« La menace demeure »

Raphaël Brun
-

À l’occasion de ses vœux pour la nouvelle année, le directeur de la sûreté publique, Richard Marangoni, a communiqué des chiffres encourageants pour ses services. Face, notamment, au terrorisme, il a appelé à rester vigilant, tout en visant une éthique « irréprochable ». L’affaire Rybolovlev-Bouvier a laissé des traces.

C’est par l’actualité internationale que le directeur de la sûreté publique, Richard Marangoni, a débuté son intervention, à l’occasion de ses vœux. Jugeant que le climat international reste « préoccupant », il a ajouté : « Aucune capitale, aucune grande ville, que ce soit en Europe ou dans le monde, ne peut se penser à l’abri de l’aveuglement haineux du terrorisme. » À Monaco, où près de 140 nationalités cohabitent, « la menace demeure » a estimé Richard Marangoni. Car, même si la Principauté « n’est pas une cible », « le risque zéro n’existe pas », a immédiatement ajouté le directeur de la sûreté publique.

Performants

Sur le territoire monégasque, la criminalité organisée se révèle « de plus en plus pressante, importante et audacieuse », alors que la délinquance de voie publique « qui impacte directement la vie des résidents », suppose de relever « un défi chaque jour plus ardu ». Dans un tel contexte, Richard Marangoni s’est félicité que le plan sûreté publique 2020, qu’il avait imaginé dès sa prise de fonction, soit peu à peu entré dans une phase de mise en application. Une mise en application plus que nécessaire pour faire face aux enjeux sécuritaires que la Principauté doit désormais relever. Après une réforme de la structure en elle-même pour en améliorer le fonctionnement, du matériel technique a été acheté et des effectifs supplémentaires ont été avalisés, « entre 26 et 31 fonctionnaires », a précisé le directeur de la sûreté publique. Au total, depuis fin 2016, 11 mesures de réorganisations ont été décidées. Comme, par exemple, la restructuration de la division de police judiciaire, avec, notamment, la création d’une nouvelle section de police scientifique, pourvue de moyens plus performants, mais aussi d’une section de lutte contre la criminalité organisée et d’une section de la coopération internationale. Une réserve civile a aussi été créée (lire notre article publié dans Monaco Hebdo n° 1043) et à l’intérieur de la division de police urbaine, l’unité spécialisée d’intervention et de voie publique a été renforcée et réorganisée. Elle s’appelle désormais groupe de protection, de surveillance et d’intervention (GPSI).

« 725 caméras »

En 2018, la réorganisation va se poursuivre. Notamment du côté de la division de police administrative, suite à un audit réalisé par l’inspection générale de l’administration (IGA) et l’inspection générale des services de police (IGSP) pour gagner en efficacité. La division de police maritime et aéroportuaire prendra en compte les nouvelles normes de sécurité pour les deux ports, l’héliport et les bateaux. L’été 2018 devrait aussi voir la mise en place d’une brigade de police qui se déplacera en VTT. Le poste de commandement et des transmissions opérationnelles « véritable courroie de liaison entre les services, qui gère entre autres 725 caméras de vidéosurveillance, fera l’objet d’une attention toute particulière », a promis Richard Marangoni. Plusieurs études techniques seront lancées, dont une sur la vidéo intelligente. Autre gros chantier : la surélévation du bâtiment occupé par la sûreté publique, qui permettra aussi de restructurer et de moderniser ces locaux.

Blanchiment

Quant aux chiffres communiqués par Richard Marangoni, ils montrent que, de 2012 à 2016, la délinquance générale a baissé de 28 %, pendant que la délinquance de voie publique chutait de 43 %. Et pour 2017, la baisse se poursuit, avec -1,04 % pour la délinquance générale (1 056 faits constatés en 2016 et 1045 en 2017). Et -16,58 % pour la délinquance de voie publique (187 en 2016 et 156 en 2017). Sur les deux dernières années, cette délinquance, qui reste la plus visible pour les résidents de la Principauté, a baissé de 46 % (voir notre encadré par ailleurs). Seuls quelques sujets sont à la hausse, comme la détention de stupéfiants (64 en 2016 contre 121 en 2017), le nombre d’enquêtes ouvertes pour blanchiment (127 en 2016, 188 en 2017), les enquêtes du Service d’Information et de Contrôle sur les Circuits Financiers (Siccfin) passées de 220 en 2016 à 293 en 2017 ou encore les commissions rogatoires nationales (77 en 2016, 105 en 2017).

Valeurs

En octobre 2017, Brigitte Grinda-Gambarini, première présidente de la cour d’appel, avait évoqué, en creux, l’affaire Rybolovlev-Bouvier, qui avait ébranlé la justice monégasque (lire Monaco Hebdo n° 1032) : « Il nous appartient, chaque jour davantage de renforcer notre légitimité en substituant le dialogue à la défiance et en continuant de partager cette valeur commune qui est au cœur de tous nos échanges et qui devra y demeurer, je veux parler de l’éthique ». Qualifiant 2017 d’année « éprouvante », Richard Marangoni estime que 2018 « le sera tout autant ». Sans jamais nommer l’affaire Rybolovlev-Bouvier, il a affirmé être totalement en phase avec les valeurs défendues par Brigitte Grinda-Gambarini : « Le souci de rigueur et de déontologie au sein de la sûreté publique est un objectif permanent. Au cours de l’année écoulée, l’inspection générale des services de police a été saisie, dans un cadre administratif ou judiciaire, de 19 dossiers. J’ai moi-même été amené à prendre 29 sanctions administratives envers des fonctionnaires de mon service. » Mais pas question d’en déduire que les personnels de la sûreté publique sont plus mauvais qu’ailleurs. « Cela veut dire que notre volonté d’exemplarité est telle, que le moindre manquement est sanctionné », a expliqué Richard Marangoni. En 2017 comme en 2018.

 

Ça baisse toujours

Globalement, l’année 2017 est marquée par une série de baisses. Le nombre de cambriolages a diminué de 17,14 %, passant de 35 à 29. Sur ces 29, plus de la moitié ont été élucidés, entraînant l’identification de 16 auteurs, dont 8 ont été arrêtés, puis déférés. « S’agissant d’un vol de coffre-fort perpétré, le 9 octobre 2017, avenue de Grande-Bretagne, nos investigations ont contribué à l’arrestation de 8 personnes à Cagnes-sur-Mer », a souligné le directeur de la sûreté publique, Richard Marangoni. Les vols à la tire ont chuté de 20,83 %. Les vols de deux-roues sont restés stables, avec un total de 10. Les vols d’automobiles ont augmenté de 50 %, passant de 2 à 3. Les infractions à la législation sur les stupéfiants passent de 70 faits constatés à 126, ce qui représente une hausse de 80 %. « Cela ne signifie pas une recrudescence de la consommation en Principauté, mais plutôt que la réorganisation du service, évoquée précédemment, commence à porter ses fruits », a interprété Richard Marangoni. Quant au nombre d’accidents corporels de la circulation, la diminution est de 7,50 %, mais un pilote de deux-roues est décédé. Enfin, la conduite en état d’ivresse a reculé, avec -13,71 %. Du côté de la justice, 907 personnes ont été mises en cause (+3,19 %), 225 ont été déférées (+17,80 %) et le nombre de personnes gardées à vue ne bouge pas (459). Même les commissions rogatoires internationales sont passées de 62 en 2016 à 52 en 2017.

 

journalistRaphaël Brun