Stéphane Valeri
appelle à la « mobilisation »

Raphaël Brun
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Encore près de 700 personnes ont assisté au deuxième meeting de Primo ! le 10 janvier. Nouvelle démonstration de force de la part de la liste de Stéphane Valeri, à moins d’un mois du scrutin.

Une fois passées les galettes, un couloir a été aménagé. Là, disséminés sur les 30 mètres qui séparent la porte d’entrée des fauteuils de cette salle, les 24 candidats de Primo ! attendent le public venu assister à leur second grand meeting. On se serre la main, on se congratule, on s’embrasse. L’ambiance est détendue. « Stéphane Valeri va gagner, lance un couple de quinquagénaire. Il suffit de regarder le monde qui est là ce soir. » Il est un peu plus de 19 heures et l’espace Léo Ferré se remplit peu à peu. Sur scène, les 23 candidats passent un à un, pour expliquer en quelques secondes pourquoi ils ont décidé de s’engager aux côté de Stéphane Valeri. Extraits. « J’ai décidé de m’engager en politique, parce que dans le Conseil national actuel, c’est l’ego des personnes qui primait trop », a lancé Balthazard Seydoux de Clausonne. « Je suis devant vous, parce qu’en tant qu’élu, je ne suis pas satisfait de ce qu’il s’est passé au Conseil national », a soutenu Christophe Robino.

1 010 adhérents

Il est à peine 19h30, la salle est presque pleine. Une voix annonce que les balcons vont être ouverts. Stéphane Valeri monte sur scène, sous les applaudissements. Il ne restera que quatre minutes. Le temps d’annoncer que son mouvement politique Primo !, lancé le 15 septembre 2017, affiche désormais au 10 janvier 2018 très exactement 1 010 adhérents. Sans doute « du jamais vu en moins de quatre mois d’existence » glisse Valeri, avant d’ajouter : « Je ne parle pas qu’aux adhérents. Je parle à tous les Monégasques. Et je sais qu’il y a ici de nombreux nationaux qui n’ont pas adhéré, d’autres qui n’osent pas. Certains, ça m’est revenu, à qui on fait comprendre, et notamment à certains fonctionnaires, qu’il ne vaut mieux pas adhérer. Et ça, c’est choquant, au XXIème siècle, dans un pays de liberté. » Dans la foulée, un peu après 20h00, c’est par « pool » que les candidats de Primo ! sont montés sur scène. Appuyés par une séquence vidéo diffusée sur un écran géant, ils ont balayé les thématiques de leur campagne. Et c’est par le logement qu’a débuté cette séquence.

« Urgence »

Fabrice Notari a insisté : il faut bien parler de « pénurie » et « d’état d’urgence ». Expliquant que sur un total de près de 500 demandes, « à peine » 180 pourront être satisfaites, Notari a lancé : « Après l’échec dramatique de la majorité Nouvion-Fresko, il faut d’urgence refaire du logement des Monégasques la priorité nationale absolue. Après cette commission d’attribution, à l’exception d’une petite opération de 25 logements, rien n’est prévu dans les trois prochaines années, c’est quasiment du jamais vu. » Du coup, Primo ! promet de lancer un « plan d’urgence » pour résorber cette « pénurie » avant de construire « une centaine de logements domaniaux neufs » chaque année pour faire face à la demande. Et Notari a immédiatement dressé une liste de solutions : le Grand Ida, l’Esplanade des Pêcheurs, l’extension du centre commercial de Fontvieille, l’Annonciade II. « Ces opérations peuvent être mises en chantier dès 2019 pour les premières, et livrables rapidement », a estimé Notari. Avant d’ajouter : « Nous demanderons que les droits supplémentaires en surface, en surdensification, accordés aux constructeurs ne soient plus négociés comme aujourd’hui en monnaie sonnante mais bien en surfaces d’appartements domaniaux permettant ainsi aux Monégasques d’habiter dans tous les quartiers de leur pays. De plus, nous demanderons systématiquement pour toutes les lois de désaffectation, des compensations en construction d’appartements domaniaux. »

Stéphane Valeri

Primo !, lancé le 15 septembre 2017, affiche désormais au 10 janvier 2018 très exactement 1010 adhérents. Sans doute « du jamais vu en moins de quatre mois d’existence »

 

« Contreparties »

Succédant à Fabrice Notari, Franck Julien a cité le ministre d’Etat, Serge Telle, lors de la séance budgétaire du 12 décembre 2017, à propos de la problématique des chantiers et des nuisances, notamment sonores : « « C’est pourquoi, l’action de phasage envisagée est nécessaire, tant pour les opérations publiques que privées, afin de veiller à ce que les habitants et bla bla bli et bla bla bla… » Non mais sans blague… Et Horizon Monaco (HM), qui apparaît de plus en plus comme un parti pro-gouvernemental, et qui se félicite des déclarations d’intention du ministre ? Vous y croyez, vous, à quelques semaines des élections, aux déclarations d’intentions du gouvernement ? » Michèle Dittlot a concentré son intervention sur le cinéma. Et pour cette candidate, le bilan de HM est sans appel : « Depuis la destruction du cinéma du Sporting d’hiver au cœur de Monte-Carlo, nous n’avons plus de vrai cinéma. Aucune contrepartie n’a été demandée par Monsieur Nouvion et Madame Fresko au moment du vote de la loi de désaffectation en échange du cadeau qu’ils faisaient à la Société des Bains de Mer (SBM). Monaco est maintenant notoirement sous-équipé, alors que toutes les villes de la même importance culturelle disposent, elles, de multiplex attractifs. » Du coup, Primo ! réclame que, dans le cadre de la restructuration du centre commercial de Fontvieille (CCF), l’Etat veille à bâtir un cinéma multiplex ultra-moderne de « dernière génération, digne de notre regrettée Princesse Grace, véritable icône internationale du 7ème art. »

« Logique comptable »

Autre intervention remarquée : celle de Roland Mouflard sur Monaco Telecom. Demandant au public s’il était satisfait de la qualité et des prix de l’opérateur monégasque détenu à 52 % par le patron de Free, Xavier Niel, via sa holding personnelle NJJ Capital et à 48 % par la Société Nationale de Financement (SNF) dont l’État monégasque est l’actionnaire à 100 %. La réponse ne s’est pas faite attendre : une bordée de sifflets et de huées est montée du public. Du coup, Mouflard a ironisé : « Votre réaction est étonnante car Monaco Telecom dit que la qualité n’a jamais été aussi bonne. Et c’est le même son de cloche du côté du gouvernement, qui est juge et partie… » Estimant que l’Etat monégasque « privilégie une logique comptable au détriment de la qualité de vie des Monégasques », Roland Mouflard a demandé une « étude objective et approfondie sur la situation du monopole de Monaco Telecom ». Car selon ce candidat, la qualité du service après vente s’est « effondrée ». Du côté des tarifs, « ils frisent l’indécence » pour Mouflard : « Un seul exemple : la box et le téléphone mobile illimité coûtent 56 euros par mois chez Free. Chez Monaco Telecom, c’est 155 euros par mois ! » Le public répond alors par des huées et des sifflets. Quant au nombre de Monégasques salariés dans cette entreprise, « il n’a jamais été aussi bas, y compris à la direction. Monégasques, pour parler poliment, on se moque de vous ! ». Et la solution avancée par ce candidat est simple : « Il faudra envisager une ouverture à la concurrence, non pas pour les infrastructures évidemment, mais pour toutes les offres de services : téléphone fixe et mobile, internet, bouquets de télévision, etc. Idéalement, cette solution alternative pourrait être constituée par un groupement de professionnels monégasques. Primo ! demandera au gouvernement l’ouverture de ce débat essentiel. »

 

Pour Roland Mouflard, la qualité du service après vente de Monaco Telecom s’est « effondrée ». Quant aux tarifs, « ils frisent l’indécence »

 

Solution

C’est à propos d’une autre hausse que s’est ému Balthazar Seydoux de Clausonne : « Trouvez-vous normal que le gouvernement, censé accompagner le développement économique, ait augmenté les loyers d’exercice pour une activité personnelle dans les domaines de 600 à 2 400 euros par an ? C’est inadmissible ! Donc Primo ! demande l’annulation de cette hausse. » Toujours avec le même objectif, Corinne Bertani a insisté une nouvelle fois pour que les loyers des commerces domaniaux soient « adaptés » à l’activité et à sa localisation, pour que l’Etat parvienne à proposer un « barème cohérent » des prix des loyers. Cette candidate a aussi milité pour que des commerces pour « Monsieur et Madame tout le monde » continuent d’exister en Principauté : « L’Etat devra aussi protéger les commerçants monégasques du centre commercial de Fontvieille tout en se servant de l’opportunité unique de sa restructuration pour ré-oxygéner notre offre commerciale globale, avec des enseignes locomotives, et des produits en phase avec notre temps. » Pour appuyer ce propos, Pierre Bardy a avancé une solution concrète : « Dans le cadre de désaffectations ou de nouvelles constructions, des mètres carrés doivent systématiquement être obtenus pour les Monégasques, permettant ainsi de dégager des locaux domaniaux, de commerces ou de bureaux. Tout le contraire de ce qui a été fait pour l’extension en mer, tant par Madame Fresko et ses amis, que par Monsieur Grinda et les siens. »

« Sacrifices »

La question de la fonction publique a été abordée par Patrick Rinaldi, qui connaît bien le sujet, puisqu’il préside également l’association des fonctionnaires monégasques (ADFM). En plus du doublement de la prime de fin d’année pour la porter à 600 euros, Rinaldi a détaillé les points sur lesquels il a assuré que Primo ! ne reculerait pas : « Le maintien du dispositif « des trois classes » de bonification lors du départ à la retraite, le maintien du calcul du montant de la retraite sur la base des 6 derniers mois d’activité, la garantie du maintien du niveau des retraites et du pouvoir d’achat pour les retraités. » Pour Patrick Rinaldi, « l’humain » doit « devenir le facteur de référence de notre administration ». Sur la question des retraites, pour ce candidat, pas question de demander aux fonctionnaires des « sacrifices à ceux qui ont consacré leur carrière au service du pays ». Surtout dans un pays comme Monaco qui « peut compter sur un fonds de réserve de plus de 4 milliards et demi d’euros et d’importants excédents budgétaires chaque année. » En ce qui concerne le secteur de la santé, Marine Grisoul a proposé de faire des addictions une « cause nationale de santé publique » en mettant en place un « large plan de prévention, avec une accentuation massive des campagnes de communication et de sensibilisation. »

« Amoureux »

Autre intervention très attendue : celle de Guillaume Rose. L’ex-patron de la direction du tourisme et des congrès (DTC) est apparu calme et souriant, serrant des mains et affichant sa détermination (lire notre encadré, par ailleurs). Muté fin novembre à un poste de « conseiller technique » à la direction des ressources humaines et de la formation de la fonction publique suite à une délibération du conseil de gouvernement en raison de son engagement politique dans cette élection, Guillaume Rose ne baisse pas les bras. Et c’est d’ailleurs de « combat » qu’a parlé Rose : « Nous combattons contre ceux qui nous disent que tout va bien, qu’il faut laisser faire, que le gouvernement veille sur nous, et que notre avenir n’est pas notre affaire : des gens plus compétents que nous s’en occupent. N’ayez pas peur ! » Avant de demander au public ce qu’il souhaitait pour les cinq prochaines années : « Un président intermittent du spectacle et de la politique, amoureux de l’Union européenne et de la gestion actuelle de la SBM ? Non, bien sûr. Ou bien, une présidente qui n’est la marionnette de personne… De personne ? Héritière pourtant assumée et revendiquée des échecs de Laurent Nouvion et de ses méthodes ? Un Conseil national chambre d’enregistrement, docile greffier du gouvernement ? Avec le verbe haut et la pratique molle ? Que voulez-vous, que voulons-nous ? D’une liste qui ne veut fâcher personne et surtout pas le gouvernement, y compris sur l’Europe et le logement ? Le tout enveloppé dans une présidence collégiale, donc sans autorité, face au ministre d’Etat ? »

« Injuste »

Face à ces questions, c’est Stéphane Valeri qui est apparu sur scène. C’est vers Guillaume Rose qu’il s’est tourné, le remerciant pour avoir été « digne et courageux dans l’épreuve ». Tout en rappelant que ce qu’il a qualifié d’« épreuve difficile découle d’une mesure arbitraire, injuste et voulue par l’exécutif gouvernemental dirigé par le Ministre d’Etat. Pas plus tard que la veille de l’annonce de cette décision, ici même le 22 novembre 2017, je débutais mon discours en vous disant que l’adversité se mettait en place. Je ne pensais pas si bien dire ! » La tête de liste de Primo ! a poursuivi, en expliquant que « ceux qui ont voulu utiliser cette mesure injuste pour faire croire […] qu’elle était le signe d’un engagement du Prince contre notre liste » en étaient donc pour leurs frais. Le Prince Albert II ayant rappelé lors de ses vœux pour la nouvelle année qu’il respectait une « stricte neutralité » dans le cadre de cette campagne et que personne ne pouvait « se prévaloir » de son « soutien », Stéphane Valeri a conclu : « Cette tentative d’utilisation abusive de la personne du Prince aura donc bel et bien échoué. »

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« Trouvez-vous normal que le gouvernement, ait augmenté les loyers d’exercice pour une activité personnelle dans les domaines de 600 à 2400 euros par an ? C’est inadmissible ! »

Balthazar Seydoux de Clausonne. Candidat Primo !

 

« Volontariste »

Pour le reste, Stéphane Valeri a balayé les grands thèmes de cette campagne, qu’il a déclinés à partir du prisme du pacte social. Un pacte social qu’il estime aujourd’hui en danger (lire Monaco Hebdo n° 1043). Il a commencé par évoquer l’installation professionnelle, avec un gouvernement à qui il est reproché de se comporter « trop souvent en propriétaire privé, à la recherche du plus grand profit, dans la gestion des locaux domaniaux destinés aux entrepreneurs, aux travailleurs indépendants et aux commerçants ». Estimant que les hausse « considérables » de loyers « intervenues récemment » couplées au manque de locaux mettent en danger le lancement et la survie de l’activité de « nombreux » Monégasques, Stéphane Valeri a lancé : « Nous veillerons à ce que le gouvernement revienne de toute urgence à l’esprit initial de notre secteur domanial. » C’est par la question du logement que le leader de Primo ! a enchaîné son discours, jugeant que le rythme des constructions d’appartements réservés aux Monégasques avait beaucoup trop ralenti, pour privilégier des « logiques comptables au détriment des besoins » de la population. Du coup, Valeri s’est engagé à résorber cette « pénurie » qu’il a estimée à près de 300 logements, tout en assurant que les Monégasques « dont le besoin le justifie » seront tous logés « convenablement avant la fin de la mandature 2018-2023 ». Le candidat Valeri a promis de ne pas reculer, s’appuyant sur l’histoire politique du début des années 2000 pour illustrer son propos : « Je l’ai déjà fait. Je le referai. Je l’ai déjà fait en 2003 et en 2008, de sorte qu’aujourd’hui, ce sont près 1 000 familles monégasques qui sont logées dans des immeubles construits sous ma présidence du Conseil national, grâce à cette politique volontariste. »

Seniors

Valeri a aussi souligné son soutien total à la sauvegarde du régime des retraites des fonctionnaires. Jugeant la « situation inquiétante » et « certaines déclarations du ministre d’Etat » tout autant anxiogènes, la tête de liste de Primo ! a critiqué « cette approche qui fait passer les chiffres avant les hommes, qui fait passer l’argent avant l’humain. Certains voudraient remettre en cause les acquis de nos compatriotes fonctionnaires en modifiant la base du calcul des futures pensions. » Valeri a donc proposé de créer un fonds spécial alimenté au départ par « une partie du fonds de réserve constitutionnel et dont les produits financeront, dans les années futures, le déficit de ce régime. » Il s’agira aussi de financer le maintien et la prise en charge des seniors, avec la poursuite de la création de lits dans les maisons de retraite, l’amélioration de l’offre de soins en Principauté, avec l’apport des médecines douces et notamment l’appui de la candidate Marine Grisoul.

SBM

Le pacte social, c’est aussi la priorité d’emploi pour les Monégasques. Pour illustrer ce sujet, et ce n’est sans doute pas un hasard, le candidat Valeri a choisi d’évoquer le cas de la Société des Bains de Mer (SBM), où la préférence nationale ne serait plus appliquée de façon systématique. « Dans l’administration de la SBM, des postes sont volontairement éloignés des compatriotes. Tout se passe comme si arriver de l’étranger était un schéma forcément meilleur, par principe, par postulat. Dans les jeux, le recul est patent. Par exemple, cinq promotions récentes au Café de Paris concernent des non-Monégasques », a souligné Valeri, tout en évoquant aussi des licenciements de Monégasques sans faute professionnelle et même « des départs à la retraite forcés intervenus ces derniers mois ». La tête de liste Primo ! a aussi souhaité que cette dimension nationale soit étendue à « tous les fournisseurs de la SBM » pour privilégier des entreprises locales et des rentrées fiscales pour le pays.

 

« Nous combattons contre ceux qui nous disent que tout va bien, qu’il faut laisser faire, que le gouvernement veille sur nous, et que notre avenir n’est pas notre affaire »

Guillaume Rose. Candidat Primo !

 

Europe

Sur le dossier des négociations entre Monaco et l’Union européenne (UE) qui agite cette campagne électorale, Stéphane Valeri a nié : il a assuré ne pas jouer sur les peurs et faire simplement état d’un « malaise bien présent chez les Monégasques » sur ce sujet sensible. Réfutant l’étiquette d’anti-européen que certains chercheraient à lui coller, Valeri l’a assuré : « Nous ne demanderons jamais, qui peut en douter, la construction d’une ligne Maginot autour de la Principauté ! » Rappelant que le Prince Albert II a demandé à son gouvernement de définir des « lignes rouges » à ne pas franchir, le chef de file de Primo ! a ajouté : « A ce stade des discussions, force est de constater que le Gouvernement n’est pas en mesure de présenter précisément ces lignes rouges. Avec Primo !, nous voulons comprendre les enjeux et peser avec lucidité les avantages, les inconvénients et les risques liés à cette négociation. C’est donc nous qui avons une attitude responsable et politiquement saine. » Estimant que Béatrice Fresko-Rolfo n’a « pas de position sur l’Europe », Stéphane Valeri a ironisé : « Si Madame Fresko, adepte des méthodes de son mentor Laurent Nouvion, gère le dossier européen comme ils ont géré ensemble la désaffectation du Sporting d’Hiver, ou pire encore, celle de l’extension en mer, laissez-moi vous dire que nous pouvons craindre le pire ! »

« Vigilants »

Mais pas question pour Stéphane Valeri de rester cantonné à une simple attitude d’observateur : « Le Conseil national, et à travers lui les Monégasques qui l’élisent, ont le droit de réfléchir à ces lignes rouges, ces lignes que nous voulons rouges et blanches, puisque l’assemblée a le pouvoir constitutionnel de ratifier, ou de ne pas ratifier, un éventuel traité. » Tout en soulignant l’intérêt d’aboutir à un accord notamment pour l’export des produits et services monégasques dans quelques secteurs d’activité ou encore pour les étudiants monégasques d’accéder à des droits d’inscription réduits dans les universités européennes, Valeri l’affirme : « Aujourd’hui, sans traité, notre modèle économique et social est une réussite à nulle autre pareille. Et il y a des divergences profondes entre les modèles économiques et sociaux européen et monégasque. » La priorité nationale pour les Monégasques « dans un modèle européen qui interdit toute discrimination », le système monégasque d’autorisation de création d’entreprises et d’installation des résidents face à un « modèle qui prône une totale liberté sans régulation » sont des questions qui se posent pour le leader de Primo !. Sans oublier la transposition législative des directives européennes face à la souveraineté de Monaco. Face à ces incertitudes, Valeri a promis que lui et ses soutiens « serons prudents et vigilants. Et comme toujours, loin des certitudes des idéologues, nous serons pragmatiques. » Pour finir, la tête de liste de Primo ! a appelé à voter « liste entière ». Logique, car pour avoir un « Conseil national fort », il faudra aussi un vote avec le moins de panachage possible : « Chaque électeur dispose en réalité de 24 voix à travers son bulletin. Chaque fois qu’un candidat est barré, c’est une voix de moins pour notre liste à la proportionnelle, et donc peut-être un ou plusieurs élus en moins. » Rappelant que « 6 bulletins vont représenter environ 0,1 % du résultat global », Valeri a appelé à la mobilisation, persuadé que « chaque bulletin va compter ». Et pour lui, c’est une certitude : « Dans l’état actuel du paysage politique de la Principauté, nous sommes dans l’obligation de l’emporter. » Réponse le 11 février au soir.

 

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Guillaume Rose : « Il faut parler plus fort que ce brouhaha »

À la tribune, Guillaume Rose a renvoyé dos à dos les listes concurrentes Horizon Monaco (HM) de Béatrice Fresko-Rolfo et d’Union Monégasque (UM) de Jean-Louis Grinda. Reprochant à ces deux groupes politiques un trop grand « laisser-faire », Guillaume Rose a ironisé : « Laissons le gouvernement, qui sait tout mieux que nous, multiplier les chantiers privés et diminuer les chantiers publics, comme ils viennent de le faire pendant les cinq dernières années, sous le regard impavide d’un semblant de Conseil national. N’est-ce pas, Horizon Monaco ? Votre législature restera dans l’histoire sous le nom Horizon Travaux ! Qui pourra y mettre fin ? Un Conseil national « à la présidence collégiale », comme le souhaitait Madame Fresko-Rolfo, donc autant dire à l’absence de présidence, nous livrera tout cuits, tout rôtis, tout juteux comme des poulets à Xavier Niel, qui fait de Monaco Telecom une entreprise tellement rentable… Pour lui et pour lui seul ! C’est un bel avant-goût de ce que d’autres « capitaines d’industrie » pourraient nous faire si nous laissons rentrer toute l’Europe sans protections ! Qui peut les arrêter ? En attendant qu’elle arrive cette Europe affairiste, laissons-les dire toujours « oui » à nos promoteurs du cru, qui se partagent aujourd’hui les restes du désastre des Jardins d’Apolline avec le même appétit et la même bonne entente que les vautours quand ils ont repéré une belle carcasse ! Comment faire entendre notre voix à nous, les Monégasques, en face de tout ça ? En face du bruit des marteaux-piqueurs qui a définitivement supplanté le carillon des cloches de nos églises ? Il faut parler plus fort que ce brouhaha. » L’occasion pour ce candidat de rappeler que, pour lui, la seule position possible était le retour à un « Conseil national fort », avec à sa tête Stéphane Valeri, bien sûr.

 

journalistRaphaël Brun