« UM est la seule liste à
proposer une idée provocante »

Sophie Noachovitch
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Mercredi 17 janvier, Union monégasque tenait son premier meeting de campagne. Un exercice maîtrisé par une équipe de 18 candidats, dirigée par le très éloquent Jean-Louis Grinda.

S’il est une tête de liste à l’aise sur une scène, c’est bien Jean-Louis Grinda. Le leader d’Union Monégasque (UM) n’a d’ailleurs pas hésité à plaisanter sur le sujet, en prenant son tour de parole après 12 de ses colistiers, mercredi 17 janvier, au théâtre Princesse Grace (TPG). « Nous sommes là pour passer un moment convivial, d’amitié et de politique dans un théâtre. Je croix que c’est freudien ! » Grinda a rappelé qu’il était là pour « défendre une certaine idée de Monaco », dont il est fier de porter la nationalité. Devant environ 250 personnes, il s’est exprimé sans aucune fiche, simplement avec deux feuilles récapitulant les points forts à énoncer, déroulant son discours sans accroc pendant 30 minutes. Au moment où Monaco Hebdo bouclait ce numéro, le 23 janvier, UM affichait 22 candidats confirmés et était sur le point de valider les deux derniers.

Pas anodin

Les femmes ont été à l’honneur au commencement de son speech. Non pas par galanterie, mais pour leurs droits. « Que l’interruption volontaire de grossesse (IVG) reste pénalement répréhensible, je ne l’accepte pas, a-t-il tonné. Il s’agit de rendre les choses normales. » Il est ainsi venu en appui de sa colistière, Anabela Crovetto, intervenue quelques instants plus tôt, porteuse de cette proposition. « Comment, dans un pays moderne comme le nôtre, l’IVG peut-elle être considérée comme un délit ? s’est demandé cette chargée de copropriétés à l’Agence des Etrangers. Cette hypocrisie doit cesser. » Cette mère de deux enfants a rappelé que l’IVG n’a rien d’un acte anodin. « C’est une souffrance, le fait de le considérer comme une délinquance est une souffrance supplémentaire », a-t-elle expliqué.

« Silence profond et gêné »

Pour Jean-Charles Allavena, « l’intervention d’Anabela est celle qui montre le plus la différence avec les deux autres listes. Est-ce qu’on peut contester qu’au XXIème siècle la dépénalisation de l’IVG devrait être une évidence ? » Et l’élu sortant de dénoncer ses concurrents. « De leur côté, c’est un silence profond et gêné, pointe-t-il. Dans L’Observateur de Monaco de novembre, Stéphane Valeri disait, je cite : “la communauté monégasque est divisée sur la question de l’avortement. […] Les hommes politiques responsables ne sont pas là pour accentuer les divisions. On ne va pas introduire une lutte idéologique entre les pour et les contre qui va nous diviser, qui va mettre le Prince en difficulté”. Dans Monaco-Matin, il déclarait “pourquoi dépénaliser, alors qu’il suffit d’aller à Nice ?” », s’est insurgé Allavena suscitant les sifflets de l’assemblée.

 

« Comment, dans un pays moderne comme le nôtre, l’interruption volontaire de grossesse peut-elle être considérée comme un délit ? Cette hypocrisie doit cesser »

Anabela Crovetto

 

Chef de famille

Pour Anabela Crovetto, le droit des femmes passe par la restauration du statut de chef de famille. « Cette discrimination envers les femmes doit cesser », a-t-elle assené provoquant des applaudissements. Idem quand elle a évoqué la possibilité, comme en Islande, d’imposer aux entreprises de plus de 25 salariés de rémunérer au même salaire les femmes et les hommes.

Télétravail

17 colistiers (sur les 22 candidats que compte UM à l’heure où nous bouclons ces pages, le 23 janvier, lire par ailleurs) étaient présents lors du meeting. Ils ont été 12, aux côtés de Grinda à prendre la parole, chacun évoquant une thématique et des propositions précises. Pour Christophe Brico, il est nécessaire de s’intéresser aux carrières professionnelles et à l’emploi. « Pendant trop longtemps, on a misé sur la formation initiale. Mais aujourd’hui, on travaille souvent dans une dizaine d’entreprises dans sa vie et on peut exercer un métier éloigné de sa formation, décrit-il. Il est nécessaire de favoriser la formation professionnelle tout au long de la carrière dans le privé et dans le public. » Pour lui, si le télétravail a été permis pour les entreprises privées, il est incompréhensible que cela n’ait pas été fait aussi dans le public, dénonçant au passage l’ex-conseiller ministre aux affaires sociales, un certain Stéphane Valeri.

Environnement

Eric Elena, lui, élu du Conseil national, a défendu « la belle aventure » Renaissance qui avait réuni en 2013 des salariés de la Société des bains de mer (SBM), et a annoncé l’intention d’UM de récupérer les 80 places « sacrifiées » lors de la mise en place du statut unique des jeux. Il a surtout tenu à saluer Jean-Louis Grinda. « Je ne le connaissais pas lorsque j’ai rejoint le Conseil national, a-t-il précisé. Il a pris la commission environnement que personne ne voulait et il a réussi à faire passer le code de l’environnement. C’est un homme honnête, droit, un homme d’écoute. Il n’est pas obsédé par la politique, il est obsédé par Monaco. » Audrey Bovini-Le Joliff, professeur de langue monégasque, a elle aussi salué l’engagement de Grinda au sein de la commission environnement du Conseil national. « Pas mal pour un intermittent du spectacle », a-t-elle lancé, répondant ainsi à la pique jetée quelques jours plus tôt durant le meeting de Primo !. Une remarque qui a généré rires et applaudissements fournis au cœur du théâtre Princesse Grace.

 

« Comment se fait-il que le Conseil national ait voté ces budgets ? UM est la seule liste à dire la vérité des chiffres. On vend nos mètres carrés. Nos enfants ont le droit de le savoir »

Bernard Pasquier

 

Jardins d’Apolline

Bovini-Le Joliff a appuyé sur la nécessité d’une politique ambitieuse en matière d’environnement « pour l’avenir ». Elle a moqué à ce sujet la proposition d’Horizon Monaco (HM) de mesurer la pollution générée par les événements en Principauté — « est-ce à dire qu’il faudra les annuler s’ils polluent trop ? » — ou encore celle d’afficher en temps réel la qualité de l’eau au robinet — « comment fait-on ? Il me semble que la qualité de l’eau est bonne à Monaco… Le problème ne vient-il pas parfois des canalisations ? », a-t-elle interrogé, malicieuse, faisant référence aux Jardins d’Apolline. Un sujet abordé par Jean-François Robillon qui a à nouveau demandé : « pourquoi la commission d’enquête que j’ai réclamée plusieurs fois en Conseil national n’a-t-elle toujours pas été mise en place ? » Il a regretté « le traitement calamiteux des Jardins d’Apolline pendant deux ans » durant lesquels « aucune décision, aucune mesure n’a été prise. Que faisait le conseiller de gouvernement pour les affaires sociales ? Il a fallu que le Prince descende apporter son soutien lui-même. »

Logement

Stéphane Valeri a fait encore l’objet de ses critiques sur un thème de campagne hautement sensible. « Le logement est la priorité pour l’ensemble des candidats, a-t-il commencé. Le leader de Primo ! a une expérience intéressante dans le logement à Monaco. Lorsqu’il était au gouvernement, il a enlevé 20 appartements prévus pour nos jeunes compatriotes en donnant une tour entière pour y établir une consultation de l’hôpital. » Le sujet de cette tour des Tamaris à la vocation contrariée avait déjà fait l’objet d’une querelle entre les deux hommes, en séance publique le 12 juin 2014. Selon Robillon, « à cause de Valeri, 40 à 60 de nos jeunes lui doivent de ne pas être logés. Belle expérience en effet… », conclut-il, sarcastique. Il a précisé qu’UM souhaite récupérer les appartements à forte capacité lorsque les enfants ont quitté le foyer parental. Tout en soulignant la nécessité de reconstruire les vieux immeubles de la Principauté, comme l’Herculis, les Caroubiers ou le Bel Air. Enfin, soulignant que UM « est la seule liste à proposer une idée provoquante », il a rappelé la proposition des candidats de délocaliser le Stade Louis II. « On ne déplacerait pas les infrastructures telles que la piscine, le basket ou les associations, mais les 4 hectares dégagés par le stade permettraient de construire 1 000 appartements et des locaux de bureaux », a insisté l’ex-président du Conseil national.

 

« Après mes études, j’ai eu la stupeur de découvrir que mon diplôme n’était pas reconnu dans mon pays. Mon pays qui avait financé pendant trois ans mes études ! J’ai vu ma voie vers la haute fonction publique se barrer. Et on m’a dit : “c’est comme ça” »

Allison Billaud

 

Jeunesse

Le logement a également été abordé par Allison Billaud. La benjamine de la liste a raconté son parcours de jeune professionnelle. « Après mes études, j’ai eu la stupeur de découvrir que mon diplôme n’était pas reconnu dans mon pays, a-t-elle relaté. Mon pays qui avait financé pendant trois ans mes études ! J’ai vu ma voie vers la haute fonction publique se barrer. Et on m’a dit : “c’est comme ça”. Je me suis sentie seule. » Même problématique pour le logement. « Je me suis demandé si un jour j’allais pouvoir quitter le domicile familial. Et on m’a encore dit : “c’est comme ça”. Mais je ne veux plus entendre : “c’est comme ça” ». La jeune femme, chargée de communication à l’Opéra de Monte-Carlo, a annoncé les mesures préconisées par UM : la création d’un centre de formation des apprentis, la possibilité accordée à la fonction publique d’embaucher des contrats d’apprentissage, une réforme en profondeur des bourses d’études, et un financement à 100 % des études de haut niveau.

« Démocratiser le savoir »

C’est l’excellence aussi que visent les propositions de Martine-Eva Rosticher, enseignante de profession. Elle appelle à une véritable stratégie numérique dans l’éducation nationale, à la mise en place d’un enseignement artistique et à une reconnaissance des compétences et de la qualité des enseignants. Pour que tous aient accès à la formation, tout au long de leur vie, ce sont des Mooc [des cours sur internet — N.D.L.R.] que préconise Guillaume Galtier. Ce concepteur-rédacteur en freelance propose que ces cours sur internet soient mis en place à Monaco. Gratuits et ouverts à tous, ils permettraient de « démocratiser le savoir ». Il a cité quelques exemples de Mooc qui pourraient être consacrés à la nutrition, à la législation monégasque, à l’environnement ou encore à l’histoire de la principauté. Le développement des savoirs et des possibilités passe aussi pour lui par la création d’un Fablab [laboratoire de fabrication — N.D.L.R.] à Monaco. « Ce laboratoire de fabrication serait ouvert à tous et permettrait d’accéder à des outils en partage et serait un lieu de rencontre intergénérationnel et culturel. »

Artistes

La culture est au cœur des propositions d’UM. C’est le musicien Eric Battaglia qui en a porté les principales idées : relancer l’annuaire des artistes, dispositions administratives et financières pour favoriser l’installation des artistes et développer une maison des associations culturelles permettant l’accès à des salles de répétition ou encore d’exposer certaines œuvres. « Il faut que Monaco devienne un tremplin artistique incontournable », espère-t-il.

 

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« Le logement est la priorité pour l’ensemble des candidats. Le leader de Primo ! en a une expérience intéressante. Lorsqu’il était au gouvernement, il a enlevé 20 appartements prévus pour nos jeunes compatriotes en donnant une tour entière pour y établir une consultation de l’hôpital »

Jean-François Robillon

 

Chantiers

Incontournable aussi dans cette campagne, le sujet des nuisances. Audrey Bovini-Le Joliff a rappelé la nécessité de mettre en place un phasage des chantiers et un droit à la tranquillité par quartier. Elle a appelé à de vraies négociations avec la SNCF, notamment et l’ensemble des instances françaises, afin de faciliter la circulation des 35 000 salariés qui rejoignent chaque jour la Principauté. Jean-Louis Grinda aspire à « faire réfléchir à prendre la voiture autrement ». Il souhaite appliquer le principe du « pollueur payeur ». Ainsi, plus l’usager – monégasque ou résident – utilisera sa voiture, plus ça lui coûtera cher. « Il faut encourager les gens à prendre les transports en commun », continue-t-il. Quant au traitement des déchets, cheval de bataille d’UM depuis des années, Bovini-Le Joliff a souligné la proposition du groupe au Conseil national de délocaliser l’usine d’incinération afin qu’elle ne reste pas à côté du nouveau collège, ou bien à initier une « véritable recherche de traitement technologique » en la matière.

Budget

Puisqu’il était question de chantier, Bernard Pasquier a relaté une promenade du Monte-Carlo Bay, au Portier, permettant de se rendre compte des principaux gros chantiers de la Principauté. « Mais aucune n’est inscrite au budget, a-t-il souligné. Comment se fait-il que le Conseil national ait voté ces budgets ? UM est la seule liste à dire la vérité des chiffres. On vend nos mètres carrés. Nos enfants ont le droit de le savoir. » Jean-Louis Grinda a rappelé que les membres du groupe UM au Conseil national n’ont pas voté un budget depuis 2013 : « Ces budgets ne respectent pas la Constitution, estime la tête de liste. Nous avons défendu pendant cinq ans l’amendement budgétaire. Il a été écarté, au moins temporairement, par le Prince Albert II. C’est pourquoi il n’y a pas d’amendement budgétaire dans notre programme. » Ce n’est pas pour autant, affirme Grinda, qu’UM a l’intention de lâcher prise. « Nous voulons en contrepartie, l’exigence absolue de voir toutes les dépenses inscrites au budget, martèle-t-il. Si nous n’obtenons pas satisfaction, nous continuerons à ne pas voter les budgets. Ça, ce n’est pas un Conseil national fort. Ça, c’est un Conseil national utile à tous les Monégasques. »

Europe

Enfin, cette campagne électorale 2018 ne serait pas complète si le thème de l’Union européenne (UE) n’en faisait pas partie. Comme il est d’usage chez UM, c’est Allavena qui s’y est collé. Il a rappelé que le Prince Albert a fixé « des lignes rouges ». « Le Prince n’acceptera pas autre chose qu’un accord qui préservera les Monégasques, insiste-t-il. Il n’a jamais été question d’entrer dans l’Europe. Nous entrons dans une ère nouvelle, de gré ou de force. Le monde change. » Pour lui, il s’agit d’une évolution normale, qui pourrait même avoir l’avantage de réduire la dépendance de Monaco vis à vis de la France sur certains sujets. En fin de meeting, Jean-Louis Grinda a scandé le slogan de campagne d’UM : « C’est ça avoir un discours du parler vrai et du voir grand ». Et c’est sur l’hymne national que s’est achevé ce tout premier meeting.

 

Appel aux candidats

« On y va pour la gagne, on n’y va pas pour faire de la figuration. » Jean-Louis Grinda l’a scandé devant l’assistance de Monégasques et sympathisants présents au théâtre Princesse Grace (TPG), Union Monégasque (UM) ira jusqu’au bout. Jusqu’au 11 février. « Aujourd’hui, notre liste n’est pas complète. Il faut rappeler que 3 listes de 24 candidats, cela représente 1 % du corps électoral. C’est quelque chose d’extrêmement difficile de convaincre les gens de nous rejoindre. Surtout face à des mouvements très structurés. » Jean-François Robillon estime que leur recherche est rendue particulièrement difficile et constate que la tactique – payante – de Stéphane Valeri d’avoir constitué 60 référents a « siphonné » le vivier de Monégasques potentiellement intéressés par l’engagement politique. Mais l’équipe d’UM ne se désespère pas. « Ce soir, j’espère que les discours de vérité, engagés, enthousiastes, vont convaincre les hésitants à nous rejoindre. » L’appel aux candidatures est donc lancé.

 

Quatre candidats rejoignent Union Monégasque

• Nicolas Crovetto, 47 ans

Radiologue, praticien hospitalier au CHPG depuis 2013, créateur de IRadiologie, un centre de téléradiologie monégasque.

• Valérie Pesci, 54 ans

Aide maternelle, elle a eu une carrière de danseuse classique menée auprès de différentes compagnies et théâtre avant de se consacrer à l’éducation de ses enfants. C’est à son retour à Monaco en 2000 qu’elle devient aide maternelle.

• Claude Rosticher, 81 ans

Chevalier des arts et des lettres en France, Commandeur du mérite culturel et Chevalier de l’ordre de Saint-Charles en principauté, il est directeur honoraire due l’Ecole d’art Pavillon Bosio.

• Stéphane Moro, 47 ans

Administratrice de société

 

journalistSophie Noachovitch