« Les investisseurs potentiels
sont extrêmement nombreux »

Raphael Brun
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Georges Tranchant, président du groupe de casinos qu’il a fondé, explique à Monaco Hebdo pourquoi il a signifié son intérêt au ministre français de l’économie, Bruno Le Maire, concernant une éventuelle privatisation partielle de la Française des Jeux. Et pourquoi il verrait d’un bon œil la présence de la Société des Bains de Mer dans cette opération.

En quoi consiste votre projet de reprise de la Française des Jeux (FDJ) ?

On souhaite participer à la reprise de la FDJ avec d’autres investisseurs. Et surtout, créer un comité consultatif des jeux, de façon à regrouper toutes les activités “jeux” sur le territoire français.

Pourquoi ?

Parce qu’en France, les activités “jeux” ont des tutelles différentes et des fiscalités inappropriées dans certains cas. Actuellement, les courses sont du ressort du ministère de l’agriculture, par exemple. Mais d’autres ministères sont concernés, comme l’intérieur, le budget, l’économie, la culture… Or, tous ces organismes ne se parlent pas et ne coordonnent rien. Il serait donc bien de coordonner cet ensemble, dans l’intérêt des activités de tout un chacun. Le tout serait coordonné par un véritable “gaming board”, comme il en existe en Suisse ou aux Etats-Unis.

Un pays étranger, comme Monaco, pourrait intégrer ce “gaming board” ?

Monaco étant effectivement un pays étranger, je ne sais pas s’il pourrait avoir accès à ce “gaming board”. Mais rien n’indique, en tout cas, que le capital de la FDJ ne soit fermé à la SBM. Il n’y a pas de raison objective à ce que tel ou tel organisme monégasque soit empêché d’entrer au capital de la FDJ. Pour ma part, ça me semble même être cohérent

La Société des Bains de Mer (SBM) pourrait donc s’intéresser à la FDJ ?

Il va de soi que Monaco, qui est sur le territoire français sans y être, et avec ses spécificités, doit être intéressé par ce dossier. Je l’imagine, en tout cas.

C’est une bonne idée pour la SBM que de devenir actionnaire de la FDJ ?

Ce n’est pas à moi de le dire.

Vos objectifs avec ce projet de reprise de la FDJ ?

On veut éviter que la FDJ ne soit vendue à un investisseur étranger incontrôlable. Il faut maintenir un encadrement qui donne satisfaction à tous les opérateurs, sur la géographie nationale française. L’objectif, c’est que les opérateurs de jeux, que ce soit le PMU, les jeux en ligne, les casinos et les clubs de jeux qui vont ouvrir à Paris, puissent avoir accès à la FDJ, à travers un conseil d’administration ou un actionnariat.

En fait, vous voulez réformer la FDJ ?

Cette entreprise est très bien dirigée. Nous n’avons donc pas pour ambition de réformer ou de rénover de fond en comble la FDJ. Ce que nous voulons, c’est qu’elle reste dans le giron national, tout en régulant de façon intelligente les différentes activités.

Qu’est-ce qui pourrait convaincre la SBM et d’autres casinotiers ou investisseurs, de se joindre à vous dans ce projet ?

À partir du moment où les investisseurs auront des garanties de paiements de dividendes satisfaisantes, ils pourront s’intéresser à ce dossier. Après, que les professionnels des jeux prennent 10 ou 20 % entre eux, c’est secondaire. Ce qui est important, c’est qu’il y ait à la FDJ un œil de professionnels diversifiés, avec éventuellement une présence de la SBM dans le tour de table.

Fin septembre 2017, vous avez écrit au ministre de l’économie, Bruno Le Maire, afin de lui faire part de votre intérêt pour ce dossier : il vous a répondu ?

Suite à mon courrier de fin septembre 2017, je n’ai pas eu de réponse. Le gouvernement doit encore décider s’il vend tout ou partie des 72 % qu’il possède dans la FDJ. Il est n’est pas exclu qu’il vende seulement une minorité de leurs actions, et que cette minorité ne revête aucun intérêt, ni financier, ni stratégique.

Il faut que l’Etat français cède quel pourcentage de sa participation dans la FDJ pour que ce soit une opération suffisamment intéressante ?

Je ne sais pas. Cela dépend du “deal”. Il faut que les investisseurs puissent avoir des certitudes sur les dividendes qu’ils peuvent espérer toucher. Tout est à négocier. Mais on ne peut rien proposer à qui que ce soit, tant que le vendeur n’a pas donné signe de vie et qu’il n’a pas déterminé avec précision ce qu’il veut faire au printemps 2018. Au fond, on est en train, avec d’autres, d’essayer d’acheter quelque chose qui n’est pas à vendre, pour le moment. Mais les investisseurs potentiels sont extrêmement nombreux.

Vous avez dit que vous pourriez viser entre 0,5 et 10 % du capital de la FDJ : pourquoi pas davantage ?

On pourrait avoir plus de 10 % du capital, car on pourrait se faire financer dans le cadre d’un LBO [“leveraged buy-out” ou achat à effet de levier (AEL), c’est-à-dire une acquisition par emprunt — N.D.L.R.]. Mais le problème n’est pas d’avoir une part importante de la FDJ. Ce qui est important, c’est d’être présent dans le management financier et dans le contrôle de la FDJ, à l’intérieur d’un comité consultatif des jeux. Un comité qui regroupe toutes les activités, de façon à ce qu’il n’y en ait pas une qui tue l’autre.

Vous avez eu des contacts avec d’autres investisseurs ?

Tout le monde me dit : « Pourquoi pas ? ». Mais après, il faut savoir dans quelles conditions et pour quoi faire.

Vous avez parlé avec la SBM ?

Non. Ce n’est pas la peine d’aller parler avec la SBM d’une affaire qui, pour le moment, n’existe pas réellement. Je ne vais donc pas entreprendre un tour de France, qui passerait pour Monaco, pour proposer quelque chose dont je ne connais pas, moi-même, ni la faisabilité, ni même la réalité.

Quand est-ce qu’on en saura plus ?

C’est une opération dont on ne connaîtra les conditions et les détails qu’à partir du moment où on sera entré en négociation, suite à un appel d’offres lancé par le ministère de l’économie et des finances ou par la direction du budget.

Pourquoi l’Etat français accepterait de vendre sa participation dans la FDJ ?

J’ai fait une suggestion, en considérant que la FDJ est un actif non stratégique pour l’Etat. Et que grâce aux ventes de ses actions, il pourrait obtenir entre 1,2 et 2 milliards d’euros. Le tout, sans perdre l’essentiel de ses recettes, ce qui est quand même important. Cette vente de la FDJ permettrait à l’Etat de régler une partie des 10 milliards d’investissements dont l’Etat a besoin pour financer l’innovation, sans pour autant créer une difficulté budgétaire.

1. L’État en garderait le contrôle au nom du « jeu responsable » et de la protection des minoritaires. La FDJ continuera de verser à l’Etat français environ 3,2 milliards par an, soit 1 % du budget de l’Etat, grâce à la taxe sur les jeux. Les dividendes, estimés par le magazine Challenge à 150 millions d’euros, seront impactés par cette privatisation.

journalistRaphael Brun