Sur l’Europe, Primo à la fois
« vigilant » et « inquiet »

Anne-Sophie Fontanet
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Lors de sa conférence de presse hebdomadaire, Stéphane Valeri a rendu coup sur coup à ses adversaires. Sur le thème de l’Europe, sa liste espère une avancée « en sécurité et en sagesse ».

L’exercice est bien rôdé. Entouré des colistiers qui s’occupent de la problématique Europe, Stéphane Valeri a livré son sentiment sur les récents propos de ses adversaires. A commencer par Horizon Monaco (HM). « Quand nous avons réagi suite au dernier meeting de HM, c’était parce que certains de leurs candidats, manifestement “sur commande”, ont dénigré mon travail et mon action publique, en propageant des contre-vérités, souligne le leader de Priorité Monaco (Primo !). Nous avons un projet tourné vers l’avenir, vers les Monégasques et le pays. Ils ont, eux, un projet tourné vers le passé et un projet commun avec Union Monégasque (UM) : celui de me cibler en permanence. » Excédé par « l’outrance » et « la tentative désespérée de justification » de Béatrice Fresko-Rolfo et de sa liste sur la gestion politique de l’extension en mer, Stéphane Valeri met une nouvelle fois en cause le bilan comptable de HM, pendant sa mandature au Conseil national, en termes de logement. « Après la commission d’attribution du 18 janvier dernier, près de 500 demandes reçues pour 180 appartements attribués. Autrement dit, environ 300 familles dont les demandes sont avérées, se retrouvent aujourd’hui sur le carreau. »

« Pénurie »

C’est par ce qu’il a appelé des « faits » que Stéphane Valeri a insisté sur le dossier de l’extension en mer : « Les faits sont là : aucun logement, aucun bureau, aucun commerce pour l’Etat et donc pour les Monégasques, sur une extension du territoire de leur propre pays. Pire, ils [HM] l’assument, ils persistent et signent. Les Monégasques jugeront le 11 février. C’est d’autant plus inadmissible de la part d’élus du Conseil National, que la situation du logement connaît l’une des pénuries les pires de notre histoire contemporaine. Comment peuvent-ils déclarer, je les cite : « Le bilan de HM sur le logement est exceptionnel. Ceux qui vous disent le contraire vous mentent » ? ». Soulignant qu’à part une « petite opération » de 25 appartements, HM « n’a rien prévu avant la livraison de Testimonio II », soit dans trois ans. Une situation qui inquiète le leader de Primo ! qui estime que « la pénurie va encore s’aggraver, avec près d’une centaine de nouvelles demandes chaque année. »

 

« Nous avons un projet tourné vers l’avenir, vers les Monégasques et le pays. HM a un projet tourné vers le passé et un projet commun avec UM : celui de me cibler en permanence »

Stéphane Valeri. Tête de liste Primo !

 

« Volontarisme politique »

Dans la foulée, Stéphane Valeri a répondu à ce qu’il a qualifié d’« insinuations malveillantes » avec « l’évocation plus ou moins directe de tel ou tel promoteur ». Pour la tête de liste de Primo !, HM cherche « une nouvelle fois à faire déraper la campagne : c’est comme si nous évoquions l’idée qu’ils n’auraient pas fait preuve de volontarisme politique sur l’extension en mer, par égard pour un promoteur bien connu de la place. » Du coup, Valeri a réaffirmé ce que seront ses positions dans ce type de dossier : « Nous traiterons tous les promoteurs de la même manière, avec un seul principe, le même pour tous : pas de loi de désaffectation sans contrepartie importante en logements domaniaux. Avec nous, ça aurait été le cas sur l’extension en mer. Ce sera le cas sur l’esplanade des Pêcheurs. Et ça sera le cas sur l’Annonciade II, notamment. »

Une ratification en suspens

C’est ensuite vers Jean-Louis Grinda que la tête de liste de Primo ! a tourné ses critiques. « Alors qu’il m’attaque depuis plusieurs semaines sur ma volonté de me consacrer à plein temps à la fonction de président du Conseil national, si je suis élu, je m’interroge sur la possibilité de concilier son activité professionnelle, très prenante, avec le cumul de la présidence du Conseil national », souligne Valeri. Contrairement à l’avis de Jean-Charles Allavena, colistier de la liste UM qui estime que l’Europe ne doit pas être un sujet de campagne, Stéphane Valeri affirme que c’est, au contraire, une problématique légitime à aborder : « Il est hors de question de confisquer aux Monégasques ce sujet majeur pour l’avenir de nos enfants et de notre modèle économique et social tout entier. » L’entretien du jour avec la presse monégasque n’aura eu qu’un seul objectif : réitérer avec force que Monaco peut « très bien continuer à vivre sans accord d’association avec l’Union européenne (UE) » et qu’une ratification de celui-ci par le Conseil national ne serait pas possible sans bon accord.

Commission spécifique

Le candidat José Badia appelle à la création d’une commission extraordinaire, exclusivement dédiée au traité européen au sein de la commission des relations extérieures. « Avec Primo !, nous voulons comprendre les enjeux et peser avec lucidité les avantages, les inconvénients et les risques liés à cette négociation », assure l’ancien conseiller-ministre de gouvernement pour les relations extérieures. De par ses précédentes fonctions, José Badia connaît plutôt bien les rouages institutionnels et la diplomatie exigée par cette situation. « Nous souhaitons une avancée en sécurité et en sagesse », confirme Stéphane Valeri. Le leader de Primo ! se dit aussi « vigilant » qu’« inquiet » sur cette question, où « il n’y a aucune urgence ». Raison pour laquelle, Primo ! veut une implication plus forte des élus nationaux dans l’avancée du dossier des négociations.

Professions réservées

La candidate Laurence Aubert réitère la demande à disposer d’études d’impact « avant toute décision précipitée ». « Préalable indispensable », la directrice adjointe au sein de la Compagnie Monégasque de Banque (CMB) s’interroge sur l’impact pour chacun en cas de signature, ou en cas de non signature. « Quelles conséquences dans le droit monégasque, à terme, au-delà du traité ? Quel impact concret pour les droits des Monégasques ou pour la vie des entreprises de la Principauté ? ». Elle prône donc l’utilisation d’accords sectoriels « avant de nous décider pour un accord global ». Juste à côté d’elle, Balthazar Seydoux de Clausonne s’inquiète des répercussions pour les professions réglementées, « toutes consultées en amont par Primo ! ». « Les professionnels monégasques qui voudraient s’établir dans leur pays ne pourront pas lutter face à une concurrence européenne agressive qui pourrait s’installer sur notre territoire », argumente-t-il. Le candidat se positionne en faveur de ces corps de métier, « pour préserver l’avenir de tous nos jeunes compatriotes qui, demain, voudraient embrasser ces métiers ». Enfin, Nathalie Amoratti-Blanc attire l’attention de ses compatriotes sur « le piège de la clause de mise à jour du traité européen ». « Difficile d’y échapper, mais essayons de l’aménager à nos besoins », admet José Badia.

 

Débat télévisé : Valeri favorable à des débats « projet contre projet »

Alors que Monaco Hebdo bouclait ce numéro le 23 janvier, rien n’avait encore été décidé pour le débat télévisé entre les trois leaders des listes engagés dans l’élection nationale du 11 février 2018. Mais Stéphane Valeri a réaffirmé sa position : oui à un débat, mais en un contre un, « projet contre projet ». Et non pas à trois « ce qui serait très confus et inefficace », a estimé Valeri. Avant d’ajouter : « Etant la cible commune de mes deux concurrents, il serait inéquitable de me retrouver à un contre deux. » Le leader de Primo ! propose donc trois débats successifs à deux.

 

 

journalistAnne-Sophie Fontanet