Budget primitif 2018
La « dernière séance »
de Christophe Steiner

Raphael Brun
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Avec 15 voix pour et 8 contre, le budget primitif 2018 a été adopté le 21 décembre 2017, sans enthousiasme et sur fond de défiance vis-à-vis du gouvernement pour certains élus.

« Mes chers collègues, ce soir, c’est la dernière séance. Un peu comme chez Eddy Mitchell… ». C’est par ces mots que le président Nouvelle Majorité (NM) du Conseil national, Christophe Steiner, a conclu son intervention juste avant le vote du budget primitif 2018. La mandature 2013-2018 prendra officiellement fin en février, mais les débats budgétaires de décembre 2017 auront été plutôt musclés, sur fond de campagne électorale. D’ailleurs, le 21 décembre 2017, ils n’auront été que 15 élus sur 23 à se prononcer en faveur de ce budget primitif 2018. Un choix dicté par la raison a expliqué le président Nouvelle Majorité (NM) du Conseil national, Christophe Steiner. Tout en rappelant que s’opposer à ce budget signifiait s’opposer à une série de dossiers importants pour Monaco et les Monégasques : travaux aux Jardins d’Apolline (lire notre article par ailleurs dans ce numéro), pas de recrutement dans la fonction publique, pas de préemptions pour l’Etat, pas d’ouverture de l’école Stella à la Condamine, pas de travaux pour des opérations immobilières intermédiaires en faveur des Monégasques, pas de création de l’institut du patrimoine… Le vice-président NM du Conseil national, Marc Burini, rappelant qu’il préférait « la prospérité à la richesse » a rejoint les positions défendues par Christophe Steiner.

Opposition

« Nos grand-parents ont connu un Monaco pauvre. Aucune époque n’a été aussi prospère que la nôtre. Pourtant, jamais les opinions et les comportements n’ont été à ce point bornés par les préjugés et l’envie de voir ce qu’il se passe dans l’assiette du voisin », a lancé Christophe Steiner. Avant d’ajouter : « Nos compatriotes doivent comprendre qu’ils ne peuvent pas exiger tout et son contraire. Pester contre des travaux nécessaires et indispensables aux recettes de l’Etat, et exiger des logements domaniaux. Nous clamons haut et fort nos particularismes et nous ne cessons de vouloir importer dans notre pays des idées du moment, en invoquant l’air du temps. Pour moi, ce dernier a un parfum subtil mais qui ne m’envoûte pas. » L’élu du groupe politique Renaissance Eric Elena a lui aussi voté ce budget primitif 2018, tout en tenant un discours très critique sur l’action du gouvernement : « On a perdu le statut unique à la Société des Bains de Mer (SBM) et on a perdu 80 places pour nos jeunes dans cette entreprise », tout en rappelant que « certains ont démissionné [du Conseil national — N.D.L.R.] et abandonné les Monégasques… Quelle honte ! ». Ciblant clairement l’ex-élu et ex-président Horizon Monaco (HM) de l’assemblée, Laurent Nouvion, administrateur d’Etat de la SBM depuis septembre 2017 (lire notre article publié dans Monaco Hebdo n° 1031), Eric Elena a clairement marqué son opposition à HM. Une ligne politique qui détonne, alors que son collègue, Jean-Michel Rapaire, a quitté en décembre 2017 la liste Union Monégasque (UM) pour rejoindre la liste HM, laissant ainsi les deux candidats Renaissance, Eric Elena et Etienne Ruzic (lire Monaco Hebdo n° 1042).

 

« Nous clamons haut et fort nos particularismes et nous ne cessons de vouloir importer dans notre pays des idées du moment, en invoquant l’air du temps »

Christophe Steiner. Président NM du Conseil national

 

« Lisibilité »

La tête de liste et élue HM, Béatrice Fresko-Rolfo, n’a pas directement répondu à Elena. Plaçant, elle aussi, la priorité nationale, dans la liste des dossiers prioritaires, elle a aussi apprécié l’absence de déficit public : « Quand on se regarde, on peut se faire peur. Quand on se compare à nos voisins, on peut se rassurer. Monaco, n’en déplaise à certain, n’est pas un enfer. » Regrettant que ce budget manque « parfois de lisibilité », Béatrice Fresko-Rolfo a voté en faveur de ce budget. « Globalement satisfaite », l’élue NM, Caroline Rougaignon-Vernin, qui a confirmé qu’elle ne serait pas candidate pour l’élection nationale du 11 février 2018, a exprimé un « sentiment général mitigé ». Mais, rappelant que les « les recettes de l’Etat sont passées de 950 millions d’euros à 1,2 milliard d’euros » et que « notre système institutionnel, pilier de notre attractivité, tout comme notre modèle économique et social avancé, continuent de faire leurs preuves », elle a rejoint le camp du « pour ». L’élu NM, Thierry Poyet a aussi voté ce budget, tout comme le candidat UM et élu, Jean-Charles Allavena.

« FMI »

Parmi les huit élus qui ont voté contre, on trouve l’élu UM, Bernard Pasquier. Avec Jean-Louis Grinda et Jean-François Robillon, ce trio n’aura donc pas voté en faveur d’un seul budget en cinq ans. La tête de liste UM, Jean-Louis Grinda, a voté contre ce budget, « sans opportunisme », estimant être ainsi resté « fidèle » à lui-même. L’explication est toujours la même, comme l’a une nouvelle fois expliqué Pasquier : « Que nos réserves ne soient pas de 2 milliards d’euros, mais plutôt de 500 millions si l’on devait retirer les sommes que nous devons à nos fonctionnaires, n’est pas une petite bête pour moi. Que le fonds de réserve constitutionnel finance directement des dépenses publiques, que des centaines de millions d’euros ne figurent ni aux recettes ni aux dépenses du budget et du fonds de réserve constitutionnel, n’est pas une petite bête pour moi. » Bernard Pasquier a aussi regretté que « notre bien le plus précieux, nos mètres carrés » soient vendus « sans que la représentation nationale ne soit vraiment consultée ». Tout en concluant par une question : « Monaco est presque seul au monde à ne pas être membre du Fonds Monétaire International (FMI). Demandez-vous pourquoi ? Je ne vous ferai pas l’injure de nommer ici les quelques pays dans le même cas que Monaco. » Les élus NM et candidats Primo ! Christophe Robino et Nathalie Amoratti-Blanc ont salué le travail « efficace » réalisé par Christophe Steiner, mais ont rejeté ce budget. En cause, « trop de dépenses masquées » a estimé Amoratti-Blanc, regrettant que le département des finances se comporte comme un « petit cabinet d’expertise comptable », sans pouvoir donner de réponses : « Je n’ai plus de crédit à vous accorder. Je ne cautionne pas votre attitude méprisante. Il y a eu le port de Vintimille, l’héliport… Et les négociations avec l’Union européenne (UE), c’est le flou artistique… »

Déception

Reprochant notamment au gouvernement un « manque de vision globale » sur l’avenir du commerce en Principauté, Philippe Clerissi a lui aussi voté contre ce budget primitif 2018. Avouant avoir ressenti la « désagréable impression de parler dans le vide, voire de déranger », Clerissi a rappelé avoir « dénoncé plusieurs fois, sans obtenir la moindre réponse, la rédaction des conventions domaniales des locaux commerciaux qui installent le titulaire dans la précarité, les hausses de loyers arbitraires et intempestives que vous pratiquez pour ces mêmes locaux et le traitement du dossier menant à la réaffectation des locaux de l’office du tourisme et à la rénovation de la place des Moulins. Et enfin, le nouveau dispositif lié aux activités à domicile. » Même sentiment de déception chez l’élu NM et candidat Primo !, Daniel Boeri. Appelant de ses vœux une « nouvelle méthode » de travail entre le gouvernement et le Conseil national, Boeri ne « sent pas » le gouvernement « prêt à cela ». Du coup, le choix s’est peu à peu dessiné de lui-même : « Après avoir été balloté par le gouvernement de la souffrance à l’ennui, ma décision s’est arrêtée : voter « non » au budget. » Le mot de la fin est revenu au président du Conseil national, Christophe Steiner, qui a cherché à fédérer et à calmer les esprits : « L’opposition mène à tout, à condition d’en sortir. Nous sommes bénis des Dieux. Ayons la sagesse de le reconnaître, en regardant ce qu’il se passe autour de nous. » À un peu plus de 30 jours de l’élection nationale du 11 février 2018, on devrait savoir assez vite si ce message d’apaisement a bien été reçu par tout le monde.

(1) Les 8 élus suivants ont voté contre ce budget : Bernard Pasquier (UM), Jean-François Robillon (UM), Jean-Louis Grinda (UM), Daniel Boeri (NM), Philippe Clerissi (Ind.), Christophe Robino (NM), Thierry Crovetto (NM) et Nathalie Amoratti-Blanc (NM).

 

MÉDIAS

« La télévision linéaire, c’est le monde d’hier »

Dès son arrivée au poste de ministre d’Etat en février 2016, Serge Telle avait souhaité opérer une petite révolution audiovisuelle : séparer les métiers de la communication (assurés aujourd’hui par l’équipe de Monaco Info) et les métiers de l’information. Plus concrètement, le chef du gouvernement souhaitait créer en Principauté une agence de production d’information autonome et indépendante. Une sorte de “France Télévisions monégasque”. Pour réfléchir à ce projet, le ministre d’Etat avait alors demandé à François Chantrait, l’ancien directeur du Centre de presse, d’établir un rapport sur les moyens techniques, juridiques, et budgétaires qu’un tel projet suppose. Tout en réfléchissant au contenu possible. Mais le ministre d’Etat considère désormais que cette idée est déjà obsolète. Et qu’il faut totalement revoir le modèle, en opérant « un saut stratégique », « numérique », et technologique. « La télévision linéaire, c’est le monde d’hier, a estimé Serge Telle en séance budgétaire. Lorsque j’avais souhaité séparer information et communication en confiant à M. Chantrait ce rapport, il s’agissait déjà du monde d’hier. Car aujourd’hui, tout évolue très vite. Nous voyons tous désormais que ce n’est plus l’enjeu. Les audiences de la télévision s’effondrent partout en Europe. Ce n’est plus là qu’il faut placer nos investissements. Nous avons donc besoin de continuer à réfléchir, de nous adapter au monde qui est en cours, avec les outils appropriés. Il faut penser à une reconfiguration totale de l’ensemble de notre système numérique. » Serge Telle a également rappelé quelques chiffres : 500 millions de tweets sont publiés chaque jour. D’après YouTube, ses utilisateurs visionnent plus d’un milliard d’heures de vidéos chaque jour, et 4 milliards de messages sont diffusés chaque jour sur Facebook. « La communication, c’est aussi cela. Les bouleversements sont tellement profonds que l’on ne peut pas se rater. Il faut exister dans ce foisonnement. Ce qui me fait penser que nous allons y arriver, c’est que nous disposons d’une “marque monde” qui est Monaco, connue dans le monde entier. Il y a donc là la possibilité de s’accrocher à quelque chose. » Lors des séances budgétaires de décembre 2017, le ministre d’Etat a aussi annoncé qu’un accord a été passé, avec Olivier Schrameck, le président du Conseil Supérieur de l’Audiovisuel (CSA) pour pouvoir utiliser les fréquences TNT à partir du Mont-Agel. « Nous en avons six que nous allons pouvoir louer », a précisé le ministre d’Etat. À noter également que depuis deux mois, Monaco Info est disponible sur la TNT, de Saint-Raphaël à Menton, soit un bassin de population de près de 700 000 personnes. S.B

 

Sûreté publique

La nomination d’un directeur-adjoint à l’étude

Le directeur de la Sûreté publique, Richard Marangoni, doit-il pouvoir être assisté d’un directeur-adjoint ? C’est en tout cas le souhait du groupe Horizon Monaco (HM), qui l’a fait savoir en séance budgétaire. « Cette mesure est inscrite dans le plan Sûreté Publique 2020. Ce n’est pas la première des urgences, mais nous l’avons retenue », a assuré Patrice Cellario, conseiller-ministre à l’Intérieur. Actuellement, l’assistanat du directeur est assuré par l’un des chefs de division de la sûreté publique. S.B

journalistRaphael Brun