SBM et Europe : Primo ! s’exprime

Sabrina Bonarrigo
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Les 2 et 6 novembre, le mouvement Primo !, mené par la tête de liste Stéphane Valeri, a organisé deux réunions publiques : l’une sur l’Europe, l’autre sur la Société des bains de mer.

Avec des comptes dans le rouge depuis au moins cinq ans, la Société des bains de mer (SBM) est au centre de toutes les critiques… Autant sur ses performances économiques que sur le climat social que beaucoup considèrent comme délétère. Des critiques très largement partagées par Stéphane Valeri. Le 6 novembre, lors d’une réunion publique organisée au Fairmont, la tête de liste de Priorité Monaco ! (Primo !) pour les élections nationales de février 2018, a dressé un diagnostic assez alarmant de cette entreprise et de son fonctionnement. Une entreprise qu’il assure bien connaître. D’abord pour des raisons familiales. Son arrière grand-père, son grand-père et son père étaient en effet employés de jeux. « J’ai donc été élevé dans l’amour de la SBM », assure-t-il. Pendant 14 ans, Stéphane Valeri a également assisté « à toutes les réunions tripartites », gouvernement-SBM-Conseil national. Les 7 premières années en tant que président du Conseil national, et les 7 autres en tant que conseiller-ministre aux affaires sociales.

« Echecs cuisants »

Et cet ancien membre du gouvernement en est convaincu. L’exécutif a été trop longtemps laxiste avec la SBM et ses dirigeants : « Un actionnaire majoritaire doit donner des orientations stratégiques… Or, le gouvernement n’a pas joué ce rôle depuis de nombreuses années. On a l’impression qu’il se contente de constater une fois par an les déficits et les pertes, qui s’élèvent à 32 millions d’euros sur le dernier exercice connu. Des pertes qui se chiffrent même à 120 ou 150 millions d’euros si on fait le total des 4 ou 5 dernières années (1). » Pour Primo !, c’est bien simple : les derniers investissements réalisés par la SBM ont tout bonnement été des « échecs cuisants ». Entre autres : Betclic, le Cabaret, ou encore les complexes hôteliers à Marrakech et Abu Dhabi.

Baisses des employés de jeux

Le nombre d’employés de jeux qui ne cesse de diminuer au fil des décennies inquiète aussi ce candidat. Selon ses chiffres, il y avait « un demi millier » d’employés de jeux « dans les années 70 ou 80 », contre 420 en 2010, et environ 380 aujourd’hui. Pour la tête de liste Primo !, il est donc urgent de relancer ce secteur qui « n’est pas mort », mais qui a été, selon lui, délaissé par les dirigeants, au profit de l’immobilier. « Nous constatons depuis quelques années que cette entreprise a consacré la majorité de son énergie, de son temps et de ses investissements à l’immobilier. On veut inverser cette priorité », a-t-il martelé devant ses soutiens, avant de rappeler, qu’historiquement, ce sont les jeux qui ont fait gagner beaucoup d’argent à la SBM : « Ce sont aussi les jeux qui peuvent fournir le plus grand nombre d’emplois de qualité, et bien rémunérés, à nos compatriotes. Lorsque l’on est dirigeant, il est bien évidemment plus simple d’encaisser des loyers. Il est aussi plus facile de gérer une location d’immeuble… Mais ce ne sont pas quelques emplois de concierges et de femmes de ménage qui vont offrir un avenir à notre jeunesse ! ». Selon Stéphane Valeri, l’Etat doit donc « exiger » que le secteur jeux soit remis au coeur des priorités et des investissements de la SBM.

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« À la SBM, on ne se soucie plus de l’humain. Et tout ceci découle sur un taux d’absentéisme dans les jeux qui avoisine les 30 % » Des référents Primo ! salariés de la SBM

 

Un Conseil national trop mou face à la SBM ?

Au niveau du climat social aussi, il y a du chemin à faire… Lors de cette réunion, des référents — également salariés à la SBM — ont en effet pointé du doigt l’absence de dialogue social et « le manque de reconnaissance » qui règnent dans l’entreprise : « On ne se soucie plus de l’humain. Et tout ceci découle sur un taux d’absentéisme dans les jeux qui avoisine les 30 %… » Stéphane Valeri en est en tout cas convaincu : le Conseil national peut avoir une voix qui pèse sur la politique de la SBM. Pour le prouver, il a rappelé la fermeté et l’autorité qu’avait l’ancien président du Conseil national, Jean-Charles Rey, avec lequel il a travaillé pendant 5 ans : « Croyez-moi… Lorsqu’il donnait un avis sur le casino, le gouvernement et la SBM suivaient. A l’époque, quand les administrateurs d’Etat de la SBM quittaient le bureau du gouvernement, ils repartaient avec des consignes et des ordres ! » Stéphane Valeri estime ainsi que l’ex-président du Conseil national, Laurent Nouvion, — d’ailleurs récemment nommé administrateur d’Etat de la SBM — a eu certes parfois « le verbe haut » mais, ensuite, « une pratique molle »…  Notamment, lorsqu’il a fallu voter la loi de désaffectation du domaine public de l’Etat pour permettre à la SBM de détruire le Sporting d’hiver. Ce moment était « une chance historique » pour le Conseil national d’obtenir des avancées : « Or, Monsieur Nouvion, Madame Fresko et leur majorité n’ont rien demandé et rien obtenu. Ni sur le plan social dans le secteur des jeux, ni pour maintenir le cinéma au futur Sporting. Même logique pour l’extension en mer. Ils n’ont ni réclamé, ni obtenu des logements pour les Monégasques ». Stéphane Valeri a aussi adressé une pique à la liste Union Monégasque (UM). Et notamment à Jean-Louis Grinda et Jean-Charles Allavena, respectivement directeur et administrateur de l’opéra de Monte-Carlo : « Cette liste a besoin de la SBM, car elle est un gros partenaire financier pour l’opéra. Pas étonnant donc qu’ils trouvent la politique actuelle de Jean-Luc Biamonti [président-délégué de la SBM — N.D.L.R.] formidable… »

« Des normes eurocrates décidées par Bruxelles »

Autre sujet central évoqué en réunion publique : les négociations actuellement menées entre Monaco et l’Union européenne (UE). Stéphane Valeri, et ses référents se qualifient ni « d’eurobéats », ni « d’eurosceptiques », mais plutôt « d’europragmatiques ». Et affichent une extrême vigilance : « Jamais Primo ! ne renoncera aux droits des Monégasques sous prétexte d’assurer la sécurité juridique de la circulation de certains produits. Et notamment de boites de médicaments, qui, d’ailleurs, circulent désormais très bien sans ce traité, a indiqué Stéphane Valeri au Méridien devant ses soutiens. Aucun pays n’a jamais gagné en souveraineté en appliquant toujours plus de normes eurocrates décidées par Bruxelles. Quelles concessions remettant en cause nos particularismes vont être demandées ? Je le répète, les institutions européennes sont dans un processus sans fin d’alignement sur leurs positions ».

Etudes d’impact

Pour que le Conseil national veille de très près au déroulement de ces négociations, Primo ! demande ainsi à ce qu’un « élu de la prochaine majorité » participe aux réunions à Bruxelles. « Ce n’est pas un droit automatique, mais rien ne l’interdit. Dans le passé, cette forme d’association avec les élus fut appliquée avec efficacité dans le cadre des accords franco-monégasques dans les années soixante », rappelle Primo !. Autre souhait exprimé par ce mouvement : que des études d’impact soient effectuées et portées à la connaissance de tous. Un souhait déjà exprimé par les élus actuels. « Demandées par le passé et jamais conduites — en tous cas jamais publiées —, les études d’impact sont un préalable indispensable. Quel impact pour chacun en cas de signature ? En cas de non signature ? Quelles conséquences dans le droit monégasque à terme ? Quel impact concret pour les droits des Monégasques et pour la vie des entreprises de la Principauté ? », s’interroge Primo !.

Le discours « lénifiant » du gouvernement

Selon Stéphane Valeri, il est également essentiel que le gouvernement communique davantage sur ce sujet. Et ce, en toute transparence : « Par exemple, les lignes rouges, limites infranchissables demandées par le souverain n’ont pas encore été définies avec précision par le gouvernement. La communication officielle se limite à des compte-rendus techniques auprès de certains élus et à des entretiens lénifiants sur la télévision d’État. » Et selon le candidat, « quand c’est flou, c’est qu’il pourrait bien y avoir un loup »… Pour Primo ! une autre priorité s’impose : les Monégasques doivent coûte que coûte garder le droit de s’installer dans leur pays sans craindre « une invasion » concurrentielle : « Sous l’empire d’un traité “ouvert”, les jeunes Monégasques qui voudraient s’installer — avocats, docteurs, expert-comptables, kinésithérapeutes, ostéopathes, chirurgiens-dentistes… — ne pourront pas lutter en face d’une concurrence européenne agressive — de cabinets internationaux notamment — qui pourrait s’installer sur notre territoire. Primo ! s’oppose à cette dimension d’un éventuel traité qui avantagerait des professionnels non Monégasques. » Le mouvement porté par Stéphane Valeri craint également que ce traité soit une « usine à gaz » juridique qui court-circuitera le pouvoir législatif : « Le traité n’est pas une fin en soi. Ses conséquences juridiques seront considérables, avec des milliers de textes d’application immédiate à transposer — et autant à venir — qui vont impacter une très grande partie de notre édifice juridique. »

 

(1) Sur les cinq derniers exercices, la SBM affiche plus de 138 millions d’euros de pertes cumulées.

journalistSabrina Bonarrigo