« Avec HM et Primo !,
j’ai l’impression d’entendre
des gens du 19ème siècle »

Raphael Brun
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J-17 avant l’élection nationale du 11 février 2018. Monaco Hebdo poursuit sa série d’interviews avec les trois têtes de liste engagées dans cette course. Cette semaine, le chef de file d’Union Monégasque, Jean-Louis Grinda, a répondu à nos questions.

Alors que l’élection du 11 février 2018 approche, le climat de cette campagne s’est crispé ?

Je ne sens aucune crispation. Et je n’ai pas senti non plus de crispation particulière entre les sympathisants des trois listes en course. Mon équipe et moi-même avons beaucoup de détermination. En revanche, je trouve que Stéphane Valeri fait preuve d’un mépris assez structuré à mon égard.

Vraiment ?

Qu’il méprise ce que je suis, ça ne me gêne pas du tout parce que je n’ai pas besoin de lui pour vivre. Mais, par contre, je trouve inquiétant qu’un responsable politique fasse dire par d’autres : « Est-ce que vous voulez un président du Conseil national intermittent du spectacle ? ». Est-ce que Stéphane Valeri considèrerait ça comme une insulte ? Il y a en tout cas une volonté de rendre ma candidature presque illégitime. Or, même si c’est une subtilité qui peut lui échapper, et ce n’est pas la seule, je ne suis pas intermittent du spectacle. Mais surtout, est-ce que travailler dans le monde artistique est un handicap qui interdit toute vocation à s’occuper de la chose publique ? Je ne crois pas.

Mais ces petites phrases font partie du jeu politique ?

Derrière cela, il y a de la fébrilité. Pendant le meeting d’Horizon Monaco (HM) et de Béatrice Fresko-Rolfo, le 15 janvier, Stéphane Valeri a fait savoir qu’il était d’accord pour un débat télévisé face à elle. Mais pas face à moi, au prétexte que je ne représentais pas une liste complète, avec 24 candidats.

Ce n’est pas un argument recevable ?

On saura le 26 janvier 2018 si ma liste comporte 24 candidats. Mais, quoi qu’il en soit, avec 18 candidats, je suis bien au-delà de ce que prévoit la loi, puisqu’il faut au minimum 13 candidats pour pouvoir présenter une liste. Ce qui est scandaleux dans cette affaire, c’est la façon qu’a Stéphane Valeri de décider des règles pour tout le monde. C’est lui qui décide contre qui il débat. Tout ça montre beaucoup de ce qu’il est vraiment, un homme manipulateur et peu courageux. C’est un défaut que l’on retrouve souvent chez les hommes politiques professionnels.

 

« Ce qui est scandaleux dans cette affaire du débat télévisé, c’est la façon qu’a Stéphane Valeri de décider des règles pour tout le monde. C’est lui qui décide contre qui il débat. Tout ça montre beaucoup de ce qu’il est vraiment, un homme manipulateur et peu courageux »

 

Mais Stéphane Valeri a finalement indiqué qu’il acceptait le principe d’un débat télévisé ?

Je suis l’inventeur de cette idée de débat télévisé, qui n’a, je le rappelle, jamais eu lieu dans toute l’histoire du Conseil national. En 2018, il serait temps que ce type de débat démocratique puisse enfin avoir lieu. Il est quand même invraisemblable que, pour cette élection qui se déroule tous les cinq ans, aucun débat télévisé n’ait jamais eu lieu. Mais je pense que Stéphane Valeri fera tout ce qu’il peut pour éviter ce débat. Le manque de temps, le manque de préparation, la difficulté de se mettre d’accord sur des détails… Tout sera bon pour échapper à ce moment démocratique.

Mais organiser un débat télévisé, ce n’est pas si simple !

Au contraire. Il y a trois candidats et ils débattent ouvertement, en se répondant les yeux dans les yeux. C’est comme ça qu’on voit la vérité, ce n’est pas en lisant ses fiches. La seule chose à voir, c’est qui sont les journalistes qui travailleront sur ce débat. Je propose que le club de la presse de Monaco gère l’aspect éditorial de ce débat. Le ministre d’Etat, Serge Telle, a donné son accord pour mettre à disposition les moyens techniques.

Béatrice Fresko-Rolfo a donné son accord pour ce débat télévisé, mais elle le conditionne à un encadrement très strict, avec, notamment, des journalistes d’une neutralité la plus totale ?

Ce n’est pas aux candidats de décider quel journaliste est légitime. La presse est indépendante et libre. C’est donc au club de la presse de la Principauté de faire son travail. Moi, je fais confiance à la presse. Les Monégasques veulent ce débat télévisé. Ils y ont droit. Ils veulent sortir de la frangipane et des meetings traditionnels.

C’est justement pour briser les codes habituels que vous avez décidé de miser aussi sur les réseaux sociaux, avec un Facebook Live organisé le 9 janvier 2018 ?

C’était la première fois que cet outil était utilisé dans une campagne électorale à Monaco. Avec plus de 1 100 vues, cela a été un succès, puisque j’ai touché ainsi 1/6ème de l’électorat monégasque. Aucun meeting ne touche autant de monde. Surtout qu’avec ce Facebook Live, j’ai touché des Monégasques qui ne fréquentent pas forcément les meetings traditionnels. Ce qui démontre que les électeurs veulent vivre avec leur temps, ils veulent de l’image, ils veulent ce type de contact, plus proche, dans lequel tout le monde peut intervenir en direct. Parce que c’est facile de monter sur une scène et de lire un discours. Pour notre premier meeting, le 17 janvier, mon discours n’était pas écrit. Je me suis laissé porter par mon sujet et par l’inspiration du moment. C’est comme ça qu’on voit la vérité.

Vous pensez que ce débat télévisé aura lieu ?

Celui qui refusera ou fera obstacle à ce débat télévisé perdra beaucoup. Le courage reviendra à celui qui le propose et l’accepte. Jusqu’à présent, je constate que je suis à la pointe de ce sujet. Tout ça démontre que mes adversaires sont des gens du passé, pour des raisons culturelles diverses. Alors que moi, je veux que l’on soit dans le présent et dans le futur.

Il y a eu des dérapages dans cette campagne ?

Un combat politique, ça porte bien son nom… Et cela consiste aussi à mettre ses adversaires devant leurs contradictions. Si mettre quelqu’un devant ses contradictions, c’est être agressif, alors plus aucun débat n’est possible. Après, il arrive que, sur les réseaux sociaux, certains exagèrent parfois. On peut le regretter, mais les choses sont ainsi, aujourd’hui, en 2018.

Vous avez regretté les propos tenus sur Twitter par votre colistier Bernard Pasquier à l’encontre de candidats de la liste HM ?

Bernard Pasquier s’est excusé dès le lendemain matin. Mais, sur le fond, ce qu’il a écrit sur Twitter n’était pas si terrible… C’était plutôt très drôle. Bien sûr, je comprends que chez HM, on l’ait mal pris. Mais ces gens-là n’ont pas forcément le cuir très solide. Dans le monde du spectacle, dans lequel je travaille, je peux vous dire qu’on en prend d’autres, des “scuds” qui viennent de spectateurs, d’artistes ou de critiques… Je remarque que ceux qui se sont émus des propos de Bernard Pasquier sont les mêmes que ceux qui se sont réunis sur la place d’Armes pour dire, la main sur le cœur et la larme à l’œil, que oui, ils étaient Charlie. Comment peut-on dire qu’on est Charlie et que l’humour est une chose nécessaire dans la vie et jouer les vierges effarouchées pour deux saillies qui n’étaient d’ailleurs jamais insultantes ?

L’absence de fusion de votre liste à parité avec HM vous a fait prendre du retard et vous complique la tâche aujourd’hui ?

Béatrice Fresko-Rolfo porte l’entière responsabilité de cet échec. Et elle portera cette responsabilité pendant longtemps. Donc cela nous a fait prendre du retard, parce que nous étions confiants quant à l’aboutissement de cet accord avec HM. Mais je pense que nous allons parvenir à rattraper ce retard, et ceci, contre tous les pronostics.

Certains estimaient que, suite à cet épisode, vous pourriez abandonner ?

C’est bien mal me connaître. Et c’est mal connaître mes colistiers. Nous sommes déterminés à porter une parole, sans doute assez différente de celle des deux autres listes que sont HM et Primo !. Mais cette séquence met en évidence le problème posé aujourd’hui par la loi électorale.

 

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© Photo Iulian Giurca – Monaco Hebdo.

 

« Avec trois listes de 24 candidats, cela fait un total de 72 candidats, soit 1 % du corps électoral monégasque. Dans quel pays voit-on ça ? Nulle part. Donc, la nouvelle majorité du Conseil national devra changer ça »

 

Quel est le problème avec la loi électorale ?

Avec trois listes de 24 candidats, cela fait un total de 72 candidats, soit 1 % du corps électoral monégasque. Dans quel pays voit-on ça ? Nulle part. Donc, la nouvelle majorité du Conseil national devra changer ça. Béatrice Fresko-Rolfo dit aujourd’hui qu’elle veut réformer cette loi électorale. Mais, avec HM, ils ont été au pouvoir pendant trois ans et ils n’ont absolument rien fait. On ne change pas la loi électorale parce que ça vous arrange. On change la loi électorale parce qu’on pense que, démocratiquement, c’est quelque chose de nécessaire. Or, il faut se souvenir qu’au départ, dans HM, il y avait l’Union pour la Principauté (UP), le parti politique lancé par Stéphane Valeri. C’est donc ensemble qu’ils portent l’entière responsabilité de l’échec de la mandature 2013-2018. C’est un fait. Ces gens du passé sont aussi ceux du passif.

Pourquoi est-il compliqué de parvenir à réunir 23 candidats autour de vous ?

Stéphane Valeri a adopté une excellente stratégie. En lançant ses pôles d’écoute et de propositions (Pep’s), il a mobilisé une bonne partie des Monégasques intéressés par la politique en Principauté. Du coup, il a ainsi tari les sources de candidats potentiels. C’est très habile.

Vous serez 24 sur votre liste ?

Je suis sans illusion, donc optimiste. Car, comme je n’ai pas d’illusions, je ne suis jamais déçu. Notre meeting du 17 janvier a déclenché une vague de sympathie face au discours de vérité et de sincérité qu’on a pu voir chez chacun de nos candidats. Bien sûr, on peut ne pas être d’accord avec nous. Mais on ne peut pas nous reprocher de naviguer dans l’ambiguïté.

Quel bilan présente le Conseil national pour le logement des Monégasques, de 2013 à 2018 ?

Contrairement à ce que prétend Stéphane Valeri, il s’agit d’un bilan correct. D’abord parce qu’en début de mandat, Laurent Nouvion a réussi un très joli coup avec l’opération domaniale L’Engelin. Avec les opérations intermédiaires, il y a eu environ 80 à 100 appartements par an.

Mais ça reste insuffisant !

Ce n’est pas suffisant, mais on ne peut pas parler non plus d’un bilan catastrophique, comme le dit Primo !. Surtout qu’aujourd’hui, Stéphane Valeri propose de construire 100 logements par an. C’est-à-dire exactement ce qui a été fait de 2013 à 2018 ! En revanche, quand Béatrice Fresko-Rolfo s’attribue les mérites de l’opération Testimonio et le comptabilise dans son bilan, c’est une douce plaisanterie. Car ce dossier a été bouclé du temps de la précédente mandature, avec Jean-François Robillon.

Que proposez-vous pour le logement des Monégasques ?

En proposant une délocalisation du stade Louis II, je suis le seul candidat à avancer une solution pour une création massive d’appartements domaniaux. Il n’y a pas de terrain de disponible en Principauté. Avec le chantier du Grand Ida, qui va coûter près d’un milliard d’euros, on aura un gain net de 250 appartements. Ce n’est pas avec ça qu’on va suivre l’évolution démographique. Moi, je propose de construire 1 000 appartements

 

« Pourquoi ne pas imaginer un stade en mer, signé par un très grand architecte, qui soit notre Guggenheim ou notre opéra de Sydney à nous ? Ce geste architectural pourrait devenir l’emblème de la Principauté, peut-être pour un siècle »

 

Où délocaliser le stade Louis II ?

On peut le délocaliser dans une commune limitrophe ou en mer. Ce projet existait déjà, puisqu’il a été étudié entre 2005 et 2010 par le ministre d’Etat de l’époque, Jean-Paul Proust (1940-2010). Depuis, les technologies ont évolué. Pourquoi ne pas imaginer un stade en mer, signé par un très grand architecte, qui soit notre Guggenheim ou notre opéra de Sydney à nous ? Ce geste architectural pourrait devenir l’emblème de la Principauté, peut-être pour un siècle.

Mais le gouvernement vous a répondu non, en séance publique, en décembre 2017 ?

Cela m’a fait penser à la réponse du gouvernement sur les travaux de la future usine d’incinération. J’ai reçu les mêmes sarcasmes, indulgents ou pas, de sa part. En 2013, le gouvernement a dit que toutes les technologies avaient été passées en revue et que la durée de vie de notre usine était de deux ans. En 2017, on nous a annoncé que, finalement, cette durée de vie était de 10 ans. On a gagné 13 ans : c’est l’anti-âge sur l’usine d’incinération, c’est magnifique ! Bref, je connais la teneur des réponses du gouvernement sur les sujets qui les embarrassent.

Et si on ne touchait pas au stade Louis II et que l’Etat construise 1 000 appartements pour les Monégasques sur la mer ?

Ça me va aussi. Je préfèrerais même que les logements domaniaux soient sur cette extension en mer. Ce qui compte, c’est que notre idée aura suscité la réflexion et abouti à une solution concrète pour les compatriotes. Je rappelle que le gouvernement a chiffré la rénovation du stade Louis II à 240 millions d’euros. Or, 240 millions, c’est le prix d’un stade tout neuf ! Ni Béatrice Fresko-Rolfo, ni Stéphane Valeri ne proposent de grandes idées sur le logement pour le futur. Primo ! propose même des projets étonnants.

C’est-à-dire ?

Stéphane Valeri, ancien ministre et donc informé des dossiers, a évoqué la possibilité de construire 80 appartements domaniaux dans le cadre de la rénovation du centre commercial de Fontvieille. Au Conseil national, personne ne connaît ce projet, à part Philippe Clerissi, qui est aussi président du Groupement d’Intérêt Economique de Fontvieille.

Que dit le gouvernement ?

Il prétend ne rien savoir. J’ai du mal à croire cette réponse. D’après mes informations, ce projet existerait vraiment. Je suppose que le gouvernement n’a rien dit au Conseil national, parce qu’il ne voulait pas évoquer ce dossier avant les élections. Ce manque de transparence est un vrai problème. Et son utilisation par le candidat Valeri relève du délit d’initié !

Vos adversaires jugent cette idée « loufoque » et « utopique » ?

Ça ne l’est pas du tout. Quand le gouvernement prétend qu’on ne peut pas construire 1 000 appartements sur 5 hectares, je souris. Sur le tiers, on a pu bâtir 300 logements au Magellan, à Fontvieille.

Il n’y aura pas de logements pour les Monégasques sur la future extension en mer, au Larvotto : qui en porte la responsabilité ?

Il n’a jamais été question d’appartements pour les Monégasques sur cette extension en mer. HM a échoué dans ses négociations avec le gouvernement, car ils auraient dû demander des compensations élevées. Mais ils ont fait du juridisme et du surplace pendant deux ans. Ils ont mal informé la minorité du Conseil national.

Pourquoi les compensations obtenues, comme la rénovation du Larvotto, vous semblent insuffisantes ?

Une soulte de 400 millions, c’est bien, ça permet de créer des appartements domaniaux. Mais si l’Etat vend plus cher que prévu les m2 sur cette extension en mer, on souhaiterait que le promoteur reverse une part des bénéfices de cette opération, dont le Conseil national est partenaire.

 

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© Photo Iulian Giurca – Monaco Hebdo.

« Stéphane Valeri, ancien ministre et donc informé des dossiers, a évoqué la possibilité de construire 80 appartements domaniaux dans le cadre de la rénovation du centre commercial de Fontvieille. Au Conseil national, personne ne connaît ce projet, à part Philippe Clerissi »

 

Combien ?

On pourrait, par exemple, prendre 30 % des gains supplémentaires.

Créer une Aide Nationale à la Mobilité (ANM), c’est une bonne idée ?

On en parle au Conseil national depuis au moins trois ans. Faisons-le, mais je pense que l’effet sera assez modeste. Peu de gens quitteront leur 5 pièces pour un trois pièces, parce que leurs enfants sont partis. Ce dispositif ne sera pas décisif dans la résolution de la crise du logement pour les Monégasques.

Sur le dossier des Jardins d’Apolline le ministre d’Etat, Serge Telle, a annoncé le 23 décembre 2017 un chantier d’une dizaine de mois par bloc à partir de février 2018, soit « 36 à 40 mois » au total : le dossier est clos ?

C’est un drame national, dans lequel le gouvernement a décidé d’enfin agir vite. Nous avons demandé une commission d’enquête indépendante pour évaluer les responsabilités politiques des uns et des autres. Le Prince Albert II a dit : « Il ne faut pas avoir peur de la vérité ». Qui a été informé en premier ? Pourquoi ont-ils tardé à agir ? Ce sont des questions pour lesquelles les Monégasques ont le droit d’obtenir des réponses. Ceci est indispensable pour que ça ne se reproduise plus et pour éviter que les théories du complot se développent.

Confier, sans appel d’offres, la rénovation à JB pastor, Satri et Engeco, qui ont réalisé la construction des Jardins d’Apolline, c’est une bonne décision ?

Le gouvernement a souhaité agir vite et faire preuve de diplomatie.

Béatrice Fresko-Rolfo aurait souhaité que ces entreprises travaillent gratuitement ?

L’élégance aurait consisté à ce que ces entreprises proposent des logements libres dans leur pool d’appartements pour loger les Monégasques des Jardins d’Apolline. Je rappelle que j’avais même demandé, car la loi le permet, que l’Etat réquisitionne des appartements libres, prioritairement chez les responsables de ce dossier. Mais personne n’a eu le courage politique de reprendre cette idée, pas même Béatrice Fresko-Rolfo. A situation exceptionnelle, mesure exceptionnelle.

L’expert en charge de ce dossier fera connaître ses conclusions au second semestre 2018 : l’Etat prend un risque en refusant de s’aligner sur le temps judiciaire en faisant des travaux sans connaître les vraies causes des dégâts et avec le risque de nouveaux sinistres ?

C’est un risque qu’il faut courir. J’espère que l’Etat a pris les garanties nécessaires et qu’il sait ce qu’il fait. Le Conseil national a juste voté une somme d’argent. Mais avec Union Monégasque (UM), on n’a voté aucun budget en cinq ans. Donc, on n’a pas voté non plus pour valider cette décision.

Comment jugez-vous le rôle de l’Etat auprès de la Société des Bains de Mer (SBM) ?

J’aurais aimé que soit conservée une partie de la façade du Sporting d’Hiver. Ça n’a pas été fait, je n’ai plus rien à dire sur ce sujet. Je constate que la SBM a su trouver les fonds nécessaires pour financer l’ensemble de ses travaux. Les travaux se déroulent correctement. La rénovation de l’hôtel de Paris est réussie et la construction du One Monte-Carlo contribuera à assainir les comptes de la SBM. Toutes les boutiques de luxe ont été relogées et ont postulé pour occuper de nouveaux locaux une fois les travaux terminés.

Mais, sur les cinq dernières années, la SBM affiche plus de 138 millions d’euros de pertes cumulées !

La SBM est une vieille dame, avec des habitudes et des gens qui travaillent d’une certaine façon. Mais cette entreprise doit entrer dans le 21ème siècle. La SBM doit continuer le travail entrepris sur le secteur des jeux avec son directeur, Pascal Camia. En revanche, à l’international, la SBM pourrait faire mieux.

Comment ?

Il faut que la SBM exporte ses marques à l’étranger : Casino de Monte-Carlo, Café de Paris, Jimmy’z… En exportant intelligemment ces licences, non seulement on fera du business, mais on permettra aux Monégasques de trouver un travail et d’aller se former à l’étranger. On agrandit ainsi notre bassin d’emploi. Les 2 km2 du territoire monégasque sont dans notre tête.

Concernant Monaco Telecom, des Monégasques se plaignent des prix et de la qualité des services ?

J’ai constaté des coupures fréquentes lorsque je passe un appel téléphonique. Donc Monaco Telecom devrait améliorer sa couverture. Plus globalement, le service rendu aux Monégasques par Monaco Telecom devrait être revu à la hausse.

Chez Primo !, on a pointé le prix de la box et du téléphone mobile estimé à « 56 euros par mois chez Free et à 155 euros par mois chez Monaco Telecom » ?

Ce n’est parce que Xavier Niel est le patron de Free et de Monaco Telecom qu’il applique sa politique tarifaire de façon uniforme. L’ampleur du territoire français n’a rien à voir avec l’exigüité du territoire monégasque. Donc les équations financières ne sont évidemment pas les mêmes. Mais attention : si payer moins cher signifie avoir encore moins de qualité, ça n’a aucun intérêt. Il faut tirer le meilleur de Xavier Niel, notamment par le biais du travail réalisé entre son Ecole 42 et MonacoTech.

La priorité nationale est pointée comme un problème qui perdure : que faire pour qu’elle soit mieux appliquée ?

La priorité nationale a été sous la responsabilité de Stéphane Valeri pendant les 7 ans où il était conseiller-ministre pour les affaires sociales et la santé. Service de l’emploi, affaires sociales… Tout ça, c’était lui. Si aujourd’hui, il considère que la priorité nationale est mise à mal, ça veut dire que pendant 7 ans, il a laissé faire, alors qu’il avait les leviers pour agir. Du coup, je trouve son indignation d’un cynisme absolument irrespectueux envers l’intelligence des Monégasques. Le véritable problème, c’est surtout la progression des carrières des Monégasques dans les monopoles concédés ou les entreprises privées.

Mais Primo ! et Stéphane Valeri ont justement soulevé cette problématique le 16 janvier dernier (lire Monaco Hebdo n° 1045) ?

Mais alors, qu’a fait Stéphane Valeri pendant ses 7 années passées au gouvernement ? La progression des carrières des Monégasques doit être toujours réalisée de façon équitable et à compétences nécessaires.

L’amendement budgétaire a disparu de votre discours, parce qu’on vous accuserait de vouloir changer le système ?

Pas du tout. Je n’ai pas changé d’avis sur l’amendement budgétaire. Je n’ai pas été impressionné par les critiques autour de moi. En revanche, le Prince Albert a indiqué dans une interview qu’il ne souhaitait pas de modification constitutionnelle. Donc je m’incline. Cependant, je reste certain que l’amendement budgétaire est indispensable pour notre pays et qu’un jour, on y arrivera, même sans moi. En revanche, je demande le respect de la constitution.

C’est-à-dire ?

Je veux voir toutes les dépenses et toutes les recettes de l’Etat. Et qu’on arrête d’utiliser le fonds de réserve constitutionnel, sur lequel le Conseil national n’a qu’un avis consultatif, comme un budget “bis”. La séquence du port de Vintimille en décembre 2016 (lire Monaco Hebdo n° 1032) l’a largement démontré. Si le 11 février prochain les Monégasques nous donnent une majorité, ce sera une donnée essentielle de notre mandat. De même que l’égalité homme-femme et l’interruption volontaire de grossesse (IVG).

Que réclamez-vous ?

Je suis extrêmement étonné qu’à UM nous soyons les seuls à proposer la dépénalisation de l’IVG. Nos deux concurrents, dont une liste menée par une femme, ne parlent pas de ce dossier. Nous voulons qu’une femme qui souhaiterait mettre un terme à une grossesse puisse le faire à Monaco, sans être poursuivie au pénal. Ce qui ne signifie pas qu’on l’encourage ou qu’on en fait la promotion. En 2018, ce sujet me semble essentiel pour la dignité des femmes. Pourtant, même Jean-Michel Rapaire, membre de Renaissance qui a quitté notre liste UM et ses amis Eric Elena et Etienne Ruzic pour rejoindre HM, n’évoque plus ce sujet. Où sont passées les convictions de M. Rapaire ? Il les a laissées au vestiaire en nous quittant ?

Et chez vos adversaires ?

Quant à Stéphane Valeri, il dit que c’est un dossier clivant et que, par conséquent, il ne veut pas en parler. Et il a ajouté dans la presse : « Moi, ça ne me dérange pas que les Monégasques aillent avorter à Menton ou à Nice ». Et bien moi, cette hypocrisie me gêne. Il en va de même avec la question du chef de foyer, que Béatrice Fresko-Rolfo et Stéphane Valeri veulent laisser en l’état. Il faut être juste, il faut être loyal et entrer de plain-pied dans le 21ème siècle. Avec HM et Primo !, j’ai l’impression d’entendre des gens du 19ème siècle…

Il faut professionnaliser le poste de président du Conseil national ?

Surtout pas. Car cela créerait deux catégories d’élus : celui ou ceux qui sont payés et ceux qui ne le sont pas. Ensuite, le professionnel de la politique fera tout pour conserver son travail. Il mettra donc tout en œuvre pour le garder. Or, les institutions de notre pays incitent à l’inverse. L’indépendance d’un élu repose sur un emploi en dehors de la sphère politique. Je m’oppose de toutes mes forces à ce changement de régime suicidaire pour notre pays !

Que proposez-vous pour la culture à Monaco ?

Il faut aider les artistes monégasques à se développer davantage. Il y a, là aussi, une priorité nationale qu’il faut davantage exercer. L’éducation nationale fait beaucoup, mais on pourrait les aider à faire encore mieux. Dès la petite enfance, jusqu’au cours préparatoire (CP), il faudrait mener un travail sur apprendre à regarder et à écouter. Des sens essentiels plus tard, pour la construction de l’individu.

Quoi d’autre ?

La fête de la danse lancée par Jean-Christophe Maillot et les ballets de Monte-Carlo a été un succès et elle devrait se dérouler une fois tous les deux ans. Je propose que l’année où n’aura pas lieu la fête de la danse, on lance une fête de la lumière. L’objectif serait de faire un travail sur la lumière, en éclairant des bâtiments différemment. On pourrait ainsi redécouvrir certains immeubles d’un quartier, qui semblent banals. Les Monégasques pourraient voir leur pays sous un “autre éclairage”. En parallèle, on pourrait organiser une réunion des plus grands éclairagistes du monde, une sorte de symposium. La première édition pourrait avoir lieu pour l’été 2019. A ma connaissance, ce serait une première mondiale.

Le budget de la culture est suffisant à Monaco ?

Il y a sans doute des améliorations à la marge. Mais si on se compare avec ce qu’il se passe ailleurs, ce n’est pas si mal.

Quel avenir pour la retraite des fonctionnaires ?

Je remarque que HM et Primo ! ont tous repris notre idée de financement pour sécuriser la retraite des fonctionnaires. Lorsqu’il était conseiller-ministre pour les affaires sociales et la santé, Stéphane Valeri ne voulait d’ailleurs pas en entendre parler. Nous souhaitons créer une caisse autonome des retraites pour les fonctionnaires, sur le modèle de la caisse autonome des retraites du secteur privé. Cette nouvelle caisse serait alimentée par une cotisation des fonctionnaires du même niveau qu’aujourd’hui et par une cotisation patronale versée par le gouvernement, dont le niveau sera à définir par une étude d’actuaires. Précisons que les conditions et les avantages actuels demeureront inchangés. Notre seul désir est de sécuriser.

 

« Si on obtient un bon accord avec l’Union européenne, Monaco gagnera en souveraineté. Parce que la Principauté sera alors traitée comme un Etat à part entière »

 

Sur les négociations Monaco-Union européenne (UE), finalement, tout le monde semble défendre la même chose, avec le respect des « lignes rouges » fixées par le Prince et son gouvernement ?

HM et Primo ! ont peu à peu fait évoluer leur discours. UM tient depuis le début le même langage. On a toujours dit qu’il n’a jamais été question d’adhérer à l’Union européenne (UE), qu’on ne peut pas tourner le dos à 500 millions de personnes et qu’il faut défendre les lignes rouges définies par le Prince, qui sont vitales pour notre pays. Aujourd’hui, de par son statut de membre de l’UE, la France ne peut plus régler les problèmes pour Monaco. Si on obtient un bon accord, Monaco gagnera en souveraineté.

Pourquoi ?

Parce que la Principauté sera alors traitée comme un Etat à part entière. Nos dossiers seront suivis par nos homologues et pas par un obscur chef de service dans un bureau, à Bruxelles. Monaco est actuellement sous la coupe de la France. Il y a plus de 150 accords qui régissent nos rapports. Un bon accord nous permettrait de sortir de cette situation par le haut. On pourra exporter dans l’UE et en dehors, les étudiants monégasques pourront intégrer le programme Erasmus…

Comment allez-vous organiser votre campagne jusqu’au 11 février 2018 ?

Nous avons commencé les premiers, avec un rythme assez soutenu de propositions et de rencontres avec les Monégasques. Une fois nos 24 candidats officialisés, notre programme sera alors de les présenter lors d’une conférence de presse publique, ce qui sera une première, me semble-t-il. Et puis, nous accélèrerons jusqu’au meeting final. Sans oublier le débat, au milieu de tout cela.

Comment financer tout ça ?

Pour l’instant, le financement est assuré en totalité par nos candidats. Et nous tenons notre engagement d’une campagne à budget réduit, c’est-à-dire moins de 220 000 euros. A ce jour, nous avons dépensé moins de 90 000 euros et nous publierons nos chiffres exacts la semaine prochaine [semaine du 29 janvier 2018 — N.D.L.R.], afin d’être les plus transparents possible. J’attends de nos concurrents qu’ils en fassent autant, s’ils ont la même volonté que nous. Ce dont je doute fort, quand on voit la débauche de moyens de la liste Primo !. Le cadre de la loi est strict et nous serons extrêmement vigilants.

 

journalistRaphael Brun