« Un phasage des travaux
pour un droit à la tranquillité »

Sophie Noachovitch
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Union monégasque organisait jeudi 2 novembre une réunion publique consacrée au cadre de vie. L’occasion d’affirmer la volonté de mettre en place « une politique globale ». Et de présenter un 13ème candidat, Christophe Brico.

Pour sa réunion consacrée au cadre de vie, la liste Union Monégasque (UM) a donné rendez-vous, jeudi 2 novembre, au restaurant la Bodeguita. Jean-Louis Grinda, tête de liste, a tenu à être clair : « Il s’agit d’un des sujets les plus importants de la Principauté. On n’est pas contre le Monaco qui évolue. On a besoin de travaux en Principauté pour créer des logements. Nous ne la remettons pas cause. » Voilà qui est dit pour ceux qui accusent UM de vouloir faire de « l’écologie punitive ». Mais comme le précise un peu plus tard, Jean-Charles Allavena : « On n’a pas encore trouvé de solution pour faire des chantiers sans poussière et sans nuisance. Mais on ne peut pas sortir une mesurette. Il faut une politique globale. »

Tranquillité

Pour Jean-Louis Grinda, « le droit à la tranquillité » des monégasques et des résidents passe par un phasage des travaux. « Aujourd’hui, on a un calendrier des travaux et pas un phasage, précise-t-il. On est parti pour 10 ou 15 ans pour les chantiers de l’hôpital, de l’extension en mer et de Testimonio 2. Tout ça, on ne pourra pas arrêter. Il faudra se donner les moyens juridiques de créer des zones où l’on aura un certain temps le droit d’être tranquille, c’est-à-dire d’exclure toute possibilité de travaux sauf des urgences. » Il pourrait s’agir de sanctuariser un quartier pour une période, sur deux ans par exemple. Ainsi, même si un permis de construire était délivré, les travaux ne pourraient pas commencer avant cette période de deux ans, au nom du droit à la tranquillité des habitants.

Spélugues

Pour UM, cette solution permettra de lutter contre « l’addition des chantiers » et leurs nuisances. D’ailleurs, Jean-Louis Grinda se fait fort des victoires obtenues par le groupe UM au Conseil national. « Le seul chantier auquel nous nous sommes opposés, c’est le parking des Spélugues, développe-t-il. C’était une mauvaise réponse à une question qui ne se posait pas. Heureusement, le ministre d’Etat a compris le problème et ça ne se fera pas. » Selon ce candidat, il aurait été aberrant d’ajouter des solutions de parking en centre-ville, lorsque la circulation est déjà « dantesque ». Pour lui, « on ne réussit pas grand chose avec de petits objectifs ». Jeudi 2 novembre, il l’a répété : « Avec des convictions et des objectifs », les conseillers nationaux peuvent obtenir des résultats.

« Mauvaise foi »

Jean-Louis Grinda prend l’exemple de l’usine d’incinération : « Si on ne s’était pas battus, on aurait aujourd’hui, une deuxième usine d’incinération à côté du collège. De dire qu’autour de l’usine d’incinération l’air est aussi pur que dans les Alpes… On nous prend pour des débiles mentaux ! » Jean-Charles Allavena a retracé l’historique de ce serpent de mer. En 2013, « les arguments mis sur la table, c’est le désert. Et c’est aussi le début de la mauvaise foi. On nous a dit qu’il fallait faire super vite, parce que l’usine était en fin de vie, qu’elle risquait de rendre l’âme à tout moment. Super vite, ça voulait dire refaire de l’incinération, sans autre choix. » Pourtant, Jean-Charles Allavena rappelle qu’en octobre 2017 (lire notre article publié dans Monaco Hebdo n° 1033), on a annoncé aux élus que l’usine avait encore « une durée de vie de 5 à 8 ans ». Allavena, encore : « Bien sûr, il y a des risques et l’entretien coûte plus cher. Mais quand on va prendre une décision pour 50 ans, on peut prendre le temps du choix. Et il vaut mieux prendre la bonne décision. » Là encore, UM assure avoir obtenu l’annulation de la construction d’une deuxième usine d’incinération et ouvre la porte à de multiples solutions. L’acheminement des déchets monégasques à l’usine de traitement des déchets située dans le quartier de l’Ariane, à Nice, est à nouveau envisagé. « Et contrairement à ce que certains craignent, on ne se retrouvera pas avec les déchets sur le trottoir comme à Marseille en cas de grève, car la collecte sera toujours assurée par la Société Monégasque d’Assainissement (SMA) ! », a précisé Jean-Louis Grinda.

 

« Au sujet des Jardins d’Apolline, dans quel pays le gouvernement n’aurait-il pas sauté ? Si vous voulez que ça continue, votez Primo ! » Jean-Michel Rapaire. Candidat Renaissance.

 

Jardins d’Apolline

Pour Bernard Pasquier, la solution pour limiter les chantiers reste la mise en place d’un amendement budgétaire : « Sans l’amendement budgétaire, on ne peut pas voter contre une ligne budgétaire, et on est obligé de voter soit pour l’ensemble du budget, soit contre le tout. Nous sommes les seuls à avoir voté contre tous les budgets depuis 5 ans. Les autres ont voté ces budgets qui ont créé ces chantiers et ces nuisances. » UM continue à voter contre les budgets « tant qu’il n’y aura pas de transparence budgétaire ». Pour Pasquier, le raisonnement est simple : « S’il y a moins de dépenses, il y a donc moins de chantiers et moins de nuisances. Et finalement, une meilleure qualité de vie ». La qualité de vie passe aussi par le patrimoine pour le candidat du groupe politique Renaissance, Jean-Michel Rapaire : « Quatre villas à côté de la gare vont être détruites. Si on n’a pas le courage de dire non, on vit un drame. » Et de relancer le sujet des Jardins d’Apolline. « Dans quel pays le gouvernement n’aurait-il pas sauté ? Si vous voulez que ça continue, votez Primo ! » Un Monégasque présent dans l’assistance a interpelé les élus : « Comment ça se fait qu’il n’y a aucun contrôleur des chantiers ? » C’est l’élu UM, Jean-François Robillon, qui a pris la parole pour lui répondre : « Il faut définir des responsabilités politiques pour Apolline. On sait qu’il y a eu des problèmes dès six mois après la livraison. Puis les choses se sont accélérées. Tous les services ont fait remonter les problèmes… Depuis deux ans et demi, les problèmes sont parvenus au gouvernement, qui n’a rien fait. » Cet élu s’insurge du fait que le Prince ait dû se rendre sur place : « Le gouvernement est censé être le fusible du couple princier et le seul qui est descendu dans l’arène c’est le Prince Albert II. On veut faire passer le Prince pour un fusible du gouvernement ? Désormais, il faut se demander « qu’est ce qu’on va faire demain ? » Comment prévenir la même panique ? Si des gens sont complètement irresponsables, comment réagir ? » Et Jean-François Robillon de citer le Prince, dans une toute autre affaire : « Il ne faut pas avoir peur de la vérité ».

 

« Non à une classe politique professionnelle ! »

Jean-Louis Grinda s’est insurgé contre la volonté affirmée par son concurrent de la liste Priorité Monaco (Primo !) de créer des hommes politiques professionnels. Stéphane Valeri a affirmé à plusieurs reprises qu’il estime que « le président du Conseil national doit se consacrer à plein temps à sa fonction ». Il part ainsi du postulat que le président, le vice-président du Conseil national, mais aussi les quatre présidents de commissions doivent se professionnaliser. « Créer une caste d’hommes politiques en Principauté est le pire désastre qui puisse exister pour notre pays, estime Jean-Louis Grinda. Je me battrai jusqu’au bout pour l’empêcher. Ce seront des gens dont le seul métier sera de se faire réélire. Parce que c’est ça, le but d’un homme politique professionnel. » Selon lui, la particularité monégasque est que chaque conseiller national ayant un métier à côté de son mandat ne perdra « que » ce mandat s’il n’est pas réélu. « La noblesse du mandat de conseiller national, c’est des gens comme moi. Si demain, on n’est pas réélus, ça ne change rien, insiste Grinda. Or, l’homme politique professionnel va forcément essayer de se maintenir. C’est dans la nature des choses. C’est un danger constitutionnel très fort. »
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Christophe Brico

Christophe Brico, le nouveau de la liste UM

Comme à chaque nouvelle réunion, Union monégasque (UM) a annoncé le nom d’un nouveau candidat sur la liste. Cette fois, c’est Christophe Brico, chargé de presse à la direction du tourisme et des congrès (DTC), qui a été présenté. Agé de 43 ans, il assure vouloir œuvrer pour le cadre de vie monégasque « essentiel pour le tourisme ». Brico est le 13ème candidat de la liste UM.

Des parkings gratuits et des sorties payantes

Jean-Louis Grinda l’assume. Il a été beaucoup critiqué, et « à juste titre » estime-t-il sur son idée de suppression de la première heure gratuite dans les parkings. « Dans vos logements domaniaux, j’aimerais que vos parkings soient gratuits. » Sur le principe du pollueur-payeur, le candidat Union monégasque (UM) imagine que le conducteur paierait en fonction du nombre de fois où il sortirait sa voiture de son parking. Ce n’est pas le stationnement de son auto qui lui coûterait de l’argent, mais le fait de la sortir. « Il faut changer les habitudes », martèle Grinda.

Retraite des fonctionnaires : « Une imprévoyance inouïe »

« C’est de la tambouille budgétaire. » L’élu UM, Bernard Pasquier, ne mâche pas ses mots lorsqu’il aborde la question du financement des retraites des fonctionnaires : « Aujourd’hui, la retraite des fonctionnaires n’est pas financée. Elle est payée au fil de l’eau par le budget et il n’y a pas de sommes mises de côté pour garantir que les fonctionnaires auront une retraite assurée. Il faudrait amputer nos réserves du fonds de réserve constitutionnel (FRC) d’un montant considérable pour se faire. » Cet élu UM rappelle que ce FRC totalise aujourd’hui 2 milliards d’euros. « C’est une fois et demi les dépenses publiques de l’Etat. Il y a 10 ans, c’était quatre fois les dépenses de l’Etat… Or, [pour permettre le financement des retraites des fonctionnaires], ces réserves ne sont pas du tout de 2 milliards d’euros. Elles sont de bien moins. » Pasquier juge qu’il faudrait mettre de l’argent de côté, afin que ces retraites puissent être financées « indépendamment de la conjoncture économique. Tout cela est d’une imprévoyance inouïe ».

 

 

journalistSophie Noachovitch