Culture Sélection
décembre 2017

Raphael Brun
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Watch-Out-de-Chris-Peckover

Watch Out

de Chris Peckover

Invasion. C’est bientôt Noël. Ashley (Olivia DeJonge), 17 ans, fait du baby-sitting. Elle s’occupe de Luke (Levi Miller (II)), 12 ans, dans une grande maison, située dans une banlieue américaine typique. Lorsque des cambrioleurs débarquent, Watch Out (ou Better Watch Out en version originale) bascule dans la comédie horrifique. Ce “home invasion” réalisé par l’Australien Chris Peckover, à qui l’on doit aussi Undocumented (2010), un film toujours inédit en France et à Monaco, a été très remarqué, notamment l’été dernier, au festival Fantasia 2017. Il faut dire qu’il repose sur une série de surprises et de rebondissements qui donnent à ce film un rythme dans lequel on se laisse prendre avec plaisir.

Watch Out de Chris Peckover, avec Olivia DeJonge, Levi Miller (II), Ed Oxenbould (USA, 2017, 1h29), 14,99 euros (DVD), 19,99 euros (blu-ray). Sortie le 30 décembre 2017.

Avant-la-fin-de-lete-de-Maryam-Goormaghtigh

Avant la fin de l’été

de Maryam Goormaghtigh

Iran. Cinq ans d’études à Paris n’auront pas suffi. Arash ne s’est pas acclimaté et il souhaite retourner vivre en Iran. Mais deux amis, Hossein et Ashkan tentent de le faire changer d’avis, en lui proposant un voyage sur les routes de France. La réalisatrice suisse d’origine iranienne, Maryam Goormaghtigh, pose un regard bienveillant sur son trio d’acteurs, que l’on suit avec plaisir et curiosité pendant 1h20. C’est souvent très drôle et ce voyage, qui confine parfois à la douce mélancolie, pose avec finesse et intelligence les bases d’une réflexion autour de l’exil et de la différence. Quelque part entre documentaire et fiction, Avant la fin de l’été flirte avec le cinéma d’Eric Rohmer. Avec bonheur.

Avant la fin de l’été de Maryam Goormaghtigh, avec Arash, Hossein, Ashkan (FRA-SUI, 2017, 1h20), 16,99 euros (DVD seulement, pas de sortie blu-ray).

 

Petit-Paysan

 

Petit Paysan

de Hubert Charuel

Vaches. Pierre est effondré. Cet éleveur de vaches laitières, qui a organisé sa vie autour de sa ferme, apprend que l’une de ses bêtes est malade, touchée par une épidémie. Paniqué à l’idée que son troupeau soit entièrement abattu, il va s’enfoncer dans la dénégation et le mensonge. Hubert Charruel, lui-même fils d’éleveur, connaît parfaitement le sujet qu’il traite ici avec subtilité et précision. D’un thème qui pourrait être celui d’un documentaire, il parvient à en faire un thriller campagnard captivant, au milieu des vaches. Pierre risque la prison et même s’il sait que chaque vache est fichée, la peur de tout perdre et ses difficultés économiques prennent le dessus. Présenté à la Semaine de la Critique à Cannes, en mai 2017, Petit Paysan est une belle réussite, avec un excellent et surprenant Swan Arlaud. Un film à ne pas rater, donc.

Petit Paysan de Hubert Charuel, avec Swann Arlaud, Sara Giraudeau, Bouli Lanners (FRA, 1h30, 2017), 16,99 euros (DVD), 19,99 euros (bluray). Sortie le 9 janvier 2018.

 

Good-Time-de-Ben-et-Joshua-Safdie

 

Good Time

de Ben et Joshua Safdie

Méconnaissable. Le plan était simple, mais rien ne se passe comme prévu. Le braquage est un fiasco. Connie parvient à prendre la fuite, mais son frère Nick est arrêté. Du coup, Connie a deux options : trouver l’argent nécessaire au paiement de la caution ou tenter de faire évader Nick. Avec un budget plus élevé que dans leurs précédents films et la star, méconnaissable, Robert Pattinson, Ben et Joshua Safdie parviennent à nous livrer un excellent film noir, un polar sans concession, porté par la musique électro de Oneohtrix Point Never. Violence, alcool, drogue, lieux sordides et humour noir sont au menu de Good Time. Ben et Joshua Safdie nous ont déjà séduits avec leurs galerie de portraits de New-Yorkais en marge et/ou en pleine chute libre. On se souvient notamment des très bons The Pleasure of being robbed (2009), Lenny and the kids (2010), ou encore Mad Love in New York (2016), chroniqué dans Monaco Hebdo n° 973. Ils ont récidivé.

Good Time de Ben et Joshua Safdie, avec Robert Pattinson, Ben Safdie, Buddy Duress (USA-LUX, 2017, 1h41), 19,99 euros (DVD), 19,99 euros (blu-ray). Sortie le 16 janvier 2018.

 

Comme-des-rats-morts-de-Benedek-Totth

 

Comme des rats morts

de Benedek Totth

Excès. Présenté par beaucoup comme le « meilleur polar étranger de l’année 2017 », Comme des rats morts raconte l’histoire d’une bande d’adolescents. Coincés entre la natation, le lycée et la drogue, leur vie est assez monotone, agrémentée de jeux vidéos et de films pornos. Même lorsque l’un deux, sans permis voiture, tue accidentellement un cycliste, rien ne change vraiment. La petite bande fait comme si de rien n’était et continue de multiplier les excès. Autant prévenir tout de suite : la lecture de ce livre est un véritable coup de poing. Le style de Benedek est mordant, voire agressif. Né en 1977 en Hongrie, Benedek Totth signe ici son premier roman. Installé à Budapest, Totth est aussi traducteur pour des auteurs comme Bret Easton Ellis, Aldous Huxley (1894-1963) ou Hunter J. Thompson (1937-2005). Ce qui pose le personnage. Cette chronique sociale déjantée raconte une génération insouciante et perdue. Un vrai choc.

Comme des rats morts de Benedek Totth (Actes Sud), traduit du hongrois par Natalia Zaremba-Huzsvai, 256 pages, 21,80 euros.

 

Heather-par-dessus-tout-de-Matthew-Weiner

 

Heather, par dessus tout

de Matthew Weiner

Déterminisme. Le créateur de la série Mad Men (2007-2015), Matthew Weiner, signe un premier roman dans lequel il dissèque l’Amérique contemporaine. À New York, Karen et Mark, quarantenaires et cadres supérieurs, se rencontrent tardivement, se plaisent et décident d’avoir un enfant. Ils emménagent sur Park Avenue et mènent avec leur petite Heather une vie qui semblent parfaite. En parallèle, on suit le parcours de Bobby, qui après une enfance difficile et de la prison, trouve un travail sur un chantier. Depuis un échafaudage, il voit Heather. L’adolescente devient alors pour lui un objet de fantasme. Rôle du mariage et des parents dans l’éducation des enfants, déterminisme social, désirs, pulsions… Matthew Weiner pose les questions qui fâchent, sans complaisance.

Heather, par dessus tout de Matthew Weiner (Gallimard), traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Céline Leroy, 144 pages, 14,50 euros.

 

Une-question-de-temps-de-Samuel-W.-Gailey

 

Une question de temps

de Samuel W. Gailey

Course-poursuite. Suite à un accident, la jeune Alice va mal. Elle se réfugie dans l’alcool et multiplie les gueules de bois. Un matin, elle se réveille à côté d’un homme mort. À ses côtés un sac plein de drogue et de l’argent. Alice décide de partir avec. Mais, assez logiquement, le propriétaire, qui est un truand notoire, n’est pas content. Et il veut récupérer son bien. Une course-poursuite s’engage alors, dans laquelle chaque faux pas peut être fatal. On avait déjà beaucoup aimé Deep Winter (2016), un premier roman noir très efficace de Samuel W. Gailey. Il récidive, avec Une question de temps, où il évoque morale et rédemption, des thèmes devenus depuis Dashiell Hammett (1894-1961) partie intégrante des codes du roman noir.

Une question de temps de Samuel W. Gailey (Gallmeister), traduit de l’américain par Laura Derajinski, 336 pages, 21,30 euros. Sortie le 4  janvier 2018.

 

Alors-que-jessayais-detre-quelquun-de-bien-Ulli-Lust

Alors que j’essayais d’être quelqu’un de bien

d’Ulli Lust

Ménage. Retour à l’autobiographie pour la dessinatrice Ulli Lust, déjà vue dans ce registre, avec Trop n’est pas assez (2010). Elle nous raconte son amour pour deux hommes, au début des années 1990. Ulli Lust vit alors à Vienne et elle cherche à faire publier son premier livre, tout en multipliant les petits boulots pour s’en sortir. Son compagnon, Georg, plus âgé qu’elle, ne parvient pas à la satisfaire sexuellement. Le reste de sa vie, c’est son fils Philipp, qui vit à la campagne, avec ses parents, faute de revenus suffisants. Portée par sa libido, Ulli Lust cède lorsqu’elle rencontre Kimata, un jeune Nigérian qui réside illégalement en Autriche. Ce ménage à trois se tend, lorsque Kimata devient jaloux et violent. Doit-elle le dénoncer ? Cette BD n’évite aucun sujet, même délicat. Mutisme de la police face aux violences faites aux femmes, racisme, morale, politique d’asile de l’Autriche… Tout y est.

Alors que j’essayais d’être quelqu’un de bien d’Ulli Lust (Ça et Là), traduit de l’allemand par Paul Derouet, 368 pages, 26 euros.

 

Les-Chats-du-Louvre-tome-1-de-Taiyou-Matsumoto

Les Chats du Louvre, tome I

de Taiyou Matsumoto

Miaou. Connu, notamment, pour sa série Sunny, Taiyou Matsumoto revient avec Les Chats du Louvre, un album qui se lit de droite à gauche. Cette BD intervient dans le cadre d’une série lancée en 2005 par l’éditeur Futuropolis et le musée du Louvre. Depuis, des auteurs comme Enki Bilal, Jirô Taniguchi ou Nicolas de Crécy, entre autres, se sont impliqués dans ce projet. Avec Taiyou Matsumoto les histoires de chats se mélangent intimement avec le musée. Lorsqu’ils sont effrayés, des chats peuvent se réfugier dans des tableaux. Le vieux guide s’occupe des félins, pendant qu’une jeune guide parvient même à communiquer avec eux. Entre réalisme et onirisme, Matsumoto a créé un véritable univers qui permet à cette BD poétique et vibrante de séduire dès les premières pages. Un tome II est prévu pour mars 2018.

Les Chats du Louvre, tome I de Taiyou Matsumoto (Futuropolis/Musée du Louvre), traduit du japonais par Ilan Nguyen, 208 pages, 26 euros.

 

Cage-Tropical-Frankie-Rose-(Slumberland-Records-LLC_Grey-Market)

Cage Tropical

Frankie Rose

Sensible. Dum Dum Girls, Beverly, Vivian Girls et Crystal Stilts : quatre groupes dans lesquels Frankie Rose a été chanteuse et batteuse, avant de tout plaquer pour miser sur une carrière solo. La New-yorkaise, aujourd’hui installée en Californie, mérite que l’on revienne sur ce disque sorti pendant l’été 2017. Après avoir réalisé une reprise remarquée de l’album Seventeen Seconds (1980) de The Cure, Frankie Rose récidive, avec ce Cage Tropical, aux accents synthpop et indie pop, dans lequel les 80’s ne sont jamais vraiment très loin. Que ce soit avec le très bon et très aérien Trouble ou Dyson Sphere les dix titres de ce disque pop et sensible, sont un véritable délice auditif.

Cage Tropical, Frankie Rose (Slumberland Records LLC/Grey Market), 17,99 euros (CD), 22,99 euros (vinyle).

 

Have-You-Been-There-Have-You-Seen-It-Helena-Hauff-(Ninja-Tune)

Have You Been There, Have You Seen It

Helena Hauff

Hypnotique. Depuis son excellent album Discreet Desire (2015), on attendait avec impatience des nouvelles de la DJ et productrice allemande, Helena Hauff. Deux ans plus tard, voici un EP. Certes, ce n’est pas un album et il faudra donc se contenter de quatre titres seulement, mais parfois, peu c’est (très) bien. Originaire de Hambourg, Helena Hauff distille une électro sombre et industrielle, dans un style sans compromis. Do You Really Think Like That n’est rien d’autre qu’un long et joyeux appel vers le dance floor, vite tempéré par le très martial et hypnotique Continuez Mon Enfant Vous Serez Traité En Conséquence, aussi noir qu’entêtant. La DJ allemande séduit encore, avec sa techno noire et glaciale. On en redemande.

Have You Been There, Have You Seen It, Helena Hauff (Ninja Tune), 11,99 euros (maxi vinyle).

 

Utopia-Bjork

Utopia

Björk

Flûte. Un nouvel album de Björk, le dixième, c’est toujours un événement. À 51 ans, elle parvient encore à nous surprendre. Cette fois, l’Islandaise a imaginé un monde où le patriarcat n’existerait pas. Avec ses deux derniers disques, Biophilia (2011) et Vulnicura (2015), elle avait repoussé aussi loin que possible son refus d’utiliser de véritables instruments. Pour Utopia, qu’elle a réalisé avec le producteur vénézuélien Alejandro Ghersi, alias Arca, Björk renoue avec des cordes ou la flûte, un instrument qui apparaît d’ailleurs sur la pochette de son album. Les 70 minutes d’Utopia sont d’une sidérante beauté, à l’image de Blissing Me, où la voix de Björk, intacte, porte ce souffle de liberté. Un souffle de liberté, qui est aussi celui de la flûte, et de l’utopie de Björk. Une utopie à laquelle on adhère avec grand plaisir et sans réserve.

Utopia, Björk (One Little Indian), 13,99 euros (CD), 23,99 euros (vinyle).

journalistRaphael Brun