« La bêtise n’a jamais
eu de frontière sociale »

Anne-Sophie Fontanet
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Depuis trois ans, l’école internationale de Monaco développe une procédure spécifique en cas d’harcèlement scolaire. Son directeur, Francis Gianni, en présente les enjeux.

656 élèves se rendent chaque jour à l’école internationale de Monaco avenue de la Quarantaine, près du port Hercule. Dans un cadre privilégié, ces écoliers de la maternelle au lycée de 55 nationalités différentes reçoivent instruction et éducation auprès de 75 professeurs. Des conditions idylliques qui n’empêchent pas la structure scolaire privée d’être confrontée aux mêmes problématiques que les établissements du public. « La bêtise n’a jamais eu de frontière sociale. C’est une illusion de croire qu’il suffit d’être riche pour ne plus être la proie de ces déviations. » Francis Gianni a pris les commandes de cette école 20 ans après sa création en 1994. La réalité du harcèlement scolaire s’est vite imposée au directeur. « Les enfants sont cruels. C’est de la matière brute. La discipline ne suffit pas. Il faut arriver à un respect des règles ainsi qu’à leur compréhension pour que cela aille plus loin qu’une obéissance forcée », explique l’homme. C’est sur ce thème qu’il avait choisi de s’exprimer lors de la seconde édition de TedXMonteCarlo, le 11 novembre 2017 au Grimaldi Forum, choqué par les suicides en cascade d’adolescents dans le monde. Des enfants harcelés par leurs camarades de classe.

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© Photo Monaco Hebdo.

 

« C’est une illusion de croire qu’il suffit d’être riche pour ne plus être la proie de ces déviations »

Francis Gianni. Directeur de l’école internationale de Monaco

 

Eviter le « j’impose ma loi aux autres »

S’il admet qu’aucune « recette miracle » n’existe contre ce fléau en milieu scolaire, le directeur a choisi de développer depuis plusieurs mois un dispositif qui participe au développement ainsi qu’à l’épanouissement de l’élève. « A l’école, comment va-t-on gérer les rapports des élèves entre eux ? Comment va-t-on faire pour éviter que les rassemblements à l’école ne virent au cauchemar dans les rapports interpersonnels ? En somme, comment éviter le « j’impose ma loi aux autres »», questionne Gianni. A toutes ces interrogations, l’équipe pédagogique a répondu par la mise en place de trois postes dédiés à la santé et au bien-être des jeunes sous leur responsabilité. C’est Lindsay Mackenzie-Wright qui en a pris la direction. Elle est entourée d’un coordinateur santé et d’un conseiller-psychologue. Ce sont vers ces professionnels que les jeunes sont orientés en cas de mauvais traitement. Avec eux, ils vont pouvoir libérer leur parole et mettre en place des solutions viables. En amont, une sorte de pacte social est conclu entre le corps scolaire, le parent et l’élève à l’entrée de celui-ci dans l’établissement. « Pour nous, l’éducation réunit et rassemble les professeurs, la famille et l’élève », valide Francis Gianni.

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© Photo Monaco Hebdo.

 

A toutes ces interrogations, l’équipe pédagogique a répondu par la mise en place de trois postes dédiés à la santé et au bien-être des jeunes sous leur responsabilité

 

Culture d’école

Le directeur espère ainsi que le jeune soit « de mieux en mieux équipé contre les agressions de la vie ». L’homme est en effet bien conscient que l’une des parts prépondérantes du harcèlement scolaire repose sur la réalité virtuelle. « Avant, l’insulte restait dans le cour de récréation. Maintenant, elle poursuit l’enfant jusqu’à la maison. C’est pour cela qu’il existe une sorte d’omerta, car les professeurs n’ont pas accès à cette facette. » C’est la raison qui a poussé l’école à agir « en amont » sur les « comportements des élèves ». Le directeur n’envisage qu’une option : celle de créer une culture d’école avec une série de valeurs, de procédures et d’automatismes qui accompagneront les individus dans leur vivre ensemble. « On ne peut pas se substituer aux parents mais on se doit de travailler avec eux », observe Francis Gianni. Pour lui, cet ensemble de valeurs participe à la construction de la personnalité de l’élève le rendant plus confiant et moins hostile aux autres. Le harcèlement scolaire n’est qu’une des problématiques que le corps scolaire aborde au quotidien. Pour accompagner au maximum l’enfant, une heure de discussion avec son professeur principal et l’ensemble de la classe est dédiée chaque semaine dans son emploi du temps. Tous les sujets connexes à sa scolarisation peuvent y être abordés. Et ce pour libérer paroles ou tensions. « On se doit d’être à la pointe de ce qui se fait de mieux dans le monde », s’impose le directeur Gianni.

 

journalistAnne-Sophie Fontanet