Budget primitif 2018 :
« On a coupé un peu partout »

Raphael Brun
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Le gouvernement a présenté le budget primitif 2018. Un budget sensiblement identique à celui de 2017, à 1,2 milliard d’euros, impacté par l’urgence des travaux à lancer aux Jardins d’Apolline. Il a fallu arbitrer.

Il a insisté. Il l’a dit et répété. Ce budget primitif 2018 est un budget de « consolidation et de réalisation », et « d’ambition ». Le ministre d’Etat, Serge Telle, a présenté devant la presse, le 18 octobre 2017, les orientations politiques prises par les finances monégasques. Si ce budget 2018 ressemble sensiblement en termes de chiffres à celui de 2017, pas question de s’enflammer : « On reste dans une maîtrise très serrée des finances publiques. » Du coup, le gouvernement a travaillé sur des hypothèses de recettes en hausse de 0,6 % et des dépenses en augmentation de 0,9 %, par rapport à l’exercice précédent. Au final, ce budget devrait « dépasser » 1,2 milliard d’euros et l’Etat espère finir l’année 2018 avec un excédent de recettes de 2,9 millions d’euros.

Apolline

Du côté des réalisations, Serge Telle a mis en avant des opérations immobilières qui concernent notamment le logement des Monégasques. L’opération L’Engelin sera terminée fin 2017 et habitable en « janvier ou février 2018 » et le gouvernement versera 11,4 millions d’euros pour finir de payer un chantier estimé à 119 millions. Même chose pour la Villa del Sol, avec 2,2 millions restant à régler pour une livraison au second trimestre 2018. Coût total de cette opération : 23 millions d’euros. U Pavayùn, le nouveau nom de la Villa del Sol, proposera 33 appartements. La commission d’attribution de ces logements est prévue pour la semaine du 15 janvier 2018. Le gouvernement a aussi dû trouver de l’argent pour financer la réparation des dégâts aux Jardins d’Apolline : 26 millions ont été débloqués dans ce budget primitif 2018 pour prendre en charge l’impact humain, immobilier et judiciaire d’un dossier dont on n’a pas fini d’entendre parler. Pour faire face à cet imprévu, le gouvernement a dû « couper », « tailler », « arbitrer » dans ses dépenses. « On a coupé un peu partout, notamment sur des programmes que l’on a jugé moins prioritaires, a expliqué Serge Telle. Par exemple, un programme sur TV5 Monde a été coupé. » Il faudra attendre « les semaines ou les mois qui viennent » pour avoir une idée plus précise du coût global envisagé pour la réhabilitation des Jardins d’Apolline.

Fontvieille

Toujours au rayon immobilier, le gouvernement va lancer des études pour le remembrement du quartier Ida. Sans oublier la restructuration du stade Louis II qui va se poursuivre, les débats et les études autour de l’aménagement du Larvotto, ou encore les études sur le télécabine qui descendra du Jardin Exotique, à Fontvieille, jusqu’au Rocher. Ce télécabine vient d’ailleurs s’imbriquer dans le projet de restructuration du centre commercial de Fontvieille (CCF). Les deux groupements encore en lice ont rendu leur copie le 16 octobre 2017. L’examen de ces deux projets va donc pouvoir débuter. « Une décision devrait pouvoir être prise d’ici 6 mois, soit au début du deuxième trimestre 2018 », a estimé le conseiller-ministre pour l’économie et les finances, Jean Castellini. Pour en savoir plus, il va donc falloir s’armer de patience : « Aujourd’hui, on sait ce qu’il y aura dans le futur centre commercial de Fontvieille. En revanche, on ne sait pas qui il y aura dedans. Pour le moment, la priorité est donnée à la volumétrie générale, l’intégration d’un cinéma, le maintien d’une grande surface commerciale, comme celle qui existe aujourd’hui. Mais il est prématuré de donner des noms d’enseigne », a ajouté Castellini. Tout en avouant que les deux projets posés sur son bureau comportent « très certainement » l’emplacement des commerces de bouche, la localisation du cinéma, sans en dire plus. Une certitude : les délais de construction du CCF sont impactés par l’opération Pasteur qui ne sera pas terminée avant 2021 et par les travaux de la darse nord dont la fin est espérée pour 2020. Et donc à la possibilité d’utiliser deux grands espaces : la salle Léo Ferré et les locaux qui abritent la collection de voitures du prince. « Cela nous permettra d’avoir une volumétrie qui ait un sens d’un point de vue économique », a soutenu Jean Castellini.

OCDE

Menace terroriste oblige, Serge Telle a indiqué que l’engagement de l’Etat sur ce sujet ne faiblirait pas. Une sécurité élargie à la question du numérique. « Entre l’agence et les services numériques de l’Etat, cinq postes seront créés, a avancé le ministre d’Etat. De plus, nous allons renforcer la sécurité des réseaux. » Un positionnement logique pour Serge Telle : « La Principauté est l’un des pays les plus sûrs au monde en ce qui concerne les biens et les personnes. Il faut qu’on le devienne aussi sur la question de la sécurité numérique. » Onze postes seront mis en place et dédiés à veiller sur les biens et les personnes. Monaco doit aussi se plier aux conventions signées avec l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) sur l’échange automatique d’informations. Ce qui suppose l’utilisation de moyens sophistiqués et sécurisés pour que ces renseignements sensibles puissent transiter sans souci. Depuis le 29 septembre 2017, 50 pays sont supposés échanger automatiquement des informations sur leurs résidents. Cette liste compte la presque-totalité des Etats membres de l’Union européenne (UE). Sans oublier une douzaine de dépendances des royaumes d’Angleterre et du Danemark, ainsi que quelques membres du G20, comme l’Afrique du Sud, l’Argentine, la Corée du Sud, l’Inde et le Mexique. L’Autriche intègrera cette liste dans un an.

Education

L’Etat monégasque sanctuarise le social. Ce secteur pèsera pour 8,4 % des dépenses du gouvernement. « Un effort particulier sera fait pour la prise en charge et l’éducation des enfants handicapés qui ne pouvaient pas être accueillis auparavant en Principauté, a annoncé Serge Telle. Un nouveau service va être lancé, avec un pôle éducatif spécialisé qui entraînera la création de quatre postes. » Pour l’éducation, c’est le statu quo par rapport à 2017, avec 10,3 % des dépenses totales de fonctionnement consacrées à ce secteur. En parallèle, l’école maternelle du Stella sera livrée et la partie lycée de François d’Assise Nicolas Barré (FANB) à Roqueville à la rentrée 2018. Quant au sport, « l’effort est maintenu », assure Serge Telle, avec une dépense à hauteur de 5 % du budget. Même chose pour la culture, avec une nouveauté : la création d’un institut du patrimoine, qui nécessitera la création de trois nouveaux postes.

Transition

Comme « le futur commence au présent », le ministre d’Etat a indiqué que son gouvernement allait chercher à « refaire notre retard et de prendre de l’avance » sur le secteur du numérique. « On en a beaucoup parlé. Mais cette fois-ci, on va le faire », a promis Serge Telle, en expliquant que près de 16 millions allaient être alloués à cette tâche. Onze postes vont venir renforcer les moyens humains de l’administration monégasque. Objectif affiché : « Moderniser et digitaliser l’administration de la Principauté. » Ce qui supposera aussi un « changement culturel » dans les habitudes prises par les salariés de l’Etat. La transition énergétique souhaitée par le Prince Albert II n’est pas oubliée, puisque 26 millions d’euros lui seront consacrés en 2018. Développement des énergies propres, amélioration des capacités énergétiques des bâtiments de la Principauté, la mobilité propre, la gestion des déchets… Sans oublier la contribution de Monaco au fonds vert international qui passera l’année prochaine de 500 000 euros à 1 million : « Ce qui nous placera sur le même niveau que les autres pays européens, en termes de contribution par habitant. Ce fonds vert international doit servir à la transition énergétique de la planète face au changement climatique », a précisé Serge Telle.

Retraites

Bien sûr, en 2018, comme pour les années suivantes, le dossier européen occupera le devant de la scène. « Le gouvernement va continuer à travailler sur la possibilité d’un accord d’association avec l’Union européenne (UE), a indiqué le ministre d’Etat. Mais sans franchir les lignes rouge et blanche fixées par le Prince Albert II. Il n’y a pas d’inquiétude particulière. Car si on doit présenter un accord au Conseil national pour une loi de ratification, il respectera forcément ces lignes rouge et blanche. » Le discours ne change pas. Mais au vu des derniers échanges en séance publique au Conseil national, pas sûr que cela suffise à calmer les inquiétudes de certains élus. Des élus qui s’inquiètent aussi sur la pérennité du versement de la retraite des fonctionnaires. Un sujet sur lequel Serge Telle a, là aussi, insisté pour tenter de rassurer, avec l’appui de Jean Castellini : « L’Etat a commencé à cantonner une poche dans le fonds de réserve constitutionnel. Nous allons nous concerter avec les élus pour une grande loi retraite. » L’écart entre les contributions des fonctionnaires et les dépenses a été estimé à environ 65 millions par an. Du coup, depuis fin 2016, une réserve correspondant à deux années de versement, soit 130 millions d’euros, a été mise en place. De quoi voir venir, en attendant les discussions, sans doute musclées, avec les élus du Conseil national.

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© Photo Charly Gallo / Direction de la Communication

Un budget primitif 2018 en légère hausse

Recettes : 1,218 milliard d’euros, soit + 7,3 millions (+ 0,6 %), les contributions représentent 77,1 % des recettes.

Dépenses : 1,215 milliard d’euros, soit + 10,7 millions (+ 0,9 %)

Fonctionnement : une hausse de + 2,4 %, soit + 12,8 millions.

Interventions publiques : une majoration de + 5,4 %, soit + 14,3 millions.

Travaux, matériels et investissements : une baisse de – 4,2 %, soit – 16,5 millions.

Excédent de recettes : 2,9 millions d’euros, contre 6,3 millions au budget prévisionnel 2017.

Source : Gouvernement monégasque.

 

Les recettes de TVA toujours en tête

D’où vient l’argent de la Principauté ? Là encore, pas de grand changement. Les recettes de TVA arrivent largement en tête, avec une légère augmentation de « 10 ou 15 millions d’euros », a indiqué le conseiller-ministre pour l’économie et les finances, Jean Castellini. Quant à l’impôt sur les bénéfices (ISB), il est stable, autour de 125 millions d’euros environ. Enfin, les droits d’enregistrements, « devraient être comparables à 2017, mais inférieurs à 2016. Il faut se souvenir qu’en 2016, il y a eu des opérations exceptionnelles, qui, par définition, ne se reproduisent pas », a détaillé Jean Castellini. Avec 1,219 milliard d’euros de recettes pour 1,215 milliard de dépenses, c’est la stabilité qui est de mise. Des chiffres comparables à 2017. R.B.

Abandon du “France Télévisions à la monégasque”

Il y a deux ans, Serge Telle avait évoqué son envie de créer un pôle de médias publics, sur le modèle de France Télévisions. Mais il n’y aura pas de grande télévision publique, avec un contrat d’objectif entre l’Etat et ce média. « Tout ça n’existe plus. France Télévisions n’existera peut-être plus sous cette forme dans quelques années, a soufflé le ministre d’Etat. Ce n’est plus là où il faut être. Il vaut mieux essayer de négocier correctement le virage numérique, en essayant de capter un maximum d’audience. » R.B.

Echange automatique d’informations : ça commence en janvier 2018

Le conseiller-ministre pour l’économie et les finances, Jean Castellini, l’a rappelé : à partir de janvier 2018, les banques installées en Principauté devront se plier à l’échange automatique d’informations. En clair, elles devront transmettre à l’Etat monégasque les informations demandées par les autorités de pays étrangers. Ensuite, Monaco aura jusqu’au 30 septembre 2018 pour communiquer ces informations aux autorités à l’origine de cette enquête. « La sécurisation de la place bancaire, mais aussi la sécurité de l’information transmise par les banques requiert toute notre attention. C’est d’ailleurs aussi pour ça qu’on investit de l’argent en 2018 sur ce sujet. Un salarié dans mon département sera chargé de ces questions liées à l’OCDE », a souligné Castellini. Les équipes du Service d’Information et de Contrôle sur les Circuits Financiers (Siccfin) seront aussi renforcées, a promis ce conseiller. « La lutte contre le blanchiment ou le financement du terrorisme nécessite des moyens accrus », a justifié Jean Castellini. La sécurité des données numériques sera indiscutablement l’un des grands sujets de 2018 et des années à venir. R.B.

Un télécabine Fontvieille-CCF-Rocher en 2021

On en sait un tout petit peu plus sur le projet de télécabine du gouvernement. Le tracé comportera trois stations : Jardin Exotique, Fontvieille et Rocher. Le départ sera donc donné du Jardin Exotique, pour descendre ensuite jusqu’au centre commercial de Fontvieille (CCF). La station serait installée du côté de la passerelle, située au niveau du CCF. Ensuite, le télécabine repart pour arriver en dessous du palais, au niveau du jardin d’enfants, sous le Castel Roc. Les temps de trajet restent théoriques, mais il faudra compter 5 à 6 minutes pour faire le trajet Jardin Exotique-Rocher et seulement 2 à 3 minutes pour descendre du Jardin Exotique au CCF. « Le gouvernement a choisi de miser sur des télécabines de type “œuf” et non pas des cabines de plusieurs centaines de personnes. Ce qui nous permettra de proposer des rotations beaucoup plus fréquentes », a justifié le conseiller-ministre pour l’économie et les finances, Jean Castellini. Un parking de dissuasion de 1 820 places sera créé du côté du Jardin Exotique, afin de permettre aux salariés qui travaillent à Monaco ou aux touristes de laisser leurs véhicules. La fin des travaux est prévue pour 2021. En revanche, pour le moment, le coût est incertain. « La construction des stations sera financé par l’Etat. Mais l’opérateur de ce télécabine pourrait prendre en charge le coût des pylones, des câbles, des cabines et l’entretien », a ajouté Castellini. En 2018, l’Etat dépensera 1,5 million pour des « études préliminaires ». R.B.

 

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