Culture Sélection de novembre

Raphael Brun
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Tunnel

Tunnel

de Kim Seong-hun

Récits. Il pensait rentrer tranquillement chez lui retrouver sa famille. Mais, victime de l’effondrement d’un tunnel autoroutier, Jung-soo se retrouve bloqué par les gravats dans sa voiture. Autour, les secours s’organisent, suivis de près par un impressionnant, et excessif, dispositif médiatique. Les politiques, notamment une ministre, n’oublient pas de se montrer sur place, avec des visées bassement électoralistes. On pense alors fortement à la présidente coréenne Park Geun-hye, arrêtée en mars 2017 pour « corruption et abus de pouvoir ». Mais c’est moins la charge politique et sociologique qui prévaut dans ce film, que la dimension spectaculaire de ce récit, narré du point de vue de Jung-soo. Deuxième film du Coréen Kim Seong-hun après Hard Day (2015), Tunnel croise assez intelligemment deux récits, l’attente de la victime et l’organisation des secours.

Tunnel de Kim Seong-hun, avec Ha Jung-Woo, Doona Bae, Dal-Su Oh (CORSUD, 2017, 2h06), 19,99 euros (blu-ray), 19,99 euros (DVD).

 

Your-Name

Your Name

de Makoto Shinkai

Identité. Pendant que Mitsuha, une jeune fille élevée dans une famille traditionnelle, s’ennuit dans ses montagnes, à Tokyo, Taki mène une vie trépidante. Jusqu’au jour où Mitsuha rêve qu’elle est un jeune homme à Tokyo, pendant que Taki s’imagine en une adolescente qui vit au calme, à la montagne. Mitsuha et Taki finissent par échanger de corps. Non seulement le scénario de Your Name est étonnant, mais en plus, ce film d’animation bénéficie d’une irréprochable qualité technique. Le quatrième long métrage de Makoto Shinkai, dont on avait aimé Voyage vers Agartha (2011), a enregistré 14 millions d’entrées au Japon. Inspiré du manga Dans l’intimité de Marie (2012) de Shūzō Oshimi, Your Name est une jolie fable sur la quête d’identité.

Your Name de Makoto Shinkai, avec Ryûnosuke Kamiki, Mone Kamishiraishi, Masami Nagasawa (JAP, 2016, 1h46), 49 euros (édition spéciale Fnac collector limitée à 1 000 exemplaire combo Blu-ray + DVD + CD + livret), 29,99 euros (combo blu-ray + DVD), 19,99 euros (DVD).

 

Crash-Test-Aglae

Crash Test Aglaé

d’Eric Gravel

Road-trip. Le premier long métrage d’Eric Gravel est une réussite. Aglaé est une jeune femme célibataire, passionnée par le cricket et son métier : ouvrière dans une entreprise de crash-test automobile. Lorsque son usine est délocalisée en Inde, Aglaé ne conteste pas avec les autres salariés et décide de partir avec deux collègues, en acceptant les conditions de travail. Ce road-trip mené par un très efficace trio composé d’India Hair (Aglaé), Julie Depardieu (Liette) et Yolande Moreau (Marcelle), débute comme une comédie sociale, avant de virer à l’absurde et à la satire du monde du travail. Tout le monde en prend pour son grade, et c’est très bien ainsi.

Crash Test Aglaé d’Eric Gravel, avec India Hair, Julie Depardieu, Yolande Moreau (FRA, 2017, 1h25), 12,99 euros (DVD), 19,99 euros (blu-ray). Sortie le 6 décembre 2017.

 

Atomic-Blonde

Atomic Blonde

de David Leitch

Pop. Lorraine Broughton (Charlize Theron) est un excellent élément. C’est donc elle qui est choisie par le MI6 pour livrer un important dossier à Berlin, alors que le mur est en train de tomber, pendant l’automne 1989. Pour son premier film, David Leitch adapte le roman graphique The Coldest City d’Antony Johnston et Sam Hart. Très classique, très (trop ?) calibré, le scénario est appuyé par une bande son de qualité (Nick Cave, David Bowie, Iggy Pop…), d’impressionnants plan-séquences et des combats ultra-chorégraphiés. Loin de Jason Bourne (2002-2004-2007-2012-2016), Charlize Theron met toute son énergie pour porter ce film aussi haut qu’elle le peut. Tout n’est pas réussi, mais on peut regarder cet Atomic Blonde comme un bon divertissement pop, qui rappelle, avec moins d’inventivité, The Raid (2011), du Gallois Gareth Evans.

Atomic Blonde de David Leitch, avec Charlize Theron, James McAvoy, Sofia Boutella (USA, 2017, 1h55), 24,99 euros (bluray 4K), 19,99 euros (blu-ray, édition spéciale Fnac steelbook), 16,99 euros (DVD). Sortie le 16 décembre 2017.

 

Que-les-etoiles-contemplent-mes-larmes

Que les étoiles contemplent mes larmes – Journal d’affliction

de Mary Shelley

Tristesse. Bien évidemment, de Mary Shelley (1797-1851), c’est Frankenstein ou le Prométhée moderne (1818) qu’elle rédige à 19 ans, que l’on retient. Dans Journal d’affliction, elle se raconte. On découvre une Mary Shelley veuve à seulement 24 ans, solitaire. Mary Wollstonecraft Godwin n’a que 16 ans lorsqu’elle prend la fuite avec le poète Percy Bysshe Shelley. Elle commence à écrire ce journal à partir de 1822, après le décès par noyade de son époux. Elle continuera jusqu’en 1844. Ce journal est un véritable document qui permet de se plonger, et de mieux comprendre, la vie d’une femme libre dans l’Angleterre du XIXème siècle, corsetée et inégalitaire. Plongée dans le malheur et la tristesse, après avoir perdu trois enfants et son mari, Mary Shelley tentera, en vain, de se reconstruire.

Que les étoiles contemplent mes larmes – Journal d’affliction de Mary Shelley, traduit de l’anglais et présenté par Constance Lacroix (Editions Finitude), 264 pages, 19,50 euros.

 

Le-thriller-erotique-de-Linda-Belhadj

Le thriller érotique

de Linda Belhadj

Sociologie. Il a un peu disparu des écrans radars, mais il était pourtant très populaire dans les années 80 et 90, avant d’être supplanté par les films de super héros et leurs franchises. En un peu plus de 200 pages, la critique de cinéma, Linda Belhadj démontre que le thriller érotique américain ne se limite pas à Basic Instinct (1992) de Paul Verhoeven. De American Gigolo (1980), à Fatal Attraction (1987), en passant par Sea of Love (1989) ou Sliver (1993), on découvre le fonctionnement de l’industrie cinématographique de l’époque, avec, en toile de fond, la politique et les années Reagan et Clinton. Pour aller au-delà du simple “making-of”, Linda Belhadj développe toute une sociologie du thriller érotique, qu’elle envisage comme un véritable miroir de l’Amérique des années 90. Passionnant.

Le thriller érotique de Linda Belhadj (La Septième Obsession), 220 pages, 23 euros.

 

Daho-de-Christophe-Conte

Daho

de Christophe Conte

Post-Blitz. Dix ans. C’est le temps nécessaire pour que cette autobiographie autorisée voir le jour. Pour l’écrire, le journaliste des Inrockuptibles, Christophe Conte, a pu interroger les principaux collaborateurs de Daho, mais aussi sa famille et ses amis. Né le 14 janvier 1956 à Oran, en Algérie, Etienne Daho grandit à Rennes et découvre la scène punk à partir de 1976. Encouragé par ses amis des groupes Marquis de Sade et Stinky Toys, il se lance en 1979 avec le collectif Entre les deux fils dénudés de la dynamo. Il débute sa carrière solo en décembre 1980. De son premier album Mythomane (1981) à Blitz (2017), 36 ans et 11 albums se sont succédés. Auditeur attentif de ses contemporains, il sait aussi s’en nourrir. Résultat, à 61 ans, Daho et sa musique ne vieillissent pas. Il a travaillé avec Yan Wagner en 2012, ou avec le groupe Unloved, un trio californien qu’il adore, sur Blitz. Du post-punk au post-Blitz, Christophe Conte évoque dans le détail une trajectoire hors du commun.

Daho de Christophe Conte (Flammarion – Hors collection – Musique), 384 pages, 19,90 euros.

 

Les-Amours-Suspendues-de-Marion-Fayolle

Les Amour Suspendues

de Marion Fayolle

Chorégraphie. À seulement 29 ans, Marion Fayolle impressionne. Son album, La Tendresse des Pierres (2013), dans lequel elle évoquait avec délicatesse la disparition de son père, avait été salué par la critique. En parallèle, cette jeune Ardéchoise, diplômée des Arts-Déco de Strasbourg, collabore avec le New York Times, la Revue XXI ou encore Telerama. Dans Les Amours Suspendues, elle s’intéresse aux relations hommes-femmes, en mettant en scène un éternel séducteur qui finit par être quitté par sa femme. Marion Fayolle se garde bien de porter un regard moralisateur sur ses personnages, qu’elle fait évoluer sous une forme très chorégraphique. Son dessin pastel, à la fois tendre et naïf, est devenu au fil du temps une marque de fabrique, qui permet de l’identifier très facilement. Pour la première fois, elle fait parler ses personnages et nous livre une fascinante comédie musicale.

Les Amours Suspendues de Marion Fayolle (Editions Magnani), 256 pages, 35 euros.

 

Cest-la-Jungle-Harvey-Kurtzman

C’est la Jungle !

d’Harvey Kurtzman

Moderne. Adulé par Georges Wolinski (1934-2015), Gotlib (1934-2016), Robert Crumb ou Terry Gilliam, Harvey Kurtzman (1924-1993) est notamment connu pour avoir été le premier rédacteur en chef du magazine Mad, édité par EC Comics en 1952. Plus tard, Kurtzman se fait aussi remarquer avec son “strip” Little Annie Fanny, des histoires courtes que l’on peut alors lire dans Playboy, de 1962 à 1988. Les Nouvelles Editions Wombat proposent une réédition de C’est la Jungle ! un album de quatre histoires graphiques paru en 1959 chez l’éditeur de poche Ian Ballantine. Enrichie d’un prologue de Wolinski et héritant, pour l’occasion, d’une nouvelle traduction, cet album intelligent, caustique et moderne, qui a été un relatif échec commercial en 1959, devrait trouver son public, près de 60 ans plus tard.

C’est la Jungle ! d’Harvey Kurtzman traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Frédéric Brument (Nouvelles Editions Wombat), 176 pages, 25 euros.

 

Chloe-Endless-Revisions

Endless Revisions

Chloé

Film. Les deux premiers albums de Chloé, The Waiting Room (2007) et One in Other (2010), ont enfin une suite. Endless Revisions débarque après une attente qui aura duré 7 ans, sur le label de Chloé, Lumière Noire. Celle que l’on voit régulièrement derrière les platines des plus grands clubs européens, comme le Berghain à Berlin ou le Rex Club à Paris, mélange avec bonheur musique électronique et instruments organiques dans ce disque qui est une invitation au voyage. « Je vois l’album comme un mix, qui amène les gens quelque part, a expliqué Chloé à Trax Magazine. Il y a une architecture qui se crée, celle du morceau, puis celle de l’album. Tu fais un titre, puis un second, qui t’embarque vers autre chose. C’est vraiment le même processus qu’un mix. » Minimaliste sur des titres comme Because It’s There, cet album pourrait aussi être, avec The Dawn, la bande originale d’un film futuriste. Un très bon film, forcément.

Endless Revisions, Chloé (Lumière Noire), 13,99 euros (CD), 29,53 euros (vinyle).

 

Mirapolis-Rone

Mirapolis

Rone

Lumineux. Erwan Castex, Rone donc, est de retour deux ans après l’excellent Creatures (2015). Douze morceaux qui constituent la trame de ce qui pourrait être la musique d’un film de science-fiction. Le Mirapolis de Rone évoque le cinéma, forcément, et celui du Metropolis (1927) de Fritz Lang (1890-1976), bien sûr. Le cinéma est encore là lorsqu’on évoque la pochette de ce disque, puisqu’elle a été réalisée par le réalisateur Michel Gondry. Rone ne s’est fermé aucune possibilité, puisqu’il n’a pas hésité à multiplier les collaborations, avec notamment l’apport de Kazu Makino, Baxter Dury, Noga Erez ou Saul Williams. De la même façon, sur scène, à la Philharmonie de Paris, Rone a invité le 14 janvier 2017 François Marry (Frànçois and the Atlas Mountains), John Stanier (batteur de Battles), Vacarme (trio à cordes), Joachim Latarjet (trombone) et l’écrivain Alain Damasio. À la fois posé, lumineux et subtil, ce disque électro est un régal.

Mirapolis, Rone (InFiné), 14,99 euros (CD), 21,99 euros (vinyle).

 

Blitz-Etienne-Daho

Blitz

Etienne Daho

Electrique. À 61 ans, Etienne Daho livre un onzième album inspiré, comme souvent, par les voyages et l’ailleurs. Il vit la moitié de l’année à Londres et c’est Los Angeles qui a inspiré la face très cinématographique de Blitz. Cet album renvoit aussi à ses racines musicales, avec Syd Barett, le fondateur de Pink Floyd. « Il y a une porte dans le désert, ouvre-la… », dit Daho en ouverture de ce disque émouvant. Dans Le Jardin, il évoque sa sœur, Jeanne, décédée en janvier 2016. Les Flocons de l’été, cosigné avec Fabien Waltmann, connu pour son travail sur Eden (1996), renvoient à cette péritonite qui a failli lui coûter la vie, pendant l’été 2013. La douceur des Baisers rouges ne fait pas oublier que Blitz est un disque électrique, psychédélique et surprenant. Eternellement jeune, Daho se régénère sans fin, inspiré par l’air du temps et les rencontres : Duggie Fields sur Les filles du Canyon, Jade Vincent, la chanteuse du groupe Unloved sur The Deep End et Flavien Berger pour Après le Blitz.

Blitz, Etienne Daho (Virgin/Universal), 15,99 euros (CD digipack, édition limitée), 22,99 euros (vinyle), 65 euros (coffret 6 vinyles, limité à 1 000 exemplaires). 

journalistRaphael Brun