquennat précédent. « Chez nos voisins, l’ouverture à la concurrence s’est traduite par une hausse de la fréquentation et une amélioration des services », a noté sur ce point le premier ministre. Sur la méthode, Édouard Philippe a assumé très clairement son intention de s’en remettre au mécanisme des ordonnances d’habilitation : « Le gouvernement veut aller vite sans escamoter la concertation et le débat parlementaire. À la mi-mars, nous déposerons un projet de loi d’habilitation au Parlement. » Reste à voir désormais quelle sera l’ampleur des contestations chez les syndicats. La CFDT-cheminots a annoncé qu’elle proposera, mardi 27 février, aux trois autres syndicats représentatifs de la SNCF de lancer un appel à la grève reconductible à partir du 12 mars. De leurs côtés, la CGT-Cheminots, l’UNSA-Ferroviaire et SUD-Rail ont uniquement appelé les salariés à manifester le 22 mars. Une date qui coïncide avec une journée de mobilisation dans la fonction publique. S.B.

journalistSabrina Bonarrigo