Culture Sélection d’octobre

Raphael Brun
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La-colere-d-un-homme-patient

La colère d’un homme patient

de Raùl Arévalo

Violence. Après le braquage d’une bijouterie qui a fait un mort, Curro est le seul à avoir fini en prison. Lorsqu’il retrouve la liberté, il n’aspire qu’à retrouver le calme et une vie de famille rangée. Sauf que, même si huit années ont passé, un homme attend, déterminé à se venger. C’est un thriller brut que nous livre Raùl Arévalo. La violence est partout dans ce polar espagnol néo-noir. On pense aux frères Coen devant certaines séquences. Pour son premier film, Raùl Arévalo respecte les codes du film noir et se limite à une mise en scène d’une grande sobriété. Le grain de la pellicule, la noirceur du propos, la dureté des personnages, le sens du timing… Tout est savamment orchestré.

La colère d’un homme patient de Raùl Arévalo, avec Antonio de la Torre, Luis Callejo, Ruth Diaz (ESP, 2017, 1h32), 14,99 euros (DVD), 16,99 euros (blu-ray).

 

Cars-3-de-Brian-Fee

Cars 3

de Brian Fee

Dépassé. Cette fois, Flash McQueen n’y arrive plus. Dépassé par de nouvelles voitures beaucoup plus performantes, notamment le bolide Jackson Storm, il est désormais incapable de gagner la moindre course. Mais tout redevient possible lorsqu’il reçoit l’aide d’une jeune mécanicienne, Cruz Ramirez, féministe et latino. Evidemment, Pixar fait étalage de toute sa qualité technique, de son sens du timing et du gag. Mais ce troisième épisode commence à ne plus tourner rond. L’usure se fait quelque peu sentir. Et même si on rit parfois, on a la désagréable sensation que la franchise Cars est un peu à l’image de son héros : proche de l’usure et de la sortie de route.

Cars 3 de Brian Fee, avec les voix de Guillaume Canet, Alice Pol, Gilles Lellouche (USA, 2017, 1h42), 14,99 euros (DVD), 16,99 euros (blu-ray). Sortie le 7 novembre 2017.

 

Sans-Pitie-de-Byun-Sung-Hyun

Sans Pitié

de Byun Sung-Hyun

Faux-semblants. Jae-ho est à l’aise en prison. C’est lui qui commande, tout le monde le respecte. Jusqu’au jour où débarque Hyun-su, un nouveau détenu qui remet en cause l’ordre établi. Bien sûr, on pourra reprocher au jeune réalisateur Byun Sung-hyun sa tendance à la surenchère, avec un déferlement d’images toutes plus spectaculaires les unes que les autres. Quant au scénario, il est bourré de faux-semblants et de coups de théâtre. La trame évoque Les Infiltrés (2006) de Martin Scorsese, qui est un remake de l’excellent film hongkongais Infernal Affairs (2002) de Alan Mak et Wai Keung Lau. Difficile de cerner correctement les intentions des différents personnages. Heureusement, tout s’éclaire à coups de flash-backs, entre deux fusillades parfaitement chorégraphiées.

Sans Pitié de Byun Sung-Hyun, avec Kyung-Gu Sol, Si-wan Yim, Kim Hie-won (CORSUD, 2017, 2h00), 19,99 euros (DVD), 19,99 euros (blu-ray). Sortie le 7 novembre 2017.

 

Les-As-de-la-Jungle

Les As de la Jungle

de David Alaux

Kung-fu. Adaptée d’une série télévisée, Les As de la Jungle démontre que l’animation française peut rivaliser avec les grands studios américains. Maurice, un pingouin élevé par une tigresse, est passé maître dans la pratique du kung-fu. Lorsque Igor, un méchant koala, veut s’attaquer à la jungle à l’aide de ses babouins mercenaires, Maurice et ses amis décident d’intervenir. Les As de la Jungle empruntent avec bonheur aux films de super-héros et aux films de kung-fu. Evidemment, pas de surprise à attendre du côté du scénario et les graphismes peuvent sembler en retrait par rapport à certaines grosses machines américaines. Mais si Les As de la Jungle est à réserver aux plus jeunes, l’ensemble fonctionne, grâce notamment à un humour qui ratisse large.

Les As de la Jungle de David Alaux, avec les voix de Philippe Bozo, Laurent Morteau, Pascal Casanova (FRA, 2017, 1h37), 14,99 euros (DVD), 19,99 euros (blu-ray). Sortie le 29 novembre 2017.

 

L-obscure-clarte-de-l-air

L’obscure clarté de l’air

de David Vann

Médée. C’est une passionnante relecture du mythe de Médée que propose l’écrivain américain, David Vann. L’auteur de Sukkwan Island (2010) s’appuie sur un style direct et sans concession pour raconter une Médée que rien ni personne ne peut stopper. On peut y voir un point de vue féministe, qui fait écho à un monde fou, qui perd une partie de son humanité. Lorsque ce roman commence à bord de l’Argo, on est aussi saisi par la qualité des détails : le lecteur embarque littéralement avec l’auteur. Pas si étonnant, quand on sait que, né sur l’île Adak, en Alaska, David Vann a aussi été marin. Ce brillant récit mythologique se déroulant il y a 3 500 ans, pourrait se passer de nos jours, puisque Vann a pris soin de retirer tout indice de temporalité. Ce qui donne à la folle trajectoire de Médée une dimension très actuelle.

L’obscure clarté de l’air de David Vann, traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Laura Derajinski, (Gallmeister), 272 pages, 23 euros.

 

Dans-la-tete-des-tueurs-de-masse

Dans la tête des tueurs de masse

Collectif

Compilation. C’est un livre pas comme les autres, mais qu’il faut absolument lire. Dans la tête des tueurs de masse regroupe sur 256 pages les « écrits et les journaux intimes des mass killers ». Pour la première fois, des documents bruts sont retranscrits et publiés. Cette effrayante compilation place le lecteur comme seul juge de ce qu’il lit. Les journaux, les retranscriptions vidéos ou les lettres d’Eric Harris et Dylan Klebold (Colombine), Richard Durn (Nanterre), Marc Lépine (Montréal) ou Cho Seung-hui (Virginia Tech), pour ne citer qu’eux, sont édifiants. Leur lecture permet de mieux comprendre leur incapacité à s’adapter au monde qui les entoure. Frustration sexuelle, autoflagellation, haine des autres et même de soi… Une vertigineuse accumulation, qui finira par se retourner contre ce monde, dont ils se sentent exclus.

Dans la tête des tueurs de masse, Collectif, (Inculte/Dernière Marge, collection Barnum), 256 pages, 8,90 euros.

 

Heros-Secondaires-de-H.G.-Brown

Héros secondaires

de S.G. Brown

Médicaments. Lloyd Prescott, chômeur, trentenaire, vit à New York. Pour (sur)vivre, il teste des médicaments avant leur mise sur le marché. C’est là qu’il rencontre Charlie, Randy, Vic et Franck. Comme eux, victime d’effets secondaires, il va développer des super pouvoirs. Lloyd peut provoquer l’endormissement, d’autres des crises d’eczéma, des vomissements ou des convulsions. Du coup, ils décident de créer une équipe de justiciers pour protéger les plus faibles dans les rues de New York. Dans Héros Secondaires, les laboratoires se font égratigner, tout autant que la société actuelle, lancée dans une course suicidaire à la surconsommation de médicaments. H.G. Brown détourne les codes du monde des super héros et manie l’humour et la satire avec une jubilatoire efficacité.

Héros Secondaires de H.G. Brown, traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Morgane Saysana (Agullo éditions), 480 pages, 21,70 euros.

 

Supermutant-Magic-Academy-de-Jillian-Tamaki

Supermutant Magic Academy

de Jillian Tamaki

“Strips”. La Canadienne Jillian Tamaki n’en finit pas d’explorer l’adolescence sous toutes ses facettes et c’est très drôle. Cette fois, l’histoire se déroule dans une école où les élèves ont le pouvoir de se transformer. Wendy a, par exemple, la possibilité de devenir un renard. À travers une galerie de personnages très riche, Jillian Tamaki traite des tourments liés à l’adolescence. Ses “strips”, des histoires courtes donc, sont méticuleusement construits, avec une chute toujours efficace. Conçus entre 2010 et 2014, la forme de ces “strips” a évolué au fil du temps. Drôle, poétique, absurde, irrévérencieux, moqueur, ce Supermutant Magic Academy est tout ça à la fois.

Supermutant Magic Academy de Jillian Tamaki, traduit de l’anglais (Canada) par Lili Sztajn (Denoël Graphic), 280 pages, 21,90 euros.

 

Je-suis-Shingo

Je suis Shingo, volume II

de Kazuo Umezu

Science-fiction. Evidemment, on connaît Kazuo Umezu pour ses mangas horrifiques. Ce Japonais, né le 3 septembre 1936, a été publié pour la première fois en France et à Monaco avec L’École emportée (1972-1974). Glénat édite alors ce manga en six volumes, entre novembre 2004 et octobre 2005. Le contrepied est donc total avec le volume II de Je suis Shingo, puisque, cette fois, Kazuo Umezu se place dans le registre de la science-fiction. Dans le premier volume, deux enfants, Satoru et Marine, sympathisaient avec Monroe, un robot. Prévue en six tomes, cette série éditée par Le Lézard Noir sur 2 400 pages est une petite merveille de beauté et d’intelligence.

Je suis Shingo, volume II de Kazuo Umezu, traduit du japonais par Miyako Slocombe (Le Lézard Noir), 408 pages, 21 euros.

 

Ununiform-Tricky

Ununiform

Tricky

Trip-hop. Treizième album pour Tricky, et c’est toujours aussi beau. Il s’est pourtant écoulé 22 ans depuis Maxinquaye (1995), son impressionnant premier album. Sur Ununiform, il réutilise ce son qui a fait de lui l’un des artisans du trip-hop, ce son venu de Bristol, qu’il a porté avec Massive Attack. Et la magie opère tout de suite. When We Die, avec la voix de Martina Topley-Bird est une véritable réussite, un morceau à la fois beau et sensible. On retrouve aussi des habituées, comme Francesca Belmonte et l’actrice et réalisatrice italienne, Asia Argento. L’ambiance générale reste ténébreuse. L’intervention très électro de Terra Lopez avec Amor, n’y change pas grand-chose. Le très beau Running Wild, une balade chantée par Mina Rose ou The Only Way, un morceau marqué trip-hop dont Massive Attack ou Portishead restent les étendards, font de ce nouveau disque du grand Tricky.

Ununiform, Tricky (False Idols/!K7 rec), 14,99 euros (CD).

 

Unfall-IAMX

Unfall

IAMX

Expérimental. IAMX, le projet musical porté par Chris Corner depuis 2004 avec l’excellent Kiss+Swallow, est toujours aussi passionnant. L’ex-chanteur de Sneaker Pimps est de retour avec Unfall, un album totalement instrumental. La tonalité demeure sombre. Influencée par l’électro des années 80, la musique d’IAMX sait se faire quasi-expérimentale, et en tout cas joliment minimaliste, avec des titres comme Tick Tick Tick ou Little Deaths. Alors que Trust the Machine affiche des sonorités plus proches de la techno. Au final, Unfall ne ressemble à rien de ce que Chris Corner a pu nous offrir jusqu’à présent. Après l’énorme tournée qui a accompagné le très bon Metanoia (2015), et la sortie de Everything is Burning (2016), Chris Corner démontre avec ce disque pas comme les autres, qu’il n’est jamais vraiment là où on l’attend. Et c’est tant mieux.

Unfall, IAMX (Caroline International/Universal Music), 12,99 euros (CD).

 

Cryosleep-Null+Void

Cryosleep

Null+Void

Cinématographique. Derrière Null+Void se cache le producteur suisse Kurt Uenala, notamment connu pour avoir travaillé avec Moby, Soulsavers, Black Ryder et Depeche Mode. Pas vraiment étonnant donc que le très cinématographique et atmosphérique premier single, Where I Wait, soit appuyé par la voix de Dave Gahan, le leader de Depeche Mode. L’électro-pop ciselée de Null+Void passe de la lumière à l’ombre avec beaucoup d’élégance. Il faut dire que les 10 titres de Cryosleep affichent quelques autres collaborations très intéressantes : Black Rebel Motorcycle Club sur Falling Down, The Big Pink sur Take It Easy ou encore Shannon Funchess sur Hands Bound. Kurt Uenala sait aussi brillamment tirer tout le monde vers le dance floor : l’irrésistible Asphalt Kiss, que The Hacker ou Gesaffelstein ne renieraient pas, est là pour ça.

Cryosleep, Null+Void (HFN Music), 15,99 euros (CD), 24,99 euros (vinyle).

journalistRaphael Brun