Primo !
La démonstration de force

Raphael Brun
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Stéphane Valeri a officiellement lancé sa campagne électorale le 22 novembre, en présentant les 24 candidats de sa liste Primo !, devant environ 800 personnes. L’occasion aussi de multiplier les propositions et d’égratigner ses concurrents des deux autres listes, Jean-Louis Grinda et Béatrice Fresko-Rolfo.

Ils en sont persuadés. Stéphane Valeri et sa liste Primo ! seront très largement élus le 11 février 2018. Lors du premier meeting de Primo !, le 22 novembre 2017, la confiance régnait. « La seule inconnue, c’est de savoir combien de sièges aura l’opposition », estime Fabrice (1), un convaincu de la première heure. « Dès que Stéphane Valeri a annoncé sa candidature, j’ai décidé de voter pour lui », ajoute ce trentenaire. Un peu plus loin, c’est le même optimisme qui prédomine : « Il se pourrait même que les deux autres listes de Jean-Louis Grinda et Béatrice Fresko-Rolfo finissent par fusionner, tellement elles sont en position de faiblesse », glisse Annabelle (1). Une certitude, la salle Léo Ferré réservée pour l’occasion par Stéphane Valeri et ses colistiers était bien remplie. « Vous êtes au moins 800 à vous être déplacés ce soir. Je vous remercie ! », a lancé la tête de liste de Primo !, en ouverture de cette première grande réunion politique.

« La responsabilité totale de son échec [des logements domaniaux sur l’extension en mer — N.D.L.R.] incombe à M.  Nouvion et à sa façon de faire de la politique »

Jean-Michel Cucchi. Elu NM

Absences

Accueilli par une “standing ovation” lors de son entrée sur scène, Stéphane Valeri n’a pas manqué de rappeler qu’avec 850 adhérents, Primo ! avait atteint un « chiffre historique » pour un mouvement politique monégasque. Avant de présenter les 23 autres candidats de sa liste, Valeri a cédé la parole à celui qu’il a qualifié d’« ami », Jean-Michel Cucchi. Elu Nouvelle Majorité (NM) sortant et président de la commission du logement, Jean-Michel Cucchi, qui ne sera pas candidat avec Primo !, n’a pas fait le déplacement pour rien. Sans se cacher, cet élu s’est dit « frustré et déçu », avec « le sentiment que l’on aurait pu mieux faire » pendant la mandature 2013-2018 au Conseil national, notamment dans le secteur du logement. Ou encore dans le cadre du dossier de l’extension en mer, dont il a jugé la gestion « calamiteuse », et qui a débouché sur un projet dans lequel les Monégasques « ne pourront pas se loger ». Dans la mire de Jean-Michel Cucchi, un seul responsable, Laurent Nouvion : « Il faut bien comprendre que ce dossier aurait dû et pu être géré politiquement en début de mandat. La responsabilité totale de son échec incombe à M. Nouvion et à sa façon de faire de la politique. » Jean-Michel Cucchi n’a pas manqué l’occasion de donner son point de vue sur les candidatures de la tête de liste Union Monégasque (UM) Jean-Louis Grinda et Horizon Monaco (HM), Béatrice Fresko-Rolfo. Taxé d’« européiste convaincu », Grinda a été décrit comme quelqu’un qui voudrait « bien imprudemment ébranler nos équilibres institutionnels en proposant la mise en place d’un droit d’amendement budgétaire ». Avant de poser une question : « Compte-t-il imposer à notre souverain une réforme constitutionnelle contre sa volonté ? ». Alors que Jean-Louis Grinda est farouchement opposé à la professionnalisation des élus du Conseil national, Jean-Michel Cucchi en a profité pour souligner ses fréquentes absences dues à ses obligations professionnelles. La tête de liste UM est directeur de l’opéra de Monte-Carlo et directeur des Chorégies d’Orange depuis le 1er juin 2016. « Pense-t-il que l’on peut diriger le Conseil National en intermittent du spectacle et de la politique ? », a questionné Cucchi. Avant d’ajouter un peu plus loin : Stéphane Valeri a « annoncé qu’il allait se consacrer à plein temps à sa fonction. Ceux qui le connaissent savent qu’il entend par « à plein temps » au moins 80 heures par semaine. » Une réalité qui a poussé Cucchi à demander au public s’il ne trouverait pas « injuste » que le président du Conseil national ne puisse pas « bénéficier d’un statut lui assurant une couverture maladie et une prise en compte pour la retraite ? Ce serait la moindre des choses, il me semble ». Toujours au chapitre des retraites, celle des fonctionnaires a été abordée par le candidat Patrick Rinaldi, président de l’association des fonctionnaires monégasques (AFM). Et pour le financement, qui inquiète pas mal d’élus au Conseil national, son discours a été sans ambigüité : « La méthode de calcul pour établir le montant des retraites : on ne touche pas ! Les trois classes : on ne touche pas ! La moyenne des six derniers mois : on ne touche pas ! N’en déplaise à tel, ou à untel, c’est non négociable. Et « tel », vous l’écrivez comme vous voulez… »

« La méthode de calcul pour établir le montant des retraites : on ne touche pas ! Les trois classes : on ne touche pas ! La moyenne des six derniers mois : on ne touche pas ! N’en déplaise à tel, ou à untel, c’est non négociable. Et « tel », vous l’écrivez comme vous voulez… »

Patrick Rinaldi. Candidat Primo !

 

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Méthode

Dans la foulée, Béatrice Fresko-Rolfo (HM) a été présentée comme la « digne héritière de Monsieur Nouvion, qui, avant même de proposer un programme sans vous avoir consulté [les Monégasques — N.D.L.R.], a annoncé vouloir d’une présidence collégiale. Nous y voilà ! Pas de leadership assumé, alors que cette institution a besoin d’une présidence forte, pour être un interlocuteur respecté ! ». Pour Jean-Michel Cucchi, aucun doute : seul Stéphane Valeri « possède toutes les qualités » pour « garantir un Conseil national fort et efficace ». C’est d’ailleurs un peu le leitmotiv de ce premier meeting : la plupart des 24 candidats Primo ! ont insisté sur cette notion de fermeté face à un gouvernement qui a pu, selon eux, un peu trop manœuvrer à sa guise ces derniers temps. Par deux ou par trois, les 23 candidats ont pris la parole par deux fois et sur une thématique précise, selon une méthode bien rodée. D’abord par une courte séquence vidéo, diffusée sur un écran géant, dans laquelle les élus ont pu se présenter, parfois mutuellement. Puis, par une prise de parole de quelques minutes sur scène. L’occasion de reprendre des propositions déjà entendues lors des 12 réunions des pôles d’écoute et de proposition (Pep’s). Qualité de vie, éducation, santé, sport, jeunesse et insertion professionnelle, logement, Société des Bains de Mer (SBM), fonction publique, Europe… Chaque thème a été abordé pendant près d’une dizaine de minutes.

« Réalisme »

Pour s’attaquer aux nuisances qui dégradent la qualité de vie à Monaco, le candidat Franck Julien (voir la liste des candidats Primo ! par ailleurs), a proposé « d’imposer aux chantiers » des normes « strictes, à faible nuisance environnementale » et d’encadrer « strictement », là-encore, les horaires de chantiers. Enfin, Franck Julien a demandé la généralisation de l’implantation de capteurs de bruits un peu partout dans la Principauté « et pas seulement sur les chantiers ». Les relevés issus de ces capteurs de bruits seraient une base qui permettrait, si nécessaire, de sanctionner les responsables du chantier incriminé. « Nous allons demander la mise en place d’une commission interministérielle de la qualité de vie à Monaco qui coordonnera les efforts d’équipes déjà constituées et compétentes », a ajouté ce candidat, en expliquant que cette commission publierait un « indice de la qualité de vie » pour « mesurer les nuisances » et « vérifier les efforts entrepris ». Franck Julien a aussi demandé la possibilité pour les Monégasques de contester des dérogations d’horaires pour des travaux qu’ils jugeraient excessives. La qualité de vie, c’est aussi la question du futur de l’usine d’incinération qui doit être totalement reconstruite à Fontvieille, à proximité d’un collège, ce qui inquiète le candidat Roland Mouflard. Il a donc demandé que « toutes les pistes soient explorées avec réalisme et sans démagogie ». Enfin, Mouflard a ouvert le dossier Monaco Telecom : « À l’aube de 2018, peut-on tolérer de ne pas avoir la fibre chez soi ? En situation de monopole, c’est la responsabilité de l’Etat d’imposer à son concessionnaire d’être raisonnable sur les prix et les services et non pas juste d’encaisser des dividendes. »

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MC Boost

Autour du thème de l’éducation, Christophe Robino, déjà élu et qui a donc décidé de se présenter à nouveau, a réclamé une revalorisation de 50 % du montant des bourses pour tous les étudiants, avec une prise en compte dans le calcul de l’éloignement géographique. Une demande justifiée, estime Robino, par le fait que les bourses d’études ne pèsent que 2,8 millions d’euros, « soit moins de 0,2 % du budget global de l’Etat. Chaque année, c’est près de 500 000 euros de ce budget qui ne sont pas attribués, alors que le montant moyen des bourses est inférieur à 5 000 euros, soit moins de 400 euros par mois ». Pour accompagner les enseignants, Christophe Robino a aussi demandé la création d’un centre de formation pédagogique pour l’enseignement secondaire, sur le modèle de ce qui existe pour le primaire. « Avec Primo !, nous défendrons, comme pour tous les fonctionnaires, le maintien de leur pouvoir d’achat et l’attribution de la prime de fin d’année de 600 euros. Nous nous battrons pour défendre leurs retraites », a promis Christophe Robino, qui entend bien ne laisser « personne sur le bord du chemin, ni les parents, ni les enfants, ni la communauté éducative ». Dans la foulée, Marc Mourou a rappelé une mesure pour doper l’insertion professionnelle : le MC Boost. Installé dans un « business center domanial », le MC Boost sera là pour faciliter « les démarches administratives, logistiques, financières. Mais surtout de permettre à tous ces entrepreneurs de se domicilier au sein d’un business center domanial, dont nous demandons la création. Il sera réservé aux Monégasques, et enfin, à des prix abordables ».

« Plus haut »

La très centrale question du logement a été abordée par l’ancien élu et candidat, Fabrice Notari, qui a résumé la mandature 2013-2018 par « une suite d’occasions ratées par la majorité conduite par M. Nouvion et Mme Fresko, notamment en début de mandature, quand tout se décide. Pourquoi aucune surface habitable réservée aux Monégasques n’a été prévue sur l’extension en mer ? ». Selon Notari, en mettant dans la balance le vote d’une loi de désaffectation, il y avait « largement les moyens » de négocier ce point avec le gouvernement. « La pénurie est là. Lors de la prochaine commission d’attribution d’appartements domaniaux, sur 500 demandes environ, environ 200 pourront être satisfaites. On l’a déjà dit : pour résorber cette pénurie, il faut construire 100 nouveaux appartements par an », a insisté Notari. Pour rendre cette volonté réalisable, il faudra miser sur plusieurs projets que ce candidat a listés, en commençant par le « projet de l’esplanade des Pêcheurs qui passera par une loi de désaffectation. Dès 2018, il est possible de négocier la construction de logements domaniaux ». Cet ancien élu a aussi rappelé la première phase du chantier du Grand Ida, qui pourrait démarrer d’ici 2019. Enfin, il y a aussi les travaux à l’Annonciade II, qui pourraient, pour leur part, être lancés en 2021, avec à la clé « des centaines de logements domaniaux. » Autre piste : « L’extension et la surélévation de l’espace commercial de Carrefour, à Fontvieille, peuvent permettre de construire 80 logements », estime Fabrice Notari. Avant de conclure, sous une salve d’applaudissements : « Si nous sommes élus en février 2018, nous nous engageons à refaire du logement LA priorité absolue ». Dans la foulée, le candidat Franck Lobono en a profité pour ajouter une série de mesures concrètes pour doper la mobilité des locataires dans le secteur domanial. À commencer par la création de l’aide nationale à la mobilité (ANM) pour compenser la différence de loyer pour ceux qui acceptent de changer d’appartement. Accepter la mobilité serait aussi récompensée par l’obtention d’un appartement avec une pièce supplémentaire, a plaidé Lobono : « Cette mesure pourrait s’autofinancer. Car les grands appartements libérés pourront être remis à neuf et reloués par l’administration des domaines à un tarif actuel. » Quant au secteur protégé, qui, peu à peu disparaît, Franck Lobono a avancé une solution : « Quand un promoteur rachète un immeuble dans lequel il y a des surfaces d’appartements qui sont protégées par la loi, il sera autorisé à construire plus haut, en contrepartie de la reconstruction du même nombre de logements destinés au secteur protégé que ceux détruits. » Enfin, pour obtenir encore quelques appartements supplémentaires, ce candidat a proposé une autre possibilité : « On sait que lorsque l’Etat permet de reconstruire un immeuble plus haut, il touche de l’argent. À la place, on propose que l’Etat demande des appartements domaniaux pour les Monégasques, dans tous les immeubles, dans tous les quartiers. Il faut placer l’humain avant la finance. »

« Quand je lis – et pas uniquement chez M. Grinda – qu’un partenariat avec l’UE, « ça serait plus de souveraineté »… j’en tombe de ma chaise. Comment peut-on sérieusement penser que ce sera le cas ? »

Thomas Brezzo. Candidat Primo !

Europe

Bien sûr, comme depuis des mois, il a aussi été question des négociations entre Monaco et l’Union européenne (UE) pour aboutir à un accord d’association. Le candidat Thomas Brezzo a commencé son intervention par une question : « Quand je lis — et pas uniquement chez M. Grinda — qu’un partenariat avec l’UE, « ça serait plus de souveraineté »… j’en tombe de ma chaise. Comment peut-on sérieusement penser que ce sera le cas ? » Pour Brezzo, aucun doute : « Inévitablement, une grande partie de nos lois ne sera plus dictée par l’intérêt de Monaco mais par celui de l’UE et, pour ma part, je ne peux pas m’y résoudre. » Tout en maintenant l’importance accordée à « l’ouverture », Primo ! a multiplié les appels à la vigilance. Thomas Brezzo a avancé une solution, en citant un rapport de la commission européenne, publié sur le site du gouvernement, qui évoque des « accords sectoriels » qui permettraient, et là, ce candidat a cité le rapport, « d’adapter les dispositions des accords aux besoins particuliers de chaque pays et offrirait une certaine souplesse. » Sauf que cette hypothèse semble avoir été écartée. « Le motif, c’est qu’elle « exigerait des efforts de négociation plus importants. », a ajouté Brezzo. Pour ma part, je pense sincèrement que Monaco mérite pleinement que tous les efforts soient faits pour tenir compte de nos spécificités et préserver notre souveraineté. » Conseiller-ministre de gouvernement pour les relations extérieures et la coopération internationale dans le gouvernement de Michel Roger du 1er janvier 2011 au 22 février 2015, José Badia, autre candidat Primo !, a lui aussi posé une question : « Croyez-vous que nous discuterons ces sujets “d’égal à égal” avec les Etats membres de l’Union, comme l’a déclaré dernièrement M. Grinda ? Il y a de quoi en douter. Les contacts que j’ai eus à Bruxelles, auprès de l’UE, dans le cadre de mes fonctions diplomatiques, m’ont apporté la preuve du contraire. »

« Ratés »

Mais le moment fort de cette soirée a été le discours de la tête de liste Primo !, Stéphane Valeri. Il a pu évoquer l’hypothèse d’un rapprochement entre la liste UM et HM. Jugeant qu’ils « pensent à peu près le contraire sur l’essentiel, et notamment sur l’Europe et les institutions », Valeri a estimé qu’une fusion serait « le mariage de la carpe et du lapin, la certitude d’une assemblée à nouveau divisée et, de ce fait, la poursuite de l’effacement du Conseil national. » Puis, il a expliqué pourquoi il avait quitté le gouvernement, après 7 ans et demi passés à la tête du département des affaires sociales et de la santé : « Je constatais de plus en plus de divergences au sein du gouvernement. Or, dans un gouvernement on ne peut agir que dans le champ de ses propres responsabilités. » Mais « inquiet » sur le logement qui, « aussi étrange que cela puisse paraître, relève à Monaco des finances », sur l’Europe « qui relève des relations extérieures », sur la qualité de vie « qui relève de l’equipement » ou sur la fonction publique « qui relève du ministre d’Etat », Valeri a décidé de démissionner. Puis, en prenant deux exemples concrets de désaffectations de terrains de l’Etat, il a, à son tour, mis en avant des « rendez-vous ratés ». Pour la désaffectation d’une parcelle de terrain public autour de l’ancien Sporting d’Hiver, indispensable aux dirigeants de la Société des Bains de Mer (SBM) pour leur projet de Monte-Carlo One, Stéphane Valeri a lancé : « C’était l’occasion unique de refaire jouer à l’Etat son rôle d’actionnaire majoritaire, en exigeant des dirigeants qu’ils remettent les jeux et la priorité nationale pour les Monégasques, au cœur de leur stratégie. Aussi bien l’équipe de M. Nouvion et Mme Fresko, que celle de M. Grinda, n’ont rien demandé. » Deuxième exemple : l’extension en mer, qui ne comptera aucun immeuble avec des logements domaniaux, au grand regret du leader de Primo ! : « M. Nouvion, président pendant trois ans de l’assemblée, n’avait pas agi en amont pour préparer le vote dans l’intérêt des Monégasques. Où sont passés ce soir-là le courage et les convictions de M. Nouvion, de Mme Fresko, de leur groupe politique, mais aussi le courage et les convictions de M. Grinda et de son groupe politique, qui ont tous voté comme un seul homme en faveur de ce projet de loi, sans obtenir ni même demander des logements, des bureaux et des commerces pour l’Etat et donc pour les Monégasques et leurs enfants ? ». Stéphane Valeri a donc promis que lui et ses colistiers ne voteraient jamais aucune désaffectation de terrain public pour un projet privé sans une « compensation équitable pour l’Etat, notamment à travers des logements pour les Monégasques ».

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« Comment peut-on imaginer que Mme Fresko et ses amis feraient demain ce qu’ils ont été incapables de faire pendant les trois premières années du dernier mandat ? »

Stéphane Valeri. Tête de liste Primo !

 

« Pragmatique »

Quant aux négociations avec l’UE, après avoir rappelé qu’il avait « soutenu » la volonté du Prince Rainier III de faire adhérer Monaco au Conseil de l’Europe en avril 2004, Valeri a souligné : « On ne peut donc pas me taxer d’être un anti-européen ». Si le Prince Albert martèle qu’il n’est pas question de dépasser certaines « lignes rouges » dans le cadre de ces négociations, pour le moment, le leader de Primo ! s’interroge : « Le gouvernement n’est pas en mesure de présenter précisément ces lignes rouges. Avec Primo !, nous voulons comprendre les enjeux et peser avec lucidité les avantages, les inconvénients et les risques liés à cette négociation. C’est une attitude responsable et politiquement saine, car le Conseil national a le pouvoir de ratifier ou non un éventuel traité ». En promettant de se montrer « pragmatique », Stéphane Valeri a ajouté : « À l’issue des négociations, nous ferons deux colonnes : les plus pour Monaco et les Monégasques et les moins de l’autre. Et notre décision ne sera dictée que par le seul intérêt supérieur du pays et des Monégasques. Voilà notre position : elle est très claire. » Quant au vote du 11 février 2018, la tête de liste Primo ! se positionne comme seule alternative face aux listes présentées par Jean-Louis Grinda et Béatrice Fresko-Rolfo. Il a d’ailleurs renvoyé UM et HM dos-à-dos, avec « d’un côté M. Grinda, chantre de l’amendement budgétaire et du changement de la Constitution, européiste convaincu et soutien inconditionnel de l’actuelle politique menée à la SBM. De l’autre, Mme Fresko, dont le mentor politique et soutien actif dans cette campagne est Laurent Nouvion, avec l’impuissance reconnue de ses méthodes. » Avant d’ajouter : « Avec eux, c’est beaucoup de bruit pour rien, et c’est à coup sûr un Conseil national greffier du gouvernement. » Pour Stéphane Valeri, c’est une certitude, HM et Béatrice Fresko-Rolfo, sont les plus mal placés pour diriger le Conseil national : « Comment peut-on imaginer que Mme Fresko et ses amis feraient demain ce qu’ils ont été incapables de faire pendant les trois premières années du dernier mandat ? Ces années où ils dirigeaient la haute assemblée et qui déterminent la réussite, ou non, d’une législature ? ». La question est restée en suspens. Mais la réponse des intéressés ne devrait pas tarder.

 

(1) Les prénoms ont été modifiés à la demande des personnes interrogées.

 

Stéphane Valeri est-il un « dictateur » ou un « tyran » ?

«Certains des adversaires de Stéphane Valeri, si ce n’est tous, voudraient le faire passer pour une sorte de dictateur et de tyran. Qu’est-ce que tu aurais à dire à ce sujet ? » a demandé Romain Fondacaro Ginepro à Franck Julien. Une question très directe à laquelle ce candidat a immédiatement répondu, sans lire de notes. Julien a estimé que cette description est « tellement à l’opposé de la personne que je connais, que ça en devient ridicule… Beaucoup de gens ici ont participé aux 12 réunions préparatoires : ce n’est pas le comportement de quelqu’un qui se comporterait comme un dictateur. Tout ça est un aveu de faiblesse de la part de nos adversaires. C’est tellement plus facile de s’attaquer à la personne qu’à ses idées… Tout ça est grotesque et dérisoire. » Avant d’ajouter : « Stéphane est un démocrate dans l’âme. C’est quelqu’un qui sait écouter et qui sait prendre en compte l’avis des autres. C’est aussi un leader et un homme de convictions. Et je crois que l’on a besoin de quelqu’un comme ça à la tête du Conseil national. » R.B.

La savante composition de Primo !

Dans son discours, Stéphane Valeri a commencé par détailler la composition de sa liste. « Si nous gagnons cette élection, le Conseil national sera l’un des parlements du monde avec la plus grande proportion de jeunes de moins de 33 ans soit un quart des candidats, a commencé la tête de liste Primo !. Certains parlent des jeunes. Nous, nous leur donnons la parole et des responsabilités. » Un tiers de la liste repose sur des femmes, « alors qu’il n’y a que cinq femmes dans l’assemblée sortante », a souligné Valeri. Enfin, pour l’expérience, l’ancien conseiller-ministre et ex-président du Conseil national a misé sur trois conseillers nationaux sortants et cinq anciens élus ou anciens conseillers de gouvernement, dont lui-même. « Cela fait un tiers de personnes expérimentées, qui connaissent parfaitement le fonctionnement des institutions : c’est indispensable ! », a jugé Stéphane Valeri. R.B.

journalistRaphael Brun