Jean-Paul Commin :
« Kirikou est un ovni »

Raphael Brun
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Jean-Paul Commin, ex-directeur général adjoint de France Télévisions Distribution et résident à Monaco depuis 1989, vient de publier un livre consacré au cinéma d’animation en France (1). Il explique à Monaco Hebdo pourquoi ce secteur a explosé et le rôle joué par la sortie du film de Michel Ocelot, Kirikou et la Sorcière, en 1998.

Votre parcours ?

J’ai toujours été un passionné de musique rock et de cinéma. De 1970 à 1976, j’ai été rédacteur en chef adjoint et chef des informations dans des magazines de la presse rock, comme Best et Extra. C’était une époque où ce genre de presse était dynamique. On vendait alors entre 100 000 et 150 000 exemplaires chaque mois.

Et ensuite ?

Chris Blackwell, le fondateur de la maison de disques Island Records, m’a convaincu de quitter la presse et de me lancer dans l’industrie du disque. De 1976 à 1987, j’ai dirigé la maison de disque Mercury, qui était alors la plus grosse maison de disques en France, en termes de parts de marché.

Vous avez aussi participé à l’organisation de concerts en France et à Monaco ?

Je me suis beaucoup occupé de groupes comme Dire Straits, peu connus à l’époque, et qui passaient alors en concert à Paris en premier partie de Styx, un groupe américain. Et puis, Dire Straits est venu jouer à Monaco, le 10 juin 1985, au stade Louis II, dans le cadre de leur Brothers in Arms Tour. Je me suis aussi occupé de U2, qui, à la fin des années 70, était encore un petit groupe. Je me souviens d’un concert, le 3 décembre 1980, au pavillon Baltard, à Nogent-sur-Marne, pour leur Boy Tour, devant 2 000 personnes. Le 3 juillet 1980, on a monté avec Bob Marley, ce qui était, avec 50 000 spectateurs, le plus grand concert jamais organisé en France. Ensuite, le 29 août 1987, on a pu organiser un concert de Madonna au parc de Sceaux, qui a attiré 100 000 fans.

 

« Je me suis aussi occupé de U2, qui, à la fin des années 70, était encore un petit groupe. Je me souviens d’un concert, le 3 décembre 1980, au pavillon Baltard, à Nogent-sur-Marne, pour leur Boy Tour, devant 2 000 personnes »

 

Et après ?

De 1987 à 1990, j’ai rejoint la direction de l’international et marketing du groupe WEA Music, qui appartient à Time Warner. En 1990, j’ai eu l’impression d’avoir un peu fait le tour du disque. Le marché de la vidéocassette marchait très fort. Comme ils possèdent un certain nombre de droits sur différentes œuvres, Canal+ et les films Pathé voulaient lancer une maison d’édition et de distribution de vidéos. Pierre Lescure pour Canal+, que j’avais déjà croisé à RMC, et Claude Berri (1934-200), réalisateur, producteur, scénariste, impliqué dans Pathé, m’ont proposé de m’occuper de cette création. C’est comme ça qu’on a lancé la Nouvelle Messagerie Vidéo (NMV).

Le concept ?

Avec un éditeur de vidéo impliqué dans le cinéma d’auteur, Claude Berri a eu une idée : créer une collection, avec l’appui de la Fnac, qui s’appelait Les films de ma vie, en hommage à un livre de François Truffaut (1932-1984) publié en 1975. Au fil du temps, on a publié l’intégrale de Jacques Tati (1907-1982), d’Ingmar Bergman (1918-2007), de François Truffaut…

L’objectif ?

L’idée, c’était de faire un peu la Pléiade du cinéma. Et ça a marché. Du coup, à partir de 1992, j’ai dirigé l’édition et le marketing des sociétés vidéos Fil à Film/Les Films de ma vie. Ensuite, dès 1995, l’arrivée du DVD a bouleversé le marché. Des vidéo-clubs se sont ouvert un peu partout en France. De grandes enseignes, comme la Fnac, ont suivi.

Peu à peu, vous avez délaissé la musique pour le cinéma ?

J’ai été nommé directeur du pôle entreprise de France Télévisions Distribution en 1998. Ce pôle s’occupe des sorties vidéos, des disques, des droits dérivés… J’ai donc pu m’impliquer dans les ventes des films en France et aussi à l’international. Et à partir de 2001, j’ai été nommé directeur général adjoint de France Télévisions Distribution.

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Comment se sont passés vos débuts, en 1998 ?

L’un des premiers films pour lesquels j’ai signé les droits de distribution, c’est Kirikou et la Sorcière (1998) de Michel Ocelot. Il avait l’idée en tête depuis un moment et il a écrit en 15 jours un scénario qui a été très peu modifié par la suite.

Il y avait un gros dispositif marketing pour accompagner la sortie de ce film d’animation ?

Ce film est sorti au cinéma avec seulement 60 copies pour la France entière et sans aucune bande-annonce pour en faire la promotion, tellement les moyens financiers étaient faibles. Il faut savoir qu’à la fin des années 90, un film américain d’animation sortait dans 350 ou 400 salles. C’est 600 aujourd’hui.

Ce qui a été décisif pour Kirikou et la Sorcière ?

Les critiques de la presse, notamment celle de Télérama(2). À travers Télérama, tous les milieux éducatifs ont trouvé que ce film était une belle histoire, qui véhiculait des valeurs intéressantes. Le reste du succès de Kirikou et la Sorcière a reposé sur le bouche à oreille. Au final, 1,5 million de personnes sont allées voir ce film sur une période d’un peu plus d’un an, ce qui était inespéré.

Comment a été fabriqué Kirikou et la Sorcière ?

C’est 5 ans de travail. Il y avait quatre ou cinq sociétés derrière le premier Kirikou. Mais la production a été laborieuse, avec des partenaires défaillants, une société qui fait faillite… Des studios ont été sollicités un peu partout en Europe, à Bruxelles, au Luxembourg ou en France. On a même été obligé de délocaliser une partie de la fabrication de Kirikou et la Sorcière dans les pays de l’Est, à Riga, en Lettonie. Ce film est presque miraculé.

Pourquoi ça a été aussi difficile ?

Parce qu’en 1998, le cinéma d’animation était rare. Il n’y avait pas encore eu Wallace et Gromit, les dessins animés du studio japonais Ghibli étaient peu ou pas connus… Donc Kirikou et la Sorcière était un ovni. Depuis, cet ovni a fait des petits.

Votre rôle dans le dossier Kirikou et la Sorcière ?

Comme je croyais dans ce projet et qu’il ne restait que les droits vidéo de ce film à acheter, j’ai décidé de foncer. On a ensuite pu prendre les droits internationaux de ce dessin animé. Kirikou et la Sorcière reste mon plus gros succès en vidéo, avec près de 1,5 million de DVD vendus.

Kirikou et les Bêtes Sauvages (2005) et Kirikou et les Hommes et les Femmes (2012) ont été plus faciles à produire ?

Les moyens nécessaires étaient en place. D’ailleurs, ces films sont sortis sur près de 300 copies en France. Du coup, avec Kirikou et les Bêtes Sauvages, on a atteint le million de spectateurs beaucoup plus vite. Mais, même si les deux autres films apportent des éclairages très intéressants, pour moi, le plus beau reste le premier Kirikou.

Il y a un lien entre le nombre d’entrées enregistré par un dessin animé et ses ventes en blu-ray par la suite ?

Disney appelle ça le « taux de transformation ». L’idée, c’est que si un de leur dessin animé fait un million d’entrées en salles, un taux de transformation de 20 % équivaut à 200 000 blu-rays ou DVD vendus.

Mais selon le centre national du cinéma, en 2016, les ventes de blu-rays et de DVD ont enregistré une baisse de 15,8 %, soit 112 millions d’euros de chiffre d’affaires perdu (lire notre encadré par ailleurs) ?

On pensait que le nouvel eldorado serait la vidéo à la demande (VOD). Mais on voit bien que ce n’est pas le cas. Technologiquement, le blu-ray et le blu-ray Ultre Haute Définition (UHD) sont superbes en termes de qualité. Mais, là encore, cela n’est pas suffisant pour redresser un marché de la vidéo qui est toujours en baisse.

Le blu-ray est donc condamné au profit du téléchargement de films en VOD ou face au téléchargement illégal sur internet ?

Je ne crois pas. Avec la VOD, on regarde et on oublie.  Alors que lorsqu’on achète un blu-ray, on peut le sortir, le regarder et le montrer à ses amis. Comme avec un livre, il y a un acte de possession, que je trouve intéressant.

Votre stratégie, au début des années 2000, avec France Télévisions Distribution ?

Au fil des ans, avec France Télévisions, on a investi dans pas mal de films d’animation. Notamment avec trois grands auteurs de ce secteur qui sont Michel Ocelot, Jean-François Laguionie, avec qui j’ai fait notamment Le Tableau (2011) et Jacques-Rémy Girerd, réalisateur de La Prophétie des Grenouilles (2003). On peut aussi citer Sylvain Chomet, auteur des Triplettes de Belleville en 2003. J’ai fait une dizaine de films avec ces gens-là et une dizaine d’autres avec Didier Brunner, qui est aussi co-auteur du livre Kirikou et après, avec la journaliste Valérie Ganne, qui a analysé les faits et les chiffres, avec le recul nécessaire.

L’origine de ce livre ?

Avec Didier Brunner, on s’est dit qu’en une vingtaine d’année et à peu près autant de films d’animation, on avait accumulé une bonne connaissance de ce secteur. Thierry Frémaux, président du festival de Cannes et de directeur de l’Institut Lumière de Lyon, a souhaité s’associer à notre éditeur, Actes Sud, pour la sortie de ce livre.

 

LA-PLANETE-SAUVAGE-La-Planete-Sauvage-(1971)-de-Rene-Laloux

C’était le bon moment pour sortir ce livre ?

Avant 1998, on décompte environ 5 dessins animés, souvent peu connus du grand public, comme Le Roi et l’Oiseau (1953) de Paul Grimault (1905-1994) ou La Planète Sauvage (1971) de René Laloux (1929-2004). Mais entre 1998 et 2008, une centaine de films ont été produits. Après Kirikou et la Sorcière, tout s’est emballé.

Vraiment ?

Oui, car on est passé d’une économie de la rareté à une économie de l’abondance. Avec une vraie diversité et des films d’animation destinés aux adultes, comme Valse avec Bachir (2008) ou Persepolis (2007) par exemple. Désormais, en France, on sort 7 à 8 films d’animation par an, que ce soit pour les 5-10 ans ou pour les adolescents et les adultes. En 2016, 35 films d’animation sont sortis en France, dont 10 français, ceci sur une période plus réduite que l’année civile, puisque ceux-ci sortent généralement en périodes scolaires.

Pourquoi cette effervescence autour du dessin animé à partir de 1998 ?

À la fin des années 90, tous les grands studios, comme Universal ou Fox, ont compris que ce secteur pouvait être très rentable. Ils ont donc tous créé une division animation.

Disney a racheté le mythique studio d’animation japonais Ghibli en 2014 pour 840 millions d’euros : est-ce que Disney a éteint la magie de Ghibli ?

Ghibli, qui a été créé en 1985, était déjà distribué par Disney. L’empire Disney a lancé son propre service de vidéo, sans passer par Netflix : ils ont les catalogues nécessaires pour le faire. L’intelligence de Disney, quand les choses sont aussi spécifiques qu’avec Ghibli, c’est de les laisser dans leurs spécificités et de ne surtout pas interférer.

Aux Etats-Unis, comment des films d’animations « différents », comme Coraline (2009) d’Henry Selick, produit par Universal Pictures, parviennent à exister ?

Quand Henry Selick a cherché un compositeur pour la musique de Coraline, il est venu en France pour faire appel à Bruno Coulais. Ce qui prouve bien qu’Henry Selick a des racines avec la France. Coraline est une exception. C’est un film qui sonne comme quelque chose de très européen.

Comment s’organisent les Américains ?

Pour s’assurer du plus grand succès possible, les Américains agissent de façon très pragmatique. Illumination Entertainment, qui est le studio d’Universal et qui a notamment produit Moi, Moche et Méchant (2010), réalise près de 50 % de ses films en France. Ils ont repris un studio parisien, qui s’appelle Mac Guff. D’ailleurs, Pierre Coffin, qui a signé Moi, Moche et Méchant avec l’Américain Chris Renaud, est un réalisateur français.

Kirikou et la Sorcière a bien marché aux Etats-Unis ?

Le monde anglo-saxon a été très hypocrite avec Kirikou et la Sorcière. L’Angleterre, les Etats-Unis, la Nouvelle-Zélande ou l’Australie ont sorti ce film de façon confidentielle et marginale, parce qu’ils ont jugé que la nudité de Kirikou était insupportable. Kirikou est en effet nu et sexué et les femmes ont les seins nus. Du coup, le monde anglo-saxon a rejeté Kirikou et la Sorcière pour ces raisons-là. En France, il y a aussi eu de grosses hésitations.

Pourquoi ?

Le partenaire télévision, qui était France Télévisions, s’est demandé si cette nudité ne poserait pas un problème. Pendant quelques mois, il y a eu des hésitations.

Et aujourd’hui ?

La pureté de Kirikou est tellement évidente, que sa nudité ne pose aujourd’hui plus aucun problème. Kirikou et la Sorcière est montré à des enfants de trois ans, sans aucune difficulté.

Le cinéma européen d’animation est diffusé aux Etats-Unis ?

Oui, mais plutôt dans des circuits que l’on appellerait chez nous « art et essai ». Ce qui implique une distribution de nos films limitée. Mais on est content d’avoir réussi à amener aux Oscars des productions comme Les Triplettes de Belleville, Brendan et le Secret de Kells (2009). Il y a aussi eu Une vie de chat (2010) d’Alain Gagnol et Jean-Loup Felicioli ou encore Phantom Boy (2015), des mêmes auteurs, et Ma vie de Courgette (2015) de Claude Barras.

Pourquoi aucun de ces films ne parvient à se transformer en un succès mondial, comme sait si bien le faire Disney ?

Il manque sans doute un peu de marketing. Et puis, les productions européennes sont souvent moins consensuelles que les dessins animés américains. En Europe, l’auteur est très respecté. Il a ses exigences, son intransigeance parfois. Mais cela permet de sortir des œuvres comme les auteurs les ont conçues. Aux Etats-Unis, c’est très différent. Là-bas, on peut demander à un auteur de revoir son travail, de changer sa façon de dessiner, lui adjoindre un co-réalisateur… Mais ce serait tellement dommage que le cinéma français se plie aux diktats éditoriaux et marketing des Etats-Unis…

Le-Chateau-dans-le-Ciel-1986-Hayao-Miyazaki

En revanche, il y a des liens plus évidents entre le cinéma d’animation français et japonais ?

Les auteurs du studio d’animation japonais Ghibli, Isao Takahata, réalisateur notamment du Conte de la princesse Kaguya (2013) et Hayao Miyazaki, notamment connu pour Le Château dans le Ciel (1986) ou Mon voisin Totoro (1988), se sont tous les deux lancés dans l’animation parce qu’ils ont vu Le Roi et l’Oiseau de Paul Grimault. Pour eux, ce film a été un véritable déclic. Sans ça, Miyazaki et Ghibli n’auraient peut-être jamais fait de films d’animation.

Le-Roi-et-Oiseau-1953-de-Paul-Grimault

D’autres liens ?

Takahata a supervisé la version japonaise de Kirikou et la Sorcière. Il existe donc des échanges culturels évidents entre la France et le Japon. De plus, Ghibli est l’un des producteurs du film d’animation La Tortue Rouge (2016) de Michael Dudok de Wit, un réalisateur hollandais qui a fait sa carrière en France et qui vit en Angleterre. Son profil est à l’image des gens de ce milieu : ils sont très internationaux.

Qui sont les porte-drapeaux de l’animation française ?

C’est une génération qui est en train d’émerger actuellement. On peut citer, par exemple, Benjamin Renner qui a réalisé Ernest et Célestine (2012) et Le Grand Méchant Renard (2017). Il y a aussi Claude Barras et son film Ma Vie de Courgette (2015). En France, nous avons beaucoup d’excellentes écoles d’animation. Claude Barras est sorti de l’école Emile Cohl de Lyon, alors que Benjamin Renner a suivi les cours de la Poudrière, à Bourg-lès-Valence. En Europe, on a une vraie diversité, un savoir-faire et des équipes techniques formidable. D’ailleurs, Moi, Moche et Méchant est en partie réalisé en Europe et Ballerina (2016), est un dessin animé très proche des productions américaines, tout en étant à moitié français.

Combien coûte un film d’animation, en moyenne ?

Le devis moyen se situe à 7,3 millions d’euros. Donc, beaucoup plus que le coût moyen d’un film avec des acteurs, qui se situe entre 2 et 3 millions. Faire un film de 1h20, c’est environ 80 000 dessins, avec donc une dizaine d’images par seconde. Comme les budgets sont élevés, en Europe, on travaille sous la forme de coproductions, avec d’autres pays. Par exemple, on a fait Ernest et Célestine en coproduction avec la Belgique et le Luxembourg. Le budget global était de 10 millions d’euros. Alors que les Américains travaillent seuls, le plus souvent.

C’est compliqué de travailler avec les professionnels de ce secteur ?

Dans le monde de l’animation, les contacts sont simples, il n’y a pas de vedettes. Les gens n’ont pas la grosse tête. En plus, il n’y a pas d’acteurs. Les acteurs, ce sont les animateurs qui font bouger les personnages.

Mais souvent, les doublages des voix sont assurés par des acteurs très connus !

C’est vrai qu’avoir Lambert Wilson qui fait une voix, ça assure quelques passages dans des journaux télévisés…

Parfois, les enfants ont un peu de mal à passer du dessin des productions américaines, très calibré, à celui des dessins animés européens ou japonais, très différents et plus libre dans leurs formes ?

Pour les enfants, le numérique, c’est le dessin du dessin animé qu’ils voient à la télévision. Alors que, finalement, le dessin d’Ernest et Célestine est beaucoup plus proche d’un vrai dessin, puisqu’il est inspiré par une peintre belge, Gabrielle Vincent. Quand on montre à un enfant des animations en volume, comme Wallace et Gromit : a close shave (2002), Chicken Run (2000) Les Pirates ! Bons à rien, mauvais en tout (2012) ou Shaun le Mouton (2015), il est dérouté.

Les productions françaises se vendent bien à l’étranger ?

Le cinéma français d’animation s’exporte très bien par rapport au cinéma traditionnel. La France est le troisième pays exportateur d’animation, après les Etats-Unis et le Japon. L’animation est d’ailleurs, et de loin, le principal répertoire d’exportation des œuvres audiovisuelles françaises.

Et pour les entrées ?

Pour ce qui est des entrées, le cinéma d’animation, de toutes origines, représente 4,9 % des films sortis sur l’année. Mais il pèse 17,6 % des entrées de l’année, soit 34 millions d’entrées en 2016.

Les Etats-Unis dominent ?

Les films américains dominent bien évidemment le marché, mais les films français d’animation représentent toutefois 28,6 % du marché total de l’animation.

Face à un film d’animation américain, une œuvre européenne aura toujours du mal à obtenir un succès mondial ?

En Europe, on a un sens de l’œuvre et de l’auteur qui limite peut-être le potentiel commercial, mais qui nous permet aussi des réalisations artistiques de qualité exceptionnelle. Donc, tant que l’équilibre économique nous permet d’enchaîner ainsi d’autres productions par la suite, l’animation française et européenne ne devrait pas rencontrer trop de difficultés.

Vos projets ?

Pour fêter les 20 ans de la sortie de Kirikou et la Sorcière, on a invité Michel Ocelot fin 2018, avec les archives audiovisuelles de Monaco. On proposera quelques projections de ses films, une masterclass et il ira à la rencontre des étudiants. Ce devrait être en décembre 2018, mais la date exacte reste à préciser. Tout ça coïncidera avec la ressortie au cinéma de Kirikou et la Sorcière, avec un son et une image remis à niveau.

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1. Kirikou et après… de Jean-Paul Commin, Valérie Ganne et Didier Brunner (Actes Sud junior, Institut Lumière), 208 pages, 36,90 euros.
2) En 1998, Bernard Génin écrit à propos de Kirikou et la Sorcière dans Télérama : « Michel Ocelot, nous livre un dessin animé drôle et vif. Il donne à cette histoire des résonances intemporelles, en évitant pesanteur et didactisme.  »

 

 Le marché français de la vidéo poursuit sa chute

Selon les chiffres du centre national du cinéma (CNC) et de GFK, les ventes de blu-rays et de DVD, estimées à 595,53 millions d’euros en 2016, ont baissé de 15,8 %, soit un effondrement de 112 millions (-16,8 % pour le DVD à 446,8 millions d’euros et 148,82 millions d’euros pour le Blu-ray, en repli de 12,7 %). Malgré l’arrivée du blu-ray ultra haute définition (UHD), les ventes de DVD représentaient 75 % des recettes et 84 % des volumes en 2016. Les ventes de Blu-rays ultra HD ont atteint 1,8 million d’euros de chiffre d’affaires pour 64 000 disques vendus à un prix moyen de 28 euros. Il faut dire qu’en 2016, le parc français de téléviseurs 4K capables d’afficher le contenu de blu-rays UHD se limitait à 1,6 million pour seulement 7 500 lecteurs blu-rays UHD. À ce rythme, cette nouvelle technologie ne permettra pas d’inverser la courbe des ventes qui chute depuis plus d’une dizaine d’années (1,5 milliard de chiffre d’affaires en 2010, contre 995 millions en 2016). Pourtant, en France, le marché « physique » pèse encore 63 % du marché, alors qu’aux Etats-Unis, le marché dématérialisé a atteint 56,4 % des ventes. Le marché de la vidéo à la demande (VOD) est passé de 312 millions en 2015, à 344 millions en 2016. Il progresse donc, mais lentement : la VOD locative à l’acte est en baisse à 167 millions, l’achat définitif est estimé à 68 million et le marché de la subscription video on demand (SVOD, ou vidéo à la demande avec abonnement mensuel qui donne droit en accès illimité à un catalogue, comme Netflix par exemple) a atteint 109 millions, soit une hausse de 36 %. En 2016, 2,2 millions de français étaient abonnés à la SVOD. Pour 2017, GFK estime que les ventes vont poursuivre leur baisse à 910 millions (-4 %), avec des ventes « physiques » à 540 millions (-10 %) et des ventes dématérialisées en hausse de 7 %, à 370 millions. Même si la SVOD continue sa percée, cela restera, pour le moment, très insuffisant pour compenser la chute globale du marché de la vidéo français.
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Le conseil d’administration des European Animation Awards (EAA), avec, de gauche à droite, Paul Young (vice-président, producteur de Brendan et le secret de Kells, Le chant de la mer), Didier Brunner (vice-président France et producteur de Kirikou et la Sorcière, Les Triplettes de Belleville, Ernest & Célestine), Jean-Paul Commin (secrétaire général) et Peter Lord (président, fondateur et dirigeant du Studio Aardman : Wallace et Gromit, Chicken Run, Shaun le mouton…). © Photo Sénéchal Eva

Les Emile Awards sacrent Ma vie de Courgette

Créés en 2015 par Jean-Paul Commin et présidée par le réalisateur britannique et auteur de Wallace et Gromit : a close shave (2002) Nick Park, les European Animation Awards (EAA), ont proposé la première édition de leurs Emile Awards. « Le père de l’animation, est un Français qui s’appelle Emile Reynaud (1844-1918). Et le deuxième père de l’animation s’appelle Emile Cohl (1857-1938). On a donc décidé que nos trophées seraient des Emile Awards », explique Jean-Paul Commin, 67 ans. Dix-sept trophées ont été attribués le 8 décembre 2017 à Lille. Ma vie de Courgette (2015) de Claude Barras a été élu meilleur film d’animation, devant La Tortue Rouge (2016) et Le Grand Méchant Renard et autres contes (2017). Le film de Claude Barras a aussi obtenu l’Emile Awards du meilleur scénario et de la meilleure bande son. Avec les Emile Awards, Commin indique vouloir ainsi « célébrer la richesse et la diversité de l’animation européenne. On a commencé par Lille. Mais on sera itinérant. Peut-être qu’on viendra un jour à Monaco ? ». R.B.

L’ensemble du palmarès 2017 des Emile Awards est à consulter par ici : http://animationawards.eu/nominees/

journalistRaphael Brun