Fonction publique :
les propositions de Stéphane Valeri

Sabrina Bonarrigo
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Après le logement, la jeunesse et la qualité de vie, Priorité Monaco a organisé le 30 octobre un Pep’s entièrement dédié à la fonction publique. Une réunion au cours de laquelle la tête de liste, Stéphane Valeri, a également répondu aux attaques de ses adversaires.

Depuis qu’il est entré dans la bataille électorale, il est la cible de toutes les critiques… « Démagogue » et « homme du passé » pour les uns. « Dinosaure de la politique » et « carriériste » pour les autres… Stéphane Valeri a profité de ses réunions publiques — les pôles d’écoute et de propositions (Pep’s) — pour répondre aux attaques de ses adversaires. Et mettre en avant le fait que « 735 adhérents » ont rejoint les rangs de son mouvement, Priorité Monaco (Primo !) (1). « À chaque fois que nos adversaires prennent la parole, c’est pour dire du mal de Primo ! et de moi en particulier. Alors que, pendant ce temps, nous travaillons avec vous pour préparer un programme électoral, a lancé Stéphane Valeri devant ses soutiens, le 30 octobre. S’ils concentrent leur campagne sur Primo ! ou sur moi, c’est qu’ils sont très faibles… Ils font de nous le centre de cette campagne. » Quant à son « carriérisme », le candidat a répondu que, s’il a démissionné au bout de 7 ans du gouvernement, c’est parce qu’il avait, selon lui, « atteint l’essentiel des objectifs qui lui avaient été fixés » par le Prince, mais aussi parce qu’il était en désaccord avec le gouvernement sur des dossiers importants. Son souhait était donc de retrouver « sa liberté de parole » et de pouvoir agir « efficacement » en briguant à nouveau la présidence du Conseil national : « Lorsque j’émettais un avis différent, on prenait soin de me rappeler le périmètre limité de mon département, et donc de mes responsabilités. Renoncer à un poste gouvernemental envié, puis prendre le risque de se présenter à une élection, qui n’est jamais gagnée d’avance… on a vu mieux comme carriériste ! »

« Priorité »

Lors de ses Pep’s, l’ex-conseiller-ministre aux affaires sociales et à la santé n’hésite pas non plus à charger ses anciens collègues du gouvernement… Et en particulier la manière dont l’exécutif gère la politique du logement. La tête de liste de Primo ! a notamment rappelé que lors de la commission d’attribution de janvier 2018, il y aura 500 familles monégasques en attente d’un logement… « Or, en comptant les opérations l’Engelin et U Pavayun, et les récupérations d’autres logements, on peut espérer, au mieux, satisfaire 200 demandes. Il y aura donc 300 familles sur le carreau. Donc, je ne pense pas que l’on puisse considérer que le logement soit une priorité du gouvernement… » Celui qui, en cas d’élection, promet de mettre en place un « plan d’urgence » pour loger les nationaux, a aussi assuré qu’il obtiendra « la mobilisation rapide des terrains de l’esplanade des Pêcheurs et du quartier Ida, avec plusieurs dizaines de logements pour le premier, et plus d’une centaine pour le second, dans un premier temps. »

Renforcement des effectifs

Après le logement, la jeunesse et la qualité de vie, les troupes de Primo ! ont consacré le 30 octobre un Pep’s entier à la fonction publique. Devant environ 120 personnes, Stéphane Valeri et ses référents ont dévoilé quelques propositions pour simplifier les procédures administratives, alléger la « bureaucratie », « raccourcir les délais d’instruction », et booster le pouvoir d’achat des fonctionnaires. « On critique souvent notre administration, mais lorsqu’on la compare à n’importe quelle administration en France, en Italie ou ailleurs, on se rend compte que la nôtre est de bonne qualité. En revanche, on ne lui donne pas tous les moyens pour être aussi performante que nous le souhaiterions », estime le candidat. Pour optimiser son fonctionnement, Primo ! propose notamment de renforcer « là où c’est nécessaire » les effectifs de certains services. Avec une économie en croissance « de 3, 4 ou 5 % par an », il n’est « pas anormal » selon le candidat, que le personnel de la direction de l’expansion économique soit renforcé. Tout comme celui de la direction du travail et du service de l’emploi, « étant donné que la population active a augmenté de 20 % en 10 ans ».

Doublement de la prime

Pour booster le pouvoir d’achat des fonctionnaires, les référents ont tous été d’accord sur un point : la prime de fin d’année de 300 euros accordée à chaque fonctionnaire doit être doublée. « En cas de grands excédents budgétaires, comme c’est le cas actuellement, il nous semble raisonnable de demander un doublement de cette prime. Cette mesure représenterait un coût d’un peu plus de 2 millions d’euros par an, a détaillé le candidat. J’entends déjà certains technocrates me répondre : “démagogie”. Or, je ne les entends pas parler de démagogie ou de dépenses déraisonnables lorsque l’on voit certaines subventions accordées, par exemple, à la Société des Bains de Mer (SBM) pour des matchs de boxe, ou 3 millions d’euros pour le festival international de télévision. On ne demande pas de retirer ces subventions, mais que l’on ne vienne pas me dire que 2 millions d’euros pour ceux qui travaillent pour notre pays, c’est démagogique ! »

Enquête sur le « climat social »

Selon Primo !, l’administration est aussi une « machine à fabriquer des mythes »… «  On entend ici et là que le service rendu n’est pas bon, que les fonctionnaires sont frustrés, etc… », souligne l’un des référents, Pierre Van Klaveren. Pour avoir une idée précise de ce que pensent réellement les fonctionnaires et les usagers, Primo ! propose donc qu’une « double enquête » — une sorte « d’audit » — confidentielle soit effectuée. La première, sur le « climat social en interne ». Et l’autre, « en externe », pour connaître l’avis des usagers. Pour optimiser le fonctionnement des services publics — aujourd’hui éparpillés un peu partout sur le territoire — Primo ! propose également que sur le futur îlot Charles III, un bâtiment soit entièrement dédié à la fonction publique. Un bâtiment dans lequel tous les services de l’Etat seraient concentrés. Les référents y voient plusieurs avantages. Cela permettrait de faciliter les démarches des usagers, mais aussi de libérer « dans de très nombreux endroits de la Principauté » des locaux domaniaux pour les Monégasques. Autre avantage, plus humain, cette fois-ci : ce « pavillon » permettra au personnel de se rencontrer, et d’une certaine manière de « décloisonner la fonction publique ». Toujours dans l’optique de faciliter les démarches des usagers, Primo ! propose enfin qu’un guichet unique, « une sorte de “cloud” », soit créé. Sa vocation ? Concentrer au même endroit l’ensemble des documents administratifs des Monégasques (extrait de naissance, pièces d’identité…).

Fonds de retraite

Comme les autres listes en lice, Primo ! a aussi avancé des propositions pour financer et sécuriser la retraite des fonctionnaires : « Aujourd’hui, ces retraites coûtent environ 70 millions d’euros par an au budget de l’Etat, alors que les cotisations des fonctionnaires représentent 6 millions d’euros. Le déficit serait donc d’une soixantaine de millions d’euros », a estimé Stéphane Valeri, qui propose ainsi la création d’un « fonds de retraite », abondé notamment en piochant dans le fonds de réserve constitutionnel (FRC), mais aussi en demandant au gouvernement de mettre la main à la poche : « Le gouvernement n’a jamais cotisé en tant qu’employeur, alors qu’il aurait dû le faire depuis la fin de la deuxième guerre mondiale… ». Autres souhaits avancés lors de cette soirée : que le « mérite » et la « reconnaissance au travail » du personnel de l’administration soient davantage pris en compte.

(1) Nombre d’adhérents au 30 octobre 2017. Source : Primo !

journalistSabrina Bonarrigo