« Le gouvernement remet
en cause une partie du pacte social avec les Monégasques »

La Rédaction
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Jusqu’à l’élection du 11 février 2018, pas question de ralentir. Primo ! poursuit sur sa lancée et continue de multiplier les propositions, que ce soit sur l’économie et le commerce, ou sur la qualité de vie. Par Raphaël Brun et Sophie Noachovitch

Stéphane Valeri et Primo ! ne mollissent pas. Le 20 décembre 2017, puis le 4 janvier 2018, les candidats de cette liste ont pris la parole devant la presse. « La ligne d’arrivée n’est pas franchie, commence Stéphane Valeri. Il ne faut pas croire que c’est gagné, ralentir et se démobiliser. Notre pire ennemi, c’est nous-mêmes. Comme une course, une élection se juge le jour où on a franchi la ligne d’arrivée. Pas avant. » Entre la rentrée du 2 janvier 2018 et l’élection du 11 février 2018, Primo ! va donc continuer à s’exprimer et à tenter de convaincre les électeurs monégasques. Après avoir présenté son programme le 10 janvier à la salle Léo Ferré (Monaco Hebdo bouclait ce numéro le 9 janvier), la liste entière Primo ! proposera ensuite un quatrième et dernier meeting juste avant l’élection du 11 février 2018.

Pacte social

Le 20 décembre dernier, Primo ! a protesté contre les augmentations jugées « brutales » des loyers dans les locaux commerciaux et les bureaux domaniaux « dans tout Monaco ». « Une augmentation qui va à plus de 100 %, demandée par le conseiller-ministre de l’économie et les finances, validée par le ministre d’Etat. Nous désapprouvons aussi la hausse excessive des frais de domiciliation dans un logement domanial pour les Monégasques qui veulent travailler depuis leur appartement », a lancé Stéphane Valeri, tout en apportant son total soutien à l’Association Monégasque des Professionnels Locataires Domaniaux (AMPLD) présidée par Jean-François Fabre. « Le gouvernement ne peut pas se comporter comme un propriétaire privé, à la seule recherche du profit, a ajouté la tête de liste de Primo !. En faisant cela, le gouvernement remet en cause une partie du pacte social avec les Monégasques. Dans ce pacte social, il y a en effet notamment l’accompagnement à l’installation professionnelle, la priorité nationale et le logement des Monégasques. » Primo ! promet donc de défendre l’application de ce pacte social. Et réclame une meilleure prise en compte pour fixer le loyer de la localisation du local commercial, tout comme du type d’activité pour fixer le « juste prix » de chaque loyer.

« Impôt déguisé »

Autre piste : le rachat par l’Etat de boutiques disponibles pour implanter des commerces de proximité, « utiles et attendus par tous » pour « revitaliser » l’activité en Principauté. Pour la domiciliation des activités en nom personnel, « on va demander l’annulation de la hausse de loyer, que rien ne justifie. On pourrait même penser à un impôt déguisé », a jugé la candidate Karen Aliprendi-de-Carvalho. Primo ! souhaite aussi que soit créé un « business center domanial réservé aux Monégasques » avec des prix « qui ne seront pas ceux pratiqués par le secteur privé », a insisté Stéphane Valeri. Dans la foulée, Brigitte Boccone-Pages a demandé la mise en place d’une équipe de gestion totalement et uniquement dédiée aux locaux commerciaux. Objectif : « Permettre aux entrepreneurs d’avoir une équipe plus réactive à leur écoute. » Primo ! estime aussi que les entreprises monégasques sont trop souvent écartées des appels d’offres. « Du coup, des recettes fiscales échappent à l’Etat. Le désastre des Jardins d’Apolline est là pour rappeler que la politique du moins disant n’est pas la meilleure et les entreprises étrangères n’offrent pas toujours les services demandés dans l’appel d’offre. Il faut procéder à une refonte totale des critères d’adjudication des marchés publics », a ajouté Brigitte Boccone-Pages. Une proposition de loi a été déposée au Conseil national sur ce sujet par Marc Burini. « L’un des points importants de ce texte, c’est qu’il met un terme au système des sous-traitances en cascade, a lancé l’élu et candidat Christophe Robino. La sous-traitance peut permettre des économies, mais on ne sait plus très bien qui est responsable du chantier, ni dans quelle condition. »

« Indice »

Le 4 janvier 2018, Primo ! a évoqué la thématique de la qualité de vie en Principauté. « Les Monégasques constatent de manière unanime que la qualité de vie s’est dégradée ». Stéphane Valeri et sept de ses colistiers ont abordé les points de programme de Primo ! sur la qualité de vie. Selon eux, il faut « un véritable plan stratégique, piloté par une commission opérationnelle de la qualité de vie à Monaco ». Pour y parvenir, la candidate Michèle Dittlot a souligné la nécessité d’une approche interministérielle, avec la création « d’une commission interministérielle qui coordonnera les efforts d’équipes déjà constituées et compétentes, on ne peut plus raisonner uniquement par département et par services ». L’une des premières missions à confier à cette commission serait la « création d’un indice de la qualité de vie pour quantifier les risques et mesurer le résultat des efforts entrepris ».

Sanctions

Primo ! souhaite un « véritable projet urbain global ». Le candidat Guillaume Rose a détaillé : « Quelle programmation pour les chantiers ? Dans quel quartier ? Quel plan de circulation ? Quel plan de transports ? Quel plan environnemental ? […] » La lutte contre les nuisances conduirait à des contrôles et à des sanctions contre les chantiers qui dépassent les normes en termes de bruit. Même chose contre les voitures et motos polluantes et bruyantes ou encore contre les commerces trop bruyants. Les candidats demandent au gouvernement la création d’un plan d’urgence mobilité comprenant divers points : suivi du développement des parkings relais et des liaisons avec le centre-ville, mesures dissuasives pour les véhicules pas immatriculés à Monaco ou dans les Alpes-Maritimes, mesures incitatives pour les salariés utilisant les transports en commun, etc.

Tri

Le candidat Patrick Rinaldi, a tenu à démentir les attaques contre Primo ! et a rappelé que les candidats de la liste sont tous souverainistes. « Nous sommes en faveur de la transition énergétique décidée par le Prince », a-t-il insisté. Ce candidat s’est étonné que « les importants investissements liés au troisième poste source, qui devaient permettre d’alimenter en électricité les paquebots en escale à Monaco, semblent n’avoir aucun effet. En effet, les paquebots sont aux normes américaines à 400 volts… Et donc, incompatibles avec ce poste. » En ce qui concerne l’usine d’incinération, si Stéphane Valeri qualifie de « démagogique » la proposition d’Union Monégasque (UM) de la déplacer dans les communes limitrophes françaises — « pas un maire français n’accepterait » — il estime qu’un important travail sur le tri des déchets serait la première solution. Selon Stéphane Valeri, 70 % des déchets des Monégasques seraient recyclables. Ne resteraient que 30 % à traiter ensuite dans une usine ultra-moderne, reconstruite aux meilleures normes actuelles, quel qu’en soit le coût, et, bien sûr, si cela est possible, avec de nouvelles technologies permettant d’éviter l’incinération.

Monopole

Enfin, et pour améliorer la qualité du service de téléphonie mobile à Monaco, Primo ! « va demander une étude objective et approfondie sur la situation de monopole de Monaco Telecom. Il faudrait envisager une ouverture à la concurrence, en dehors des infrastructures », a expliqué Roland Mouflard. Selon Primo !, le gouvernement, qui est actionnaire de Monaco Telecom, aurait tendance à prioriser les bénéfices du prestataire de télécommunications, plutôt que la qualité du service. « Chez Free, pour 100 euros de chiffre d’affaires, il y a 8 euros de bénéfices. Chez Monaco Telecom, pour 100 euros de chiffre d’affaires, on est à 45 euros de bénéfices ! », insiste Roland Mouflard. Un chiffre qui devrait être l’occasion, selon Primo !, de baisser les tarifs de télécommunications et de continuer l’investissement.

 

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