« La cible, ce sont les 15-30 ans »

Raphael Brun
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Créée fin septembre 2017 et centrée sur le jeu FIFA 2018, la structure eSport de l’AS Monaco s’étoffe et va tenter de s’imposer sur d’autres jeux. Objectif : faire rayonner un peu plus la marque AS Monaco et générer des revenus supplémentaires, en touchant un public peu ou pas intéressé par le football. Les explications de Jean-Philippe Dubois, responsable des projets digitaux de l’AS Monaco.

L’origine de votre implication dans l’eSport ?

L’an dernier, on s’était lancé dans l’eSport sous la forme d’un partenariat, avec une structure existante, qui s’appelle Epsilon, et qui connaît bien ce domaine. L’objectif, c’était de découvrir ce secteur, qui n’est pas du tout notre cœur de métier, sans prendre trop de risques. Voilà pourquoi on est arrivé dans l’eSport de façon assez modeste, avec un seul joueur qui a évolué seulement sur FIFA, un jeu de football. Ce partenariat, signé pour une saison, s’est terminé le 31 mai 2017.

Vos conclusions ?

On a été convaincu par le potentiel. Notamment l’attractivité pour nos fans et pour ceux qui sont moins attirés par le football, mais qui peuvent être séduits, de façon indirecte, via les jeux vidéo. Pour consolider nos positions dans l’eSport et profiter de ce potentiel, nous avons estimé qu’il était nécessaire de nous investir davantage que la première année, en lançant notre propre structure.

Vous avez recruté des joueurs sur quels jeux ?

Nous avons décidé de n’être présents que sur le jeu de football FIFA 2018. Mais on a pour objectif de se lancer sur un ou deux autres jeux dans le prochain semestre. On veut être présents sur trois jeux d’ici la fin de saison 2017-2018.

Lesquels ?

On étudie de près Rocket League, qui se rapproche un peu de notre domaine d’activité. Ce jeu connaît actuellement une forte croissance et visuellement, c’est un jeu très intéressant. On pense aussi à des jeux qui font davantage appel à la stratégie, comme Earthstone. Rien n’est encore décidé, même si pour Rocket League, on est quasi-certains de se lancer. Mais c’est vrai que c’est un marché qui évolue très vite.

Vous avez recruté vos joueurs sur quels critères ?

On a recruté deux joueurs : Florian « RayZiaaH » Maridat et Vincent « Vinch » Hoffmann. C’est leur potentiel, leur capacité à gagner des titres, mais aussi leur expérience, qui nous ont intéressés. L’un des deux a été champion du monde en 2014. Au fond, l’idée, c’est d’essayer de reproduire dans le eSport ce que l’on réussit à faire dans le domaine sportif. C’est pour ça que l’on a misé sur de jeunes joueurs que l’on va essayer de former, afin d’accroître encore leur niveau de performance.

Comment ?

En appliquant les recettes sportives au eSport. On apporte donc à Florian « RayZiaaH » Maridat et Vincent « Vinch » Hoffmann un cadre très strict, avec un planning d’entraînement, un travail sur la nutrition, un suivi psychologique, un suivi sur le sommeil… Bref, c’est très complet. On travaille en lien direct avec le centre de performances de l’AS Monaco. Ça les intéresse beaucoup, car c’est pour eux un nouveau champ d’expérimentation.

Qu’ont-ils découvert ?

Notre centre de performances a découvert des pathologies spécifiquement liées au eSport, qu’ils essaient de traiter. Notamment un phénomène de « mains froides » qui est propre à beaucoup de joueurs de eSport, et pas que sur FIFA 2018 d’ailleurs.

D’autres critères ?

Nous avons aussi été attentifs à ce que nos deux recrues soient raccords avec les valeurs de l’AS Monaco car ils sont amenés à représenter le club. Nous cherchions donc des joueurs qui présentent bien et qui soient capables de s’exprimer correctement.

Vous avez aussi recruté un entraîneur-manager ?

Oui. En fait, c’est un entraîneur-coach, car il a une double casquette. Jérémy « Tekylah » Girardot chapeaute notre équipe eSport en leur apportant tout ce dont ils ont besoin au niveau matériel et logistique lors des tournois. C’est une sorte de “team manager”. Jérémy « Tekylah » Girardot aide nos deux joueurs à canaliser leur énergie pendant les compétitions. Sans oublier les questions de stratégie, même si cet aspect est moins important dans FIFA 2018, que dans un jeu comme League of Legends par exemple. Enfin, notre entraîneur a aussi un rôle d’observation et d’accompagnement pour le recrutement des futurs joueurs de notre équipe.

Comment se déroule le championnat ?

Il a débuté début octobre et il se déroulera tous les week-ends, jusqu’au mois d’août. Chaque joueur a 40 matches à jouer dans le week-end. C’est assez intense. Ces matches leurs permettront de participer ensuite à d’autres compétitions.

Lesquelles ?

Tout n’est pas encore très clair. Car il y a plusieurs championnats du monde et plusieurs organisateurs de tournois. Mais un championnat du monde devrait avoir lieu pendant l’été 2018. Donc ces matches permettent de se qualifier pour les étapes régionales, puis continentales et enfin, mondiales.

Quels sont les objectifs fixés à votre équipe ?

Faire du mieux possible. Nos deux joueurs font partie des 6 ou 7 meilleurs en France. L’un d’eux a fini dans le top 8 mondial lors de la saison 2016-2017. Ce sont donc des joueurs avec un gros potentiel. Mais d’une saison à l’autre ça fluctue, car le jeu évolue et de nouveaux joueurs arrivent sans cesse.

En fait, vous manquez d’ambition !

Non. Bien sûr, on a envie qu’ils soient champions du monde. Donc on va tout faire pour qu’ils y arrivent et qu’il y ait le moins de hasard possible laissé. Mais on ne va pas non plus leur mettre trop de pression. Surtout que l’un de nos deux joueurs poursuit ses études en parallèle. Voilà pourquoi, pour cette première saison, on va continuer à apprendre. Et on verra pour les objectifs lors la deuxième saison, en 2018-2019.

Vos joueurs se déplacent régulièrement, comme les joueurs professionnels de l’AS Monaco en Ligue 1 ?

Il faut savoir que la plupart des jeux se déroulent en ligne, sur internet. Mais il y a entre 5 et 10 dates dans la saison pour lesquelles nos joueurs se déplacent physiquement, que ce soit en France ou à l’étranger. Sinon, le reste du temps, les joueurs jouent depuis chez eux.

Il y a beaucoup de public qui suit le eSport ?

Pour le public, tout dépend si les matches sont diffusés en “streaming” ou pas. Cela est lié aux joueurs, car tous n’ont pas le matériel nécessaire pour diffuser depuis chez eux les matches qu’ils disputent en “streaming”. Mais cela peut atteindre 10 000 à 20 000 vues.

Vos joueurs diffusent leurs matches en “streaming” ?

Pas pour le moment. Mais on va faire en sorte que ce soit le cas prochainement, notamment pour des événements que l’on organisera à Monaco ou dans d’autres lieux.

Qui sont vos principaux concurrents ?

Le Paris Saint-Germain (PSG) fait partie des grosses équipes sur la scène française. Mais il existe d’autres structures professionnelles d’eSport qui sont là depuis plus longtemps, qui visent les mêmes objectifs que nous, avec plus de moyens. Nos plus gros concurrents sont des équipes comme le “team” Vitality, par exemple.

Quels rapports avez-vous avec le président de l’association Monaco eSports Club (lire notre article publié dans Monaco Hebdo n° 1002) ?

On est en contact avec eux. Mais il faut éviter toute confusion, car ce sont deux entités très différentes. On discute avec eux d’un partenariat autour de l’idée d’une académie. En gros, l’association Monaco eSports Club serait un peu le vivier et le centre de formation de l’équipe eSport de l’AS Monaco. On est en plein pourparlers. Florian « RayZiaaH » Marida est d’ailleurs un ancien de Monaco eSports Club.

Parmi les objectifs économiques derrière ce projet, il y a notamment l’idée de parvenir à toucher un public jeune, qui ne regarde plus la télévision ?

Ça fait clairement partie de nos objectifs. Attirer un autre public, mais aussi des marques qui n’ont pas forcément les moyens d’investir dans le football « classique ». Grace au eSport, ces marquent peuvent s’intéresser à l’AS Monaco et bénéficier d’une exposition qu’ils ne pourraient pas avoir, à cause de tarifs évidemment beaucoup plus élevés. La cible, ce sont les 15-30 ans.

Quel est le budget nécessaire à votre équipe pour la saison 2017-2018 ?

On ne communique pas sur le budget. En tout cas, on n’investit pas des sommes folles. Donc on essaie de travailler intelligemment, en fonction des partenariats que l’on arrive à drainer autour de ce projet. Mais, cette saison, les sponsors qui nous accompagnent nous permettent de ne pas perdre d’argent. On est à l’équilibre.

 

journalistRaphael Brun