« Dynamiser le secteur aéronautique »

Raphaël Brun
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Le conseiller-ministre pour l’équipement, l’environnement et l’urbanisme, Marie-Pierre Gramaglia, répond aux interrogations des élus et des professionnels aéronautiques concernant le dossier des travaux de l’héliport. Interview.

Que prévoit le projet de rénovation de l’héliport ?

En 2006, des travaux ont été réalisés pour rénover le tarmac et renforcer sa portance pour passer de 6 à 10 tonnes. La seconde phase à réaliser s’attache à la reconstruction d’une nouvelle héligare, de nouveaux hangars et d’une tour de contrôle. La dernière phase permettra de créer une piste d’atterrissage et de décollage attenante au tarmac actuel.

Et pour l’aire d’approche finale et de décollage ?

S’agissant de l’aire d’approche finale et de décollage, (Final Approach and Take Off area ou Fato — N.D.L.R.), nous continuons à travailler pour nous permettre de trouver la meilleure réponse architecturale et conceptuelle possible à nos besoins de sécurité et de trafic. Quant au projet de l’héligare, il a été largement débattu et arbitré. Il devrait voir un début de réalisation en 2018.

Selon quelle logique et avec quels objectifs ces travaux ont-ils été définis ?

Dans cette opération nous souhaitons atteindre cinq objectifs. Il s’agit d’abord d’améliorer la sécurité des vols, en se mettant en conformité avec les évolutions de la réglementation européenne. La création d’une piste parallèle aux bâtiments (Fato) permettra d’avoir, à l’atterrissage, les surfaces de dégagements nécessaires en cas d’approche manquée. Et au décollage, de disposer d’une piste d’envol suffisamment longue pour atteindre les vitesses de sécurité minimales.

 

« Le budget global de l’opération est de 77 millions d’euros au 1er janvier 2018. La durée prévisionnelle des travaux est de 3 ans, à compter du quatrième trimestre 2018 »

 

Quels sont les autres objectifs ?

Nous voulons mettre en œuvre l’enregistrement à « destination finale » des passagers, en mettant en place les règles de sûreté permettant de ne plus avoir à repasser de nouveaux filtres à l’aéroport de Nice. Il s’agit ensuite de renforcer la sécurité des passagers, en supprimant les cheminements d’embarquement-débarquement sur la piste, actuellement non protégés et qui engendrent des interférences avec les hélicoptères en mouvement. Nous souhaitons aussi maximiser les surfaces de stationnement sous hangar ce qui permettra de supprimer le stationnement sur les aires d’embarquement-débarquement, et ainsi d’améliorer la capacité d’accueil et la fluidité du trafic aérien.

Et votre cinquième objectif ?

L’idée est de moderniser et d’agrandir l’héligare, qui est aujourd’hui sous dimensionnée et vieillissante.

Les professionnels et les élus ont été consultés ?

Les deux compagnies aériennes monégasques ont été consultées dès le démarrage des études, fin 2013. Et depuis, à de multiples reprises, tant sur les objectifs que sur les diverses solutions qui doivent permettre d’atteindre ces objectifs. Ainsi, elles ont pu apporter leurs observations tant sur le programme de l’opération, que sur les études réalisées par la maîtrise d’œuvre.

Combien coûteront les travaux ?

Le budget global de l’opération est de 77 millions d’euros au 1er janvier 2018. La durée prévisionnelle des travaux est de 3 ans, à compter du quatrième trimestre 2018.

Que répondez-vous à certains élus et au patron d’Héli Air, Jacques Crovetto, qui estiment que le projet de futur héliport est surdimensionné ?

Concernant l’aire d’approche finale et de décollage, celle-ci compte quasiment pour la moitié dans ce budget. Mais il ne serait pas raisonnable pour l’Etat de prendre le risque de voir son héliport exclu des standards, à court terme. Au-delà de cet aspect réglementaire, il convient de tout mettre en œuvre pour améliorer constamment la sécurité des passagers.

Et la taille de l’aérogare ?

La surface de l’aérogare a été déterminée et vérifiée selon les ratios communément admis dans les standards aéroportuaires, en palliant un certain nombre de manques actuels. Car, aujourd’hui, il n’existe ni de salle d’arrivée bagages, ni d’espace tri bagages, ni de postes d’inspection filtrage pour les personnels. Et aucun salon VIP privé.

Quoi d’autre ?

Ce projet dispose également d’un étage en rez-de-chaussée, plus deux étages de locaux tertiaires. Outre le gain acoustique produit par cet étage pour les riverains, sa réalisation a un coût marginal très intéressant et permettrait d’exploiter des bureaux qui font largement défaut dans le secteur.

Certains jugent aussi que ce projet n’est pas fonctionnel et pas adapté aux attentes des transporteurs ?

Les calculs effectués en temps réel sur les trajets actuels démontrent que l’allongement du parcours passagers, dû essentiellement au temps d’attente des ascenseurs, sera marginal par rapport au temps moyen constaté aujourd’hui.

 

« En 2007, le nombre de passagers sur la ligne Monaco-Nice était d’environ 105 000. En 2009, nous avons vu les effets de la crise, avec une fréquence qui baisse à 65 000, avant de se stabiliser »

 

C’est-à-dire ?

Trois minutes supplémentaires maximum, sur un parcours moyen mesuré de 15 à 20 minutes. L’impératif de sécurité milite pour assumer cet aspect, car il est important de protéger le cheminement des passagers, sans qu’ils longent la piste sur le tarmac en zone non protégée.

Ce projet donne-t-il une part trop grande aux hélicoptères privés, alors que les professionnels estiment que c’est un marché trop incertain et fluctuant ?

Le nouvel héliport de Monaco est conçu pour dynamiser le secteur aéronautique, améliorer la qualité d’accueil des passagers et fluidifier le trafic, en particulier de la ligne régulière. Des surfaces de stationnement supplémentaires ont été prévues, pour l’essentiel, au profit des hélicoptères commerciaux, afin de désengorger la piste qui est aujourd’hui saturée par des stationnements d’appareils. Seuls deux emplacements supplémentaires pourraient être loués à des propriétaires monégasques, si la demande est là.

Quelle est l’évolution du nombre de passagers sur la ligne Monaco-Nice, sur les 10 dernières années ?

En 2007, le nombre de passagers sur la ligne Monaco-Nice était d’environ 105 000. En 2009, nous avons vu les effets de la crise, avec une fréquence qui baisse à 65 000, avant de se stabiliser pendant quelques années autour de ce chiffre. Une nouvelle baisse s’est amorcée en 2015, pour arriver en 2017 à 49 000 passagers.

À la demande de Monacair, Héli Air aurait repris une partie des vols sur la ligne Monaco-Nice, qui aurait beaucoup perdu en rentabilité. Est-ce exact ?

Héli Air Monaco et Monacair ont conclu une alliance commerciale en mai 2017. S’agissant de leurs activités commerciales et de ces liens, il leur revient, me semble-t-il, de les partager si elles le souhaitent.

Les professionnels regrettent une charge et un encadrement administratif « trop lourds » : que peut faire le gouvernement pour aider Monacair et Héli Air ?

La surveillance des compagnies aériennes est de la responsabilité de l’Etat pour assurer le très haut niveau de sécurité requis par l’Agence Européenne de la Sécurité aérienne (Aesa). L’Etat monégasque fait appliquer cette réglementation, comme tous les Etats membres de cette agence. A ce titre, les charges financières et le cadre administratif de cette surveillance sont en tous points équivalents à celles supportées par les compagnies françaises ou italiennes, par exemple.

 

journalistRaphaël Brun