La Formule E
des possibles pour Venturi

Sophie Noachovitch
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Samedi 2 et dimanche 3 décembre, les deux pilotes Maro Engel et Edoardo Mortara s’élanceront sur la piste de Hong Kong pour la première course du championnat du monde de Formule E, le championnat du monde de monoplaces électriques. Une nouvelle saison pleine de promesses pour leur écurie monégasque, Venturi GP.

Leur équipe les surnomme Starsky et Hutch, tant ils sont complices. L’Allemand Maro Engel, résident monégasque, et l’Italo-suisse Edoardo Mortara, respectivement 32 et 30 ans, forment l’équipe de choc de l’écurie Venturi GP. Le 22 novembre, lorsque Monaco Hebdo va à leur rencontre, leur complicité est évidente. En pleine séance photo, les deux hommes plaisantent, chahutent même un peu, dans leurs nouvelles combinaisons de course. Nulle trace de pression, à seulement 10 jours d’un rendez-vous important. Samedi 2 et dimanche 3 décembre, ils porteront les couleurs de l’écurie monégasque lors de la première course du championnat du monde de Formule E, à Hong Kong. « J’ai vraiment hâte de commencer cette saison, lance Maro Engel, qui pilote pour la seconde année une monoplace électrique de chez Venturi. J’ai eu pas mal de soucis techniques l’an dernier. Du coup, j’ai hâte d’aller décrocher les places qu’on aurait pu décrocher l’an dernier. » Il faut dire que sur la saison 2016-2017, l’équipe Venturi GP a cumulé avaries, dégradation de ses voitures lors des collisions sur piste… Ce qui a fatalement pénalisé les pilotes.

Stratégie

Mais avec l’arrivée d’Edoardo Mortara, la “team” comme ils l’appellent, repart avec une nouvelle énergie et un optimisme au top. Mortara, pilote aguerri sur véhicules thermiques, découvre cette année la Formule E, et se lance en novice. « Je rejoins Venturi parce qu’il y a un intérêt pour ce championnat, explique le pilote. C’est une bonne opportunité. » Une façon aussi de se remettre en question. Car la conduite d’une monoplace électrique n’a rien à voir avec les véhicules qu’il a l’habitude de piloter. « Mais pas forcément pour les raisons que l’on croit, pointe Maro Engel. Les Formule E ne sont pas équipées de pneus slicks et la batterie est une grosse masse qui induit une répartition du poids de la voiture très différente. Et puis, il y a aussi le couple instantané de l’électrique… Toutes ces différences posent un grand challenge au pilote. » Pour Maro Engel, le Formule E est une catégorie « super excitante, plus complexe qu’une essence », où le pilote ne se contente pas de piloter son engin, mais doit aussi faire preuve de stratégie quant à l’usage de ses réserves de batterie.

 

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« Par rapport aux autres équipes, on a énormément de marge de progression. Même si les autres aussi, s’améliorent, on veut s’améliorer plus vite » 

Edoardo Mortara. Pilote Venturi

 

28 kW

Contrairement à une essence où les pilotes peuvent s’arrêter pour faire le plein, ici, lorsque la monoplace électrique se place sur la ligne de départ, sa batterie est pleine de toute l’énergie qui lui sera — et devra être — nécessaire à la course. « Il faut donc savoir gérer sa consommation d’énergie, confirme Edoardo Mortara. On a au total 28 kW pour toute la course. Chacun est libre de disposer de l’énergie comme il le veut. Il peut pousser comme un malade, mais il aura ensuite des problèmes pour finir la course, car il risque de manquer d’électricité. Alors qu’on peut consommer moins, rouler un tout petit peu moins vite et finir la course tranquille. »

 

Qualités

Des choix stratégiques d’autant plus importants que les circuits de Formule E, en ville, sont peu propices aux pointes de vitesse — même si ces véhicules peuvent atteindre les 220 km/h — mais requièrent de grandes qualités de pilotage et de gestion d’énergie. Pour sa première saison dans le domaine, Edoardo Mortara assure ne pas appréhender. « Je ne sais pas trop à quoi m’attendre. J’aimerais bien gagner des courses, je ne sais pas si c’est possible. » Le jeune homme ne demande qu’à faire ses preuves et à être l’un des acteurs de l’évolution de son écurie. « Par rapport aux autres équipes, on a énormément de marge de progression. Même si les autres aussi, s’améliorent, on veut s’améliorer plus vite. » Edoardo Mortara s’est ainsi fixé comme objectif de réduire le fossé qui sépare son équipe des autres.

Macao

Une ambition nullement prétentieuse au regard de la victoire d’Edoardo Mortara dimanche 19 novembre à Macao, lors de la Coupe du monde FIA GT, à Macao. Ce pilote a en effet terminé premier la course sur Mercedes-AMG DTM, devenant ainsi champion du monde de la discipline. Maro Engel, l’a rejoint sur le podium, en décrochant une troisième place. « On a connu énormément de succès à Macao, commente ce dernier. Edoardo me distance encore en nombre de victoires. Ce weekend [le 19 novembre — N.D.L.R.], j’étais bien parti pour gagner cette course. Malheureusement, j’ai eu un souci technique en phase de qualification. Et je ne suis parti que huitième. » Le pilote est néanmoins parvenu à terminer troisième, ce qui est une belle performance. Et il se dit heureux que son équipier de Formule E ait décroché la première place. C’est aussi une perspective positive pour se lancer dans le championnat du monde de Formule E. « Ça booste le moral des troupes, confirme Edoardo Mortara. C’est bien pour la confiance pour tout pilote, tout athlète de haut niveau. » Pour Maro Engel, même son de cloche : « C’est une super motivation pour nous, pour toute l’équipe Venturi. Hong Kong est juste à 30 minutes de Macau. C’est beaucoup d’énergie positive. »

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« La victoire d’Edoardo à Macao est une super motivation pour nous, pour toute l’équipe Venturi. Hong Kong est juste à 30 minutes de Macao. C’est beaucoup d’énergie positive. »

Maro Engel. Pilote Venturi

 

Concurrence

Du côté de Venturi GP, on insiste sur le fait que cette saison 2017-2018 constitue un gros challenge. « Le niveau général de la compétition est important, souligne-t-on du côté de la communication de l’écurie. Le plateau des pilotes est en hausse. » Les constructeurs aussi. Audi est entré très officiellement dans la Formule E en septembre dernier. « Auparavant, Audi concourrait sous son label Audi Sport Abt. Maintenant, c’est en son nom propre, précise-t-on chez Venturi. Mercedes et Porsche arrivent dans deux saisons. La compétitivité va être en hausse. » Bien conscients d’être des « tous petits » au cœur des constructeurs automobiles, Venturi ne perd pourtant pas confiance. « Ça nous plait de nous confronter à des grands. » Pour ne pas se laisser distancer, Gildo Pallanca Pastor, président de Venturi GP, vient de décider de se rapprocher de l’un de ces grands, HWA, l’entité compétition de Mercedes AMG qui participe notamment, en tant qu’écurie, au championnat DTM. « Ils vont nous apporter leur expertise », assure-t-on chez Venturi. « Mais sans ingérence », assure-t-on. Les monoplaces électriques sont désormais parées du gris Mercedes, pour marquer cette alliance.

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« C’est en droite ligne avec ce qu’on vit à Monaco, une des grandes volontés du Prince Albert II est de promouvoir le véhicule électrique. C’est un choix pour notre futur »

Maro Engel. Pilote Venturi

 

« Précurseur »

Une évolution qui devrait permettre à l’écurie monégasque de rester dans la course. Ce qui tient forcément très à cœur de son président, précurseur dans le domaine de la voiture électrique. En effet, lorsqu’il a racheté Venturi en 2001, il s’agissait d’un constructeur de véhicules thermiques. Gildo Pallanca Pastor prend alors deux décisions importantes : passer à l’électrique et installer son entreprise à Monaco. « Gildo Pallanca Pastor a été précurseur, insiste Maro Engel. Il a eu une vision dans ce domaine en lançant Venturi dans l’électrique, à une période où peu de gens pensaient à cette énergie. » Ce résident monégasque indique que, pour lui, c’est d’autant plus évident en Principauté que « c’est en droite ligne avec ce qu’on vit à Monaco, une des grandes volontés du Prince Albert II est de promouvoir le véhicule électrique. C’est un choix pour notre futur. »

« Efficace »

Ce pilote n’est pas un défenseur du tout électrique. Il estime d’ailleurs que les voitures thermiques ne vont certainement pas disparaître, mais que les usagers vont adapter leur véhicule selon leurs besoins. Pour Maro Engel, l’électrique est une évidence en ville, alors que le thermique reste le plus adapté pour les longues distances. En revanche, il est persuadé que le travail technique des constructeurs de Formule E a un impact positif pour les voitures de série. « Le constructeur cherche à augmenter l’autonomie, à être plus efficace. Cela va au bénéfice du grand public. Les visionnaires comme Gildo Pallanca Pastor ont un très grand rôle dans l’aperçu de “monsieur tout le monde” de la voiture électrique. Elle est devenue une voiture sportive et sexy. Une belle voiture, avec des performances impressionnantes. »

 

journalistSophie Noachovitch