Monaco Telecom,
toujours sur le grill ?

Raphael Brun
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C’est l’une des cibles favorites des élus du Conseil national. Monaco Telecom accumule souvent les critiques négatives et provoque la colère de pas mal d’élus. Plus de trois ans après la prise de contrôle par Xavier Niel, où en est-on, vu de l’hémicycle ?

C’est presque devenu un rituel. Comme souvent, lorsque le sujet Monaco Telecom arrive devant les élus du Conseil national, la plupart sortent leurs flingues. Le 3 octobre 2017, lors d’une séance publique consacrée au budget primitif 2018, c’est l’élue Horizon Monaco (HM), Béatrice Fresko-Rolfo, qui a dégainé la première.

« Priorité » ?

C’est en égrenant une série de chiffre que cette conseillère nationale a commencé son intervention : « La priorité nationale est mise à mal dans des entreprises monégasques. Monaco Telecom : 195 salariés, 9 Monégasques. La Smeg : 94 salariés, 19 Monégasques. Société monégasques des eaux (SME) : 41 salariés, 3 Monégasques. Yacht Club de Monaco (YCM) : 173 salariés, 8 Monégasques. Grimaldi Forum : 336 vacataires 43 Monégasques, 138 salariés et 7 Monégasques. » Des chiffres suffisamment frappants a jugé cette élue pour réclamer une « stratégie ». Objectif : que « l’administration monégasque ne soit pas le seul refuge pour notre jeune génération. Il faut redonner confiance pour qu’ils puissent aussi intégrer le secteur privé. » Monaco Hebdo a contacté les différents groupes politiques du Conseil national pour leur soumettre une série de questions identiques sur Monaco Telecom. Alors que ce numéro était bouclé le 24 octobre 2017, seuls Thierry Poyet pour la Nouvelle Majorité (NM) et Jean-Louis Grinda pour Union Monégasque (UM) avaient répondu à nos questions. Et ils ne partagent pas vraiment l’argument avancé par Béatrice Fresko-Rolfo, qu’ils préfèrent tout deux nuancer.

Chômeurs

Thierry Poyet d’abord. Cet élu refuse de croire que Monaco Telecom ne respecterait pas la priorité nationale : « Pour ne pas sombrer dans la démagogie à la veille des élections, comme cela a été évoqué lors des dernières séances publiques, les Monégasques actifs représentent un peu plus de 5 % des travailleurs à Monaco. On n’est pas si loin de ce chiffre là-aussi chez l’opérateur. Je ne vois rien d’alarmant. Toujours les mêmes qui agitent le chiffon rouge : cela devient une marque de fabrique… » Du côté d’UM, Jean-Louis Grinda voit aussi dans les propos de Béatrice Fresko-Rolfo une approche très politique de ce dossier : « On voit bien, à travers ce genre de remarque, que la campagne électorale approche. Et que certains sont prêts à foncer sur le terrain de la démagogie et des informations approximatives. » Après avoir rappelé qu’il n’y a « quasiment pas » de chômeurs monégasques, Grinda s’est livré au même petit calcul que celui réalisé par Thierry Poyet. « Il y a à Monaco environ 4 500 Monégasques en âge de travailler sur un total de 52 000 emplois environ, soit plus ou moins 8,5 %. Plus de la moitié travaillent dans la fonction publique ou à la Société des Bains de Mer (SBM). Il en reste donc autour de 4 % dans le secteur privé. Faites le calcul : chez Monaco Telecom, 9 sur 195, c’est 4,61 %. On est donc exactement dans la norme ! », détaille Jean-Louis Grinda, tout en s’étonnant que « la quasi-totalité des postes administratifs et des postes d’accueil en boutique » soient « confiés à des Français » : « Manque-t-on de candidats Monégasques ou ne retient-on pas des candidats ? “That’s the question” [Telle est la question — N.D.L.R.]… »

 

Jean-Louis Grinda s’étonne que « la quasi-totalité des postes administratifs et des postes d’accueil en boutique » soient « confiés à des français »

 

« Départs »

Si Monaco Telecom a toujours pour actionnaire l’Etat monégasque, sa position est minoritaire depuis avril 2014. En effet, c’est à cette date-là que cet opérateur a été rachetée par le patron de Free, Xavier Niel, pour 322 millions d’euros. Depuis cette date, la Principauté ne possède plus que 45 % du capital de cette entreprise, qui bénéficie toujours d’une situation de monopole. Du coup, l’Etat ne peut sans doute plus peser autant que dans le passé, notamment sur les questions d’organisation et de stratégie. Suite à ce rachat, les élus se souviennent encore du plan social lancé par Monaco Telecom. C’était fin 2014. « En général, lorsque Xavier Niel rachète une entreprise, il y a des licenciements. L’objectif, c’est d’éviter d’avoir une organisation lourde et hiérarchisée, au profit d’une organisation horizontale », nous disait la journaliste des Echos Solveig Godeluck, auteur d’un livre très fouillé (1) sur le patron de Free. Si le plan social lancé fin 2014 par la direction de Monaco Telecom visait le départ volontaire de 35 salariés, ce sont finalement 58 employés qui ont quitté à partir de janvier 2015 cet opérateur, dont deux directeurs du comité exécutif. À l’époque, les syndicats n’hésitent pas à parler d’une véritable « hémorragie », s’inquiétant de voir que « près d’un tiers du personnel a sauté sur les conditions de départ alors que le marché du travail n’est pas terrible. Il y a une méfiance grandissante envers le projet d’entreprise sinon les gens ne quitteraient pas le navire. » Aujourd’hui, cet épisode douloureux est encore dans toutes les mémoires, dont celle de Jean-Louis Grinda : « Il demeure, à nos yeux, un bémol sur le côté social, même si ce point est contesté par l’actionnaire : nous ne sommes pas certains que le plan de réorganisation et de départs ait été vécu par les salariés avec aussi peu de problèmes que l’actionnaire veut bien le dire. » L’analyse est sensiblement la même chez l’élu NM, Thierry Poyet, qui souligne que cette entreprise n’est évidemment « plus la même. Elle a été transformée, elle est plus agile. Mais comme toute transformation, cela peut créer une rupture. Je rencontre des salariés. Certains sont dans un nouvel élan, d’autres regrettent le passé. Peut-être que l’accompagnement des salariés n’a pas été à la hauteur de la transformation. Mais je crois que cette impulsion a réellement créée une nouvelle dynamique. »

 

« Je rencontre des salariés. Certains sont dans un nouvel élan, d’autres regrettent le passé. Peut-être que l’accompagnement des salariés n’a pas été à la hauteur de la transformation »

Thierry Poyet. Elu NM

 

« Bérézina »

Comme souvent, c’est la qualité des différents services proposés par Monaco Telecom qui sont dans le collimateur des élus du Conseil national. « La couverture du réseau n’est pas bonne. Mais quand Monaco accueille de grands événements, c’est carrément la Bérézina. Beaucoup de gens qui vivent ou travaillent à Monaco, n’ont pas accès au réseau ces jours-là, avec une impossibilité pure et simple de connexion », a assuré Béatrice Fresko-Rolfo, le 3 octobre 2017, en pleine séance publique du Conseil national. En face, la réponse du secrétaire général du gouvernement, Robert Colle, a été cinglante : « On ne doit pas vivre dans le même pays et vivre les mêmes événements… Des études extrêmement précises sur la couverture du réseau existent. Je peux vous les faire passer. Je peux vous expliquer. Et je peux vous dire que la couverture réseau que nous avons en Principauté est toute à fait exceptionnelle. Le débit que nous avons est certainement, avec Singapour, le meilleur au monde. » Alors, Monaco bénéficie-t-il du meilleur ou du pire ? Le débat reste entier.

« Trop cher »

« Globalement » satisfait, Poyet reste persuadé que la qualité du réseau mobile est « perfectible », notamment en frontière avec la France : « Monaco Telecom cherche à installer des relais en France, pour couvrir Monaco depuis Beausoleil et résoudre ces zones blanches. Ce n’est pas facile, Monaco Telecom souhaite installer un réseau en France sans être opérateur… » Suffisamment pour parler de Bérézina ? « Madame Fresko a affirmé cela lors des séances publiques sur le budget rectificatif 2017. Je ne sais pas d’où elle tient ce genre d’information. Cela nécessite un éclaircissement de sa part… », ajoute Thierry Poyet. Tout en estimant que « d’années en années, le réseau accepte de plus de plus de connexions, même pendant le Grand Prix. L’opérateur installe aussi des équipements temporaires. De plus, le passage à la 4G et 4G+ a été bénéfique. » Pour UM et pour Jean-Louis Grinda, avec ce genre de débat, on atteint les limites de compétence d’un élu : « Est-ce à nous, en tant qu’élus, de porter un avis technique sur ces points ? Il faut arrêter de croire et de faire croire qu’on doit avoir une expertise sur tout ! » En revanche, lorsqu’il s’agit de parler des tarifs affichés par Monaco Telecom, les élus retrouvent leur voix. Souvent jugés « trop chers », voire « exhorbitants » lors de séances publiques plus ou moins houleuses, les prix des différentes prestations. « Je ne m’attarderai pas sur les tarifs planchers, qui sont des repoussoirs, a lancé Béatrice Fresko le 3 octobre 2017. Ni sur l’impossibilité de garder son numéro si on souhaite migrer vers d’autres opérateurs moins cher en France. Sachant qu’en France, on peut changer d’opérateur tout en gardant son numéro. »

Monopole

Cette fois, plutôt que de s’attarder sur ce constat, les élus qui ont répondu aux questions de Monaco Hebdo, ont décidé de s’intéresser aux raisons qui expliquent cette cherté. Pour Thierry Poyet, « notre comparaison est très souvent avec le marché français, par notre proximité et nos habitudes de consommation. De plus, le prix est toujours trop cher, aucun consommateur ne vous dira le contraire. Pour autant, si on se compare avec les pays européens, nous sommes dans la moyenne. » Rappelant que l’opérateur monégasque est en situation de monopole en Principauté et que cela n’a « jamais favorisé des prix bas », Jean-Louis Grinda estime que cette entreprise est aussi obligée d’engager des frais énormes, pour un bassin de population limité à seulement 40 000 personnes : « Or, acheter l’outil qui est le plus petit sur le marché et qui gère 250 000 personnes, en sachant qu’on ne peut l’amortir que sur 40 000 personnes, pas sur 250 000, ça a une conséquence… » Expliquer, c’est comprendre, mais pas forcément tout accepter, semble dire cet élu UM qui attend plus et mieux de la part de Monaco Telecom : « Si cet opérateur est dans la norme des autres tarifs européens, nous ne pouvons qu’appeler très fermement à une réelle modération dans les prix proposés et à une meilleure qualité en termes de couverture du territoire. »

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« La priorité nationale est mise à mal dans des entreprises monégasques. Monaco Telecom : 195 salariés, 9 Monégasques. » Béatrice Fresko-Rolfo. Elue HM

« Je me souviens des grandes promesses de M. Niel. Et elles ne sont pas au rendez-vous »

Béatrice Fresko-Rolfo. Elue HM

 

« International »

Reste à juger les performances de Monaco Telecom. Trois ans et demi après la reprise en mains par Xavier Niel, l’opérateur monégasque a des difficultés sur ses marchés au Kosovo et en Afghanistan, qu’elle gére depuis les années 90. À l’époque, « son actionnaire Vivendi avait un carnet d’adresses mondial, rappelle Grinda. Ainsi le Kosovo et l’Afghanistan ont été de vraies réussites, même s’il y a aussi eu quelques bides africains, moins glorieux. » Si ces « réussites » n’en sont plus, l’élu UM avance quelques explications : « Le marché afghan est beaucoup plus compliqué et moins rentable. Et surtout, ce pays n’offre aucune sécurité. L’entreprise a été directement frappée (2), il est donc logique d’en sortir. Le Kosovo a obtenu de l’Union Internationale des Télécommunications (UIT) son code-pays international, comme Monaco l’a eu il y a un peu plus de 20 ans. Du coup, le Kosovo n’a donc plus besoin de Monaco Telecom pour utiliser une partie de notre code-pays. Et il y a extinction logique de ce contrat. » Il faut donc trouver de nouvelles activités à l’étranger, ont plaidé les élus devant le gouvernement début octobre. « On a vu cette entreprise faire des économies, faire baisser ses coûts, mais on n’a pas vu de hausse de ses recettes à l’international. Or, c’est un marché important pour cette entreprise. C’était un opérateur qui était reconnu pour ça. Il ne l’est plus. L’international a plusieurs intérêts : création de valeur pour l’entreprise, et donc, plus de solidité financière. Et, de ce fait, des capacités d’investissements améliorées, mais aussi un développement de l’emploi », a souligné Poyet. « Je me souviens des grandes promesses de M. Niel. Et elles ne sont pas au rendez-vous », a estimé pour sa part Béatrice Fresko-Rolfo. Monaco Telecom est-il à la dérive sur les marchés internationaux ? « Pas du tout » a répondu le secrétaire général du gouvernement, Robert Colle, le 3 octobre 2017. Devant les élus du Conseil national, il a expliqué que la direction de l’opérateur monégasque devait se rendre « dans un pays, je ne vous dirai pas lequel, pour des raisons de confidentialité », pour « une opération qui pourrait s’avérer extrêmement intéressante. L’activité à l’international n’est pas perdue de vue par l’actionnaire majoritaire. » Il faudra sans doute attendre les débats en marge du budget primitif 2018 pour en savoir plus.

 

1) Xavier Niel, la voie du pirate, de Solveig Godeluck et Emmanuel Paquette (First Editions), 240 pages, 16,95 euros.
2) Le 31 mai 2017, à Kaboul, la capitale afghane, l’explosion d’un véhicule piégé a tué environ 90 personnes et blessé des centaines d’autres. Plus d’un tiers des victimes travaillaient chez Roshan, une filiale de Monaco Telecom.

 

La Box : trop « complexe » ?

C’est la critique faite le 3 octobre 2017, en séance publique au Conseil national, par l’élu Horizon Monaco (HM), Béatrice Fresko-Rolfo : « La box de Monaco Telecom, encore faut-il qu’on puisse l’installer chez vous… Car l’installation est complexe et tout le monde n’est pas éligible. On est donc loin du service que l’on pourrait attendre. » Un état de fait que confirment les autres élus qui ont accepté de répondre à nos questions. Même si pour la Nouvelle Majorité (NM), Thierry Poyet, a précisé que « l’opérateur n’a pas la responsabilité du câblage qui a été posé à l’intérieur des bâtiments, que ce soit pour les bureaux ou les habitations. Plus on monte en débit, plus le câblage doit être performant, ce qui n’est pas toujours le cas dans les réalisations qui datent un peu. Il appartient aux propriétaires de se mettre à niveau pour bénéficier de cette qualité. » Une position partagée par Union Monégasque (UM) et Jean-Louis Grinda : « Il faut donc que certains propriétaires refassent un bout de câblage. Ça prend un peu de temps si on veut faire ça proprement. De là à parler d’oubliés du numérique… » Bref, la nouvelle box de Monaco Telecom se mérite. « Désolé, Monaco Telecom est à la pointe de la technologie, a répondu le secrétaire général du gouvernement Robert Colle, à Béatrice Fresko-Rolfo, qui n’a pas semblé vraiment convaincue. Donc si la box nécessite un certain débit et que certains appartements ne l’ont pas, ce n’est pas la faute de Monaco Telecom. » R.B.

 

Quand Monaco Telecom avance…

Si le Conseil national reste très critique sur la politique mise en place par Monaco Telecom, les élus n’hésitent pas non plus à souligner les avancées qu’ils jugent positives. Comme, par exemple, le nouveau service Monaco WiFi, lancé en octobre 2017. « Le WiFi est remis au goût du jour : nouveau portail d’accès, nouvelle offre, nouvelle couverture… Il était temps ! C’était une demande de la Nouvelle Majorité (NM) l’an passé. L’objectif a donc été tenu ! », se félicite l’élu NM, Thierry Poyet. Avant d’ajouter un deuxième exemple d’avancée : « Nous avions demandé à l’opérateur de travailler une offre pour les jeunes, plus accessible. C’est chose faite. Je suis satisfait, même si, là encore, il y a toujours moins cher chez nos grands voisins… mais avec une autre qualité de service, aussi ! » R.B.

 

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© Photo Sophie Noachovitch / Monaco Hebdo.

« On n’est pas infaillibles »

Martin Péronnet, directeur général de Monaco Telecom, répond aux critiques de certains élus du Conseil national. Il fait le point sur les avancées et sur les projets de son entreprise. Propos recueillis Par Sophie Noachovitch

L’élu Philippe Clérissi s’est plaint que le centre commercial de Fontvieille (CCF) ne soit pas couvert en WiFi ?

On a une discussion en cours avec les domaines, dans le cadre de la modernisation du centre commercial. C’est en projet. On travaille avec eux sur l’amélioration de la couverture en 4G car le CCF n’est couvert qu’en 3G. C’est la même chose sur le port Hercule. Des bornes doivent y être installées mais, pour permettre les travaux du musée automobile, on a dû décaler le déploiement.

Début octobre, au Conseil national, des élus ont durement critiqué la qualité de votre réseau, pendant que d’autres semblaient s’en satisfaire : comment expliquer ces jugements très opposés ?

Le ressenti d’un client est roi. Je considère qu’une partie de mon travail est de comprendre quand certains ont des mauvais ressentis ou expériences.

Que vaut vraiment le réseau de Monaco Telecom ?

Aujourd’hui, Monaco est couvert de façon extrêmement bonne, que ce soit en mobile ou en fixe. Avec, à chaque fois, des technologies qui sont les plus puissantes au monde. En mobile, on est le premier réseau mondial à avoir ouvert commercialement un réseau en 4G++ avec 1 Gbit/seconde.

Et sur la téléphonie fixe ?

Sur le fixe, plus de la moitié de nos clients sont passés à un équipement qui permet aussi d’atteindre jusqu’à 1 Gbit/seconde de connectivité. Nos mesures auprès de nos clients indiquent que la satisfaction des installations est à 8,75/10, à 8,5/10 sur le fonctionnement et à 7,7/10 sur le contenu.

Mais alors, pourquoi certains estiment que cela ne fonctionne pas bien du tout chez eux ?

Certains ont une expérience moins bonne. L’interconnexion de notre réseau avec celui d’Orange génère des difficultés. Comme le réseau français est lui-même en rénovation, la fonctionnalité qui permet de passer de manière fluide de l’un à l’autre n’est pas implémentée et ça engendre parfois des coupures. Les frontières sont très touchées et lorsque le réseau d’Orange « bave » un peu sur Monaco, cela décale la frontière.

Quel autre type de problème existe-t-il ?

Sur quelques zones frontières — le quartier des Fleurs ou une partie du boulevard des Moulins — nous devons rajouter de la couverture, mais en la “ramenant” de France. On est en négociation avec les opérateurs français pour qu’ils nous permettent d’installer une antenne de l’autre côté de la frontière.

Il y a aussi des problèmes sur le téléphone fixe ?

Sur le fixe, c’est souvent lié à l’installation du câble qui n’a pas été parfaitement faite, ou à un problème d’interférences. On essaye de réparer à distance ou on envoie un technicien. Il peut y avoir des problématiques individuelles. On n’est pas infaillibles.

Les prix des forfaits de Monaco Telecom sont souvent jugés trop élevés par les élus du Conseil national : comment ces prix ont-ils évolué ?

Depuis septembre, on a adapté les offres de Monaco Telecom avec l’eurotarif. Le forfait Essentiel+ avec la box est à 9,99 euros/mois avec appels, SMS et MMS illimités à Monaco, en France et en Europe. Le forfait Connect+ avec la box est à 39,99 euros avec appels, SMS, MMS, 20 Go d’internet à Monaco, en France et en Europe. Auparavant, il y avait un peu de “roaming” [une fonctionnalité qui permet d’utiliser son téléphone mobile à l’étranger — N.D.L.R.]. Désormais, cela fonctionne dans toute l’Europe. Nouveauté, il y a aussi un forfait moins de 26 ans à 19,99 euros/mois, sans engagement avec appels, SMS, MMS illimités et 20 Go d’internet à Monaco, en France et en Europe.

Depuis la prise de contrôle de Monaco Telecom par Xavier Niel en 2014, les objectifs qu’il avait fixé ont-ils été remplis ?

Tout ce que Xavier Niel avait annoncé à l’arrivée est quasiment réalisé. Le réseau mobile, l’un des plus performants au monde, était l’un des projets qui lui tenait vraiment à cœur.

Les élus s’inquiètent de votre retrait en Afghanistan et au Kosovo ?

Kosovo Telecom a obtenu un code pays. Ils sont dans une phase de transition dans laquelle on les accompagne. Ceci se fera d’ici un an. Monaco Telecom restera partenaire de Kosovo Telecom, mais pas de façon aussi centrale qu’aujourd’hui. Le deuxième gros partenaire c’est Rochan, l’opérateur afghan aux 6 millions de clients. Monaco Telecom possède 36,75 % des parts. L’Afghanistan est un pays en grandes difficultés politiques, économiques et sécuritaires. Le 31 mai 2017, un attentat terrifiant a tué 30 collaborateurs de Rochan et détruit son siège et ses installations centrales. Evidemment, cette situation pèse sur la santé de Rochan et cela nous préoccupe. Je vais à Dubai dans 15 jours [cette interview a été réalisée le 20 octobre 2017 – N.D.L.R.] pour mener une revue stratégique entre actionnaires. On va essayer de trouver des solutions pour faire en sorte que Rochan puisse continuer à apporter un service inestimable pour la population afghane.

L’un de vos gros contrats, c’est le WiFi dans les avions, avec OnAir ?

La gestion est à Monaco. C’est une grande fierté. Monaco Telecom gère le cœur de réseau du plus gros opérateur dans les avions, qui travaille avec Emirates ou Singapour Airlines. Ce contrat a été renouvelé jusqu’en 2022, malgré une concurrence relativement sévère d’acteurs mondiaux. On lance la 3G dans les avions avec eux. C’est l’un de nos plus gros clients. On parle de quelques pourcents de notre activité à l’international, qui représente un tiers du chiffre d’affaires de Monaco Telecom. Soit 144 millions d’euros en 2016.

Vos projets à l’international ?

On a signé un contrat avec un nouvel opérateur en Cote d’Ivoire qui s’appelle Orea au printemps dernier. Ce contrat serait significatif. Pour démarrer, il manque encore la finalisation de la licence de cet opérateur.

Quoi d’autre ?

On est en train de lancer un réseau maritime. Il s’agit de la même chose que ce qu’on fait dans les avions, mais dans les bateaux. Nous opérons directement la solution. Les premiers bateaux seront équipés en 2018. Croisiéristes, ferries et yachts sont concernés.

Vous pensez aussi à racheter d’autres entreprises pour grandir ?

On regarde la privatisation de Mol Telecom en Moldavie. Rien ne se passera avant potentiellement plus d’un an. Ca pourrait nous intéresser d’y prendre des parts.

Monaco Telecom a aussi lancé la construction d’un “data center” ?

Le “data center”, décidé par Xavier Niel, a été ouvert en juillet 2015. Il est déjà rempli. Il nous a amené à construire un nouveau “data center” de 220 baies [armoires où sont stockés serveurs et données — N.D.L.R.] lui aussi, prévu pour 2018. Les entreprises ont compris qu’il est beaucoup plus sûr d’externaliser ses serveurs.

 

journalistRaphael Brun