« Nous avions le projet le plus complet et le plus cohérent »

Raphaël Brun
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La tête de liste de Priorité Monaco (Primo !), Stéphane Valeri, analyse pour Monaco  Hebdo les principaux enseignements de ces élections nationales 2018, qui ont vu sa liste rafler 21 sièges sur 24, le 11 février.

Primo ! a obtenu 21 sièges sur 24 : votre réaction ?

Obtenir une large majorité est évidemment une grande satisfaction. Cela permettra d’agir de façon encore plus légitime au Conseil national, pour faire appliquer la plus grande partie des mesures contenues dans notre programme. Les Monégasques se sont en effet prononcés massivement en faveur de notre projet. J’éprouve envers eux un sentiment de profonde reconnaissance. Ils savent qu’ils peuvent compter sur nous pour respecter nos engagements.

Patrick Rinaldi, Roland Mouflard et Laurence Aubert pas élus, c’est une petite déception ?

C’est la dure loi de ce mode de scrutin. Nous savions que même en cas de victoire très nette, trois d’entre nous, au minimum, ne seraient pas élus. Mais la loi électorale permet la représentation des minorités et je suis attaché à ce pluralisme démocratique. Mes trois colistiers non élus en font les frais, même si leurs scores personnels sont très supérieurs à celui des élus des minorités Horizon Monaco (HM) et Union Monégasque (UM). Mais nous sommes une équipe. Et leur engagement à nos côtés se poursuivra sous des formes différentes.

Au vu des chiffres, la victoire semble avoir été facile ?

Aucune victoire n’est facile et n’est acquise d’avance. Cette candidature était pour moi une remise en question. Nous avons mené une belle campagne avec tous les candidats, tous les référents et les nombreux sympathisants de Primo !. Nous sommes restés dans notre ligne. C’est-à-dire une ligne constructive, en refusant de répondre aux attaques personnelles, et surtout, en s’appuyant sur l’écoute et des propositions concrètes, répondant aux attentes de nos compatriotes et aux défis qui attendent Monaco. Avec près de 58 % des suffrages exprimés, le résultat est certes à la hauteur de nos espérances, mais il est surtout le fruit d’un important travail de fond, au contact des Monégasques.

Qu’est-ce qui a fait la différence par rapport à vos adversaires ?

Nous avions le projet le plus complet et le plus cohérent. Notre programme contient des propositions réalistes et applicables. Notre liste est représentative de l’ensemble de la communauté monégasque. Elle allie jeunesse et expérience. Elle a appris à travailler ensemble depuis de nombreux mois. Je rappelle que nous l’avons présentée intégralement dès le 22 novembre 2017, alors que ce ne fut le cas que le 15 janvier 2018 pour HM et le 26 janvier 2018 pour UM. Nous avons des propositions concrètes qui contrastent nettement avec le flou du projet HM, dont le positionnement n’était pas clair. Du côté d’UM, il y avait là une véritable ligne idéologique, qui n’est absolument pas la nôtre, comme sur l’Union européenne (UE) ou des propositions qui étaient davantage destinées à faire du “buzz” qu’à être applicables, comme la délocalisation du stade Louis II.

Finalement, est-ce qu’un élément en particulier aura été décisif dans le déroulé de votre campagne ?

Nous avons eu une démarche inédite de démocratie participative, avec la mise en place des pôles d’écoute et propositions, qui ont suscité un engouement très important et permis la co-construction du programme que les Monégasques ont massivement choisi dimanche dernier. Comme je l’ai déjà dit, nous avions à mon sens la meilleure équipe, le meilleur projet et nous avons respecté une ligne politique positive du début à la fin.

Quel bilan faites-vous de ces presque 6 mois de campagne ?

Tout d’abord je voudrais rendre un hommage sincère à la grande majorité des candidates et des candidats des trois listes en présence, qui se sont engagés pour servir leur pays. C’est un engagement qui mérite le respect.

Il y a eu quelques dérapages ?

Seule une toute petite minorité d’entre eux, qui se reconnaitra, a plus fait campagne pour tenter de me salir, que pour proposer des idées pour les Monégasques et pour Monaco. Près de 6 mois de campagne, c’est long, peut-être un peu trop, mais la vie politique s’est organisée en fonction de certains paramètres, comme les déclarations de candidature, par exemple.

Et maintenant, c’est une autre séquence qui a débuté ?

A présent, le temps électoral est terminé. J’appelle tous les Monégasques, quelle que soit leur sensibilité, à se rassembler, dans l’unité, autour du Prince Albert II et à soutenir l’action de leur Conseil national. Face aux enjeux du futur, face à notre responsabilité pour l’avenir de nos enfants, ce qui rassemble notre grande famille monégasque est infiniment plus grand que ce qui nous divise.

Désormais, comment faire pour réunir les Monégasques, et donc minimiser les clivages exacerbés pendant la campagne ?

Je vous dirais simplement en continuant d’appliquer un principe qui m’est cher : celui de ne pas faire de différence entre mes compatriotes. De plus, comme je l’ai dit à de multiples reprises, ma porte a toujours été ouverte. Et elle le restera pour tous. Le temps est au travail constructif. C’est surtout cela qui réduira naturellement les clivages de la campagne.

Allez-vous tendre la main à Béatrice Fresko-Rolfo et à Jean-Louis Grinda ?

Dès le lendemain de l’installation du nouveau Conseil national, je les inviterai chacun à me rencontrer pour évoquer ensemble les relations entre la majorité Primo ! et les deux tendances minoritaires, HM et UM. Je souhaite que nous trouvions ensemble le moyen de développer des relations politiques respectueuses, dans un esprit d’ouverture, tout en prenant en compte le poids politique issu des urnes.

Après votre installation le 22 février, quels seront les premiers dossiers sur lesquels vous allez travailler ?

Pour moi deux dossiers sont prioritaires. Tout d’abord celui du logement, puisque les Monégasques ont choisi clairement de refaire de ce dossier la priorité nationale absolue, avec nous.

Et ensuite ?

La seconde priorité sera assurément, pour nous, de faire un premier point précis sur l’état d’avancement de la négociation d’un éventuel accord avec l’UE. Nous allons demander au gouvernement, une réunion très rapide à ce sujet, avec l’ensemble des élus. En effet, les Monégasques, par leur vote, ont clairement exprimé leur réserve légitime. Il est donc logique, voire primordial, que leur nouvelle représentation nationale fasse un point urgent sur ce dossier sensible.

 

journalistRaphaël Brun