Une mère partageait
son cannabis avec ses filles

Sophie Noachovitch
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« C’est un dossier qui m’a consterné. » Le procureur général adjoint, Olivier Zamphiroff, n’a pas mâché ses mots, mardi 7 novembre, en audience correctionnelle. Face à lui, une mère, une Italienne, résidente monégasque, de 56 ans et ses deux filles, de 23 et 21 ans, toutes consommatrices de cannabis. Le 7 mars 2017, la sûreté publique se rend dans un immeuble monégasque où est logée cette famille par la direction des affaires sociales et de la santé (Dass). Les policiers ont été alertés par des voisins : une forte odeur de cannabis se répand dans le bâtiment par le biais de la VMC. Rapidement, ils découvrent l’origine de ces effluves. Une femme leur ouvre la porte de l’appartement incriminé. Ils y trouvent 5,3 grammes d’herbe de cannabis. « Vous indiquez aux policiers que c’est votre mode de vie, que vous fumez 5 à 10 joints par jour et que vous en faites profiter vos filles », décrit Florestan Bellinzona, président de l’audience. Une consommation dont le coût s’élevait aux alentours de 400 euros par mois. La femme, apathique devant le tribunal, se contente de répondre « oui, c’est vrai », aux questions du président du tribunal, qui finit par s’emporter : « Mais vos filles, vous êtes censée les élever et les protéger ! Quand elles étaient petites, c’était le biberon. Maintenant, c’est le chichon ? » La mère de famille, déclarée inapte au travail suite à une reconnaissance de handicap, concède qu’elle sait que « ce n’est pas bien ». Aujourd’hui, d’après ses dires et les documents fournis par son avocat, elle a complètement arrêté de se droguer et elle est suivie psychologiquement. Ses filles confient avoir commencé à fumer vers 17 ans et avoir des difficultés à arrêter, même si elles ont réduit leur consommation. « Vous jugez une personne qui a, sans scrupules, diffusé de la drogue, a tonné le procureur général. Ses filles disent aujourd’hui qu’elles ont du mal à arrêter. Merci maman ! » Ce constat a amené le procureur général à requérir 12 mois de prison avec sursis à l’encontre de cette mère de famille, et une amende avec sursis contre ses deux filles. L’avocat de cette femme a beau expliquer au tribunal combien la vie a été dure avec elle : son mari mort alors qu’il n’avait que 36 ans et elle 33, ses nodules cancéreux, au poumon, à la gorge, un infarctus il y a deux ans… Le tribunal a décidé de suivre les réquisitions du procureur en condamnant la quinquagénaire à 12 mois de prison avec sursis, à une liberté d’épreuve pendant 3 ans et à l’obligation de soins. Les deux jeunes femmes ont, quant à elles, écopé d’une amende avec sursis de 500 euros.

journalistSophie Noachovitch