UM, à mi-chemin

Raphael Brun
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Le 26 octobre, Union Monégasque a présenté trois nouveaux candidats pour les élections de février 2018. La liste de Jean-Louis Grinda affiche désormais 12 candidats.

Le lieu est symbolique. Pour leur première réunion publique en vue des élections du 11 février 2018, Union Monégasque (UM) a choisi un lieu populaire, la Pizza du Stade. Un lieu simple et symbolique, situé exactement à l’opposé des luxueux salons d’hôtels de la Principauté, choisis par Stéphane Valeri et Priorité Monaco (Primo !). Logé dans l’enceinte même du stade Louis II, ce restaurant a privatisé son premier étage pour accueillir une centaine de personnes venues assister à ce rassemblement orchestré par un Jean-Louis Grinda très souriant. La tête de liste UM a souhaité commencer par ce qu’il a qualifié de « constatation » face à l’un de ses adversaires, Stéphane Valeri : « Lui, c’est dites-moi ce que voulez entendre et je vous le resservirai un peu plus tard, pendant la campagne électorale. Ça ce n’est pas faire de la politique. Ça, c’est faire de l’électoralisme. »

« Panorama »

Mais l’information principale de cette soirée, c’est que, désormais, UM affiche 12 candidats déclarés. Jean-Louis Grinda a en effet officialisé trois nouveaux noms : Martine Eva Rosticher, Guillaume Galtier et Eric Battaglia. Avec pour point commun « l’envie de servir la cause publique ». À commencer par Martine Eva Rosticher. « Son père et ses sœurs sont connues en Principauté. On connaît l’investissement de la famille Rosticher dans le monde de l’art et de la culture. C’est un apport de poids », a jugé Grinda. Née le 6 avril 1959, Martine Eva Rosticher est professeur des écoles et documentaliste au lycée technique et hôtelier de Monaco depuis septembre 2011. Présenté comme un soutien de « très longue date » de l’Union des Monégasques (UDM), UM a officialisé la candidature d’Eric Battaglia : « Il a souhaité nous rejoindre et nous l’avons accueilli, car notre liste doit représenter le panorama complet de la société monégasque », a commenté Jean-Louis Grinda. Enfin, UM a révélé le nom d’un troisième candidat : il s’agit de Guillaume Galtier. Après avoir obtenu un DEA de sociologie, ce Monégasque né le 17 octobre 1980 travaille dans le secteur de la communication. « De 2014 à 2015, il a été le chef de projet communication internet à la Société des Bains de Mer (SBM). Depuis 2016, il est concepteur-rédacteur freelance et il a monté sa propre entreprise », indique sa biographie. Sa jeunesse et son expérience professionnelle en dehors de la Principauté ont été mises en avant par la tête de liste UM. La liste conduite par Jean-Louis Grinda devrait présenter d’autres candidats lors de prochaines réunions publiques. Deux autres soirées sont déjà annoncées, les 2 et 15 novembre.

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Martine Eva Rosticher © Photo Sylvain Lorio

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Guillaume Galtier © Photo DR

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Eric Battaglia © Photo Union Monégasque

Grandes écoles

Si Etienne Ruzic s’est exprimé sur la priorité nationale, Jean Billon a évoqué la séparation des fonctions et des pouvoirs. Quant à Anabela Crovetto, elle s’est attardée sur les jeunes : « Il faut les aider, car ce sont eux qui vont contribuer à la vie économique et à l’emploi. » L’occasion pour Grinda de répéter que « la jeunesse est au cœur de notre programme, parce que le pétrole de Monaco, c’est sa jeunesse ». Du coup, la tête de liste UM a fait une proposition concrète. Afin de faciliter l’intégration dans les grandes écoles internationales et que l’accès ne se fasse pas sur des critères de revenus, Grinda milite pour que l’Etat paie la totalité des frais de scolarité et d’inscription pour tous les Monégasques : « Harvard ou Polytechnique, ça peut coûter 40 000 ou 50 000 euros par an. Il n’est pas normal que certaines familles ne puissent pas offrir cela à ceux qui sont capables d’intégrer ces grandes écoles. Il n’est pas normal non plus qu’un jeune s’endette, a estimé Grinda. Ça ne représentera pas beaucoup d’argent pour l’Etat et les revenus seront énormes. Cette aide devra être accordée quel que soit le niveau de revenu des familles. » En revanche, UM propose que les ressources des familles soient prises en compte pour les frais de voyage et les frais de bouche.

« Pourrie »

Une fois encore, Jean-Louis Grinda a réclamé un phasage des chantiers : « Il n’est pas normal que la vie d’un quartier soit pourrie pendant quatre ans et que 6 mois plus tard, vous en repreniez pour 10 ans ! » Pointant du doigt un cadre de vie qu’il estime « considérablement » dégradé depuis 2012, le leader la liste UM s’est questionné : « À quoi bon sortir chaque année des exercices budgétaires avec des bénéfices, si le plaisir de vivre à Monaco s’amenuise chaque année à cause d’une baisse de la qualité de vie ? L’année prochaine, il y aura presque trois fois plus de camions en ville que cette année. Vous vous rendez compte ? » En expliquant ne pas « refuser d’aller de l’avant » et ne pas vouloir bloquer les chantiers, Grinda a assuré qu’il serait ferme sur cette question, « parce que le risque, c’est de voir des résidents quitter la Principauté ».

« Dérives »

Autre intervention remarquée : celle de Jean-Charles Allavena, qui s’est assez longuement exprimé, notamment sur les questions européennes. Et ce, même si cet élu estime que ce ne devrait pas être un sujet de campagne électorale : « Ça le sera quand même, mais uniquement parce que certains vont continuer à agiter des chiffons rouges, à jouer sur les peurs, à flirter avec le mensonge, pour s’ériger en défenseur de la patrie, pour se présenter comme ceux qui doivent expliquer au Prince Albert II que, dans son dos, son gouvernement lui ment, le manipule, et qu’il est en train de lâcher Monaco à l’Union européenne (UE). » Répétant une nouvelle fois qu’il n’était pas question pour la Principauté d’adhérer à l’UE, mais plutôt de « travailler avec » et que « rien ne laisse penser qu’il y a dérive », Jean-Charles Allavena a plaidé pour la vigilance : « C’est notre rôle ». Mais « rangeons les chiffons rouges, ils n’ont aucun sens ici », a insisté cet élu.

« Danse du ventre »

Deuxième sujet évoqué par Allavena, la liste Priorité Monaco (Primo !) et son leader, Stéphane Valeri. « Pour les idées, c’est silence : il nous refait le coup de 2003 et 2008, avec la consultation bidonnée des Monégasques. Apportez-moi vos idées et je les défendrai », a lancé Allavena. Estimant qu’il faut « écouter les gens et dialoguer » mais que cela n’empêche pas de « porter des convictions et d’essayer de convaincre », ce conseiller national a été ferme : « Nous ne sommes pas là pour laisser nos idées aux vestiaires et tenir un discours lisse et démagogique ». Assurant avoir été contacté, comme les autres membres de la liste UM, pour rejoindre Primo ! et Stéphane Valeri, Allavena explique que tout le monde a décliné. Et ce, « malgré plusieurs mois de danse du ventre ». Du coup, « sa campagne démarre par un premier gros échec : l’union nationale dont il rêvait, ce n’est pas lui qui la fera ».

« Renouveau » ?

« Ça fait un peu plus de 30 ans, avec la création de l’association pour les jeunes monégasques (AJM) en 1984 et sa première élection, que M. Primo se construit ce que j’appelle une biographie à la Ceaucescu (1918-1989). C’est-à-dire qu’on communique sur tout ce qui a marché, ou dont on a fait croire que ça a marché, et qu’on essaie de gommer ou de faire oublier les échecs, les silences et les zones d’ombre », a commenté Allavena. Insistant sur ces 30 années de carrière politique, cet élu a jugé que, si tout « n’est pas noir bien sûr » dans le parcours de Stéphane Valeri, « tout est loin d’être blanc immaculé ». Un constat qui dicte la stratégie à tenir face à ce poids lourd de la politique monégasque : « Je ne ferai donc pas d’attaques, mais du décryptage. Je pense que ce sera pire », a promis Jean-Charles Allavena. Avant de s’appuyer sur le constat fait par Stéphane Valeri lors de son premier pôle d’écoute et de propositions (Pep’s), le 23 octobre dernier. Le leader de Primo ! disait alors que « les deux autres listes sont la répétition des élections de 2013 » et qu’elles se sont déjà affrontées : « L’Union des Monégasques (UDM) contre Horizon Monaco (HM). Nous sommes le seul espoir de vrai changement au Conseil national. » Une analyse autour du thème du renouveau, sur laquelle a ironisé Allavena : « Lui, qui a donc été élu pour la première fois en 1988, soit 25 ans avant Jean-Louis Grinda ou moi… Je vous laisse méditer sur le renouveau ! »

 

journalistRaphael Brun