Philippe Ortelli : « C’est intolérable »

Raphaël Brun
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Le président de la fédération des entreprises monégasques, Philippe Ortelli, vient d’interpeller le président Les Républicains de la région Paca, Renaud Muselier, à propos de la SNCF. En cause : les retards et les annulations de trains qui exaspèrent salariés et patrons monégasques. Interview.

Pourquoi avoir décidé d’interpeller le 23 octobre 2017 le président Les Républicains (LR) de la Région Paca, Renaud Muselier, à propos de la SNCF ?

La tutelle du transport par le rail, et donc notre partenaire en la matière, c’est la région Paca. Renaud Muselier a remplacé Christian Estrosi, qui avait déjà manifesté une volonté de faire bouger les lignes au niveau de l’exploitation des réseaux ferrés par la SNCF.

Le positionnement politique du président de la région joue un rôle particulier dans le traitement de ce dossier ?

Pas du tout. Notre rôle n’est pas d’entrer dans ce genre de considérations politiciennes. Hier, nous avions comme interlocuteur un président socialiste, avec Michel Vauzelle. Et c’est d’ailleurs sous son mandat que la Principauté a financé des rames de TER pour améliorer la cadence et la performance de la desserte monégasque.

Vous avez reçu beaucoup de plaintes de patrons monégasques ?

Vous savez, il suffit de consulter les réseaux sociaux. Il suffit de faire l’expérience, et les salariés, cadres ou non, la font tous les jours. Lorsqu’on se retrouve à la rentrée de septembre dernier, que les trains sont réduits de moitié en contenance, laissant des salariés sur le quai, que ce soit pour se rendre à Monaco, ou plus encore ces derniers temps pour pouvoir rentrer chez soi, c’est absolument scandaleux. On parle de développer les transports en commun pour limiter l’empreinte carbone, pour limiter l’utilisation de l’automobile : mais si on ne propose pas un service public fiable a minima, alors les usagers finiront par s’en détourner.

De quoi se plaignent les chefs d’entreprises monégasques ?

Les patrons ne se plaignent pas, ils constatent : les retards, le stress, des salariés qui voient leur vie quotidienne amochée par l’inconsistance régulière du service public de la SNCF. Et je ne parle même pas des grèves…

Depuis quand se pose ce problème ?

Depuis des années. Mais il y a eu une aggravation récente et sensible ces derniers mois, on l’a ressenti sur les réseaux sociaux et en discutant avec nos personnels. On ne vit pas en vase clos, contrairement à certaines idées reçues.

Vous étiez déjà intervenu en 2014 pour dénoncer ces mêmes difficultés : entre 2014 et 2017, comment a évolué la situation ?

Il y a eu des améliorations momentanées. Mais, globalement, ça ne va toujours pas : problèmes d’information, problèmes de capacité des rames de TER insuffisantes en période de pointe, suppressions de train intempestives, retards…

Quelles sont les principales conséquences de ces retards pour les patrons monégasques ?

Les retards, qui peuvent aller parfois jusqu’à l’absentéisme, désorganisent les entreprises et perturbent les pendulaires, qui arrivent stressés, car en retard, et repartent dans le même état. C’est intolérable, pour eux d’abord, et puis ensuite pour l’organisation des entreprises.

Ces manques de la SNCF génèrent un manque à gagner pour les entreprises monégasques ?

C’est très difficile à évaluer. Mais c’est là, bien présent, tout le monde en a conscience. Tous les patrons vous le diront, tous les salariés concernés aussi, d’ailleurs.

À combien estimez-vous les conséquences d’une journée de grève SNCF pour Monaco ?

Là encore, c’est bien sûr difficile à évaluer. Sur la route, par l’est ou l’ouest de Monaco, les jours de grèves, les automobilistes le ressentent bien, eux ! Mais ce n’est pas d’abord une question d’argent. C’est une question du respect des femmes et des hommes qui viennent travailler au quotidien.

SNCF-Monaco-@-Kristian

Qui doit assumer et payer pour ces journées de grèves et de retards ?

Il ne s’agit pas de demander des réparations financières, ce serait impossible à évaluer. Mais la question de la concurrence mérite d’être posée et soutenue. S’agissant d’un service public qui passe par Monaco et qui a su, en son temps, bénéficier de sa proactivité matérielle avec l’acquisition de plusieurs rames de train payées par la Principauté, les autorités qui en sont la tutelle, ou bien encore le gouvernement, ont forcément leur mot à dire. Nous, à la Fedem, n’avons qu’un pouvoir d’interpellation publique en la matière.

La Fedem peut-elle vraiment peser face à un mastodonte comme la SNCF ?

Nous pouvons alerter, envoyer un signal aux pouvoirs publics pour que ceux-ci s’emploient à faire évoluer les choses et à régler le problème. Je les invite d’ailleurs à venir assister à certaines scènes indignes de notre économie moderne et sociale à certains moments de la semaine en gare de Monaco.

Mais la SNCF communique beaucoup pour annoncer des améliorations, avec notamment des rames plus longues ou un cadencement plus élevé : c’est de l’intox ?

Dire que c’est de l’intox, ce serait sombrer dans la polémique. Nous voulons simplement régler ou faire régler le problème. La SNCF a beau jeu de communiquer sur ce qui va bien : cela reste de la com’, comme on dit.

Concrètement, que réclamez-vous à la SNCF ?

Que la hiérarchie des priorités change. Entendre que c’est à Marseille qu’on décide du sort d’un TER qui relie Cannes à Vintimille, ce n’est pas travailler sur le terrain avec les réalités quotidiennes des usagers. Ne pas considérer Monaco comme une desserte à part à cause du volume de salariés et d’usagers qui s’y rendent et en repartent, c’est avoir une vision parfaitement déconnectée de la réalité. C’est laisser les usagers livrés à eux-mêmes. C’est se détourner de sa mission de service public.

Vous avez évoqué la création d’une commission pour trouver des solutions ?

Nous lançons des idées. Nous devons faire en sorte que toutes les parties prenantes puissent engager des réflexions et prendre des décisions opérationnelles. Nous avons voulu interpeller le président Muselier, car nous estimons que lui peut faire bouger les lignes. C’est notre rôle. Depuis, il y a eu une certaine médiatisation. Prendre conscience du problème, en réactualiser la perception, c’est important. Pourquoi ne pas créer un métro entre Nice Pasteur et Monaco ? Ce n’est même pas 10 kilomètres de voies. Et dans 100 ans, il servirait encore, connecté au tram.

Vous allez aussi solliciter l’appui du gouvernement monégasque et des élus du Conseil national ?

Nous sommes avant tout à la disposition de l’Etat pour avancer, à notre place, les dossiers qu’il nous semble nécessaire de faire avancer.

 

journalistRaphaël Brun