Sportel Awards : le prix du jury
pour Camps to Champs

Sophie Noachovitch
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Chaque année, les Sportel Awards récompensent les plus belles images de sport, mais aussi les livres.

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ordanie, Ouganda, Grèce, Colombie. Dans cette série en 4 épisodes, des champions olympiques se rendent à la rencontre des réfugiés regroupés dans des camps. Samantha Murray, penthathlète anglaise, Gus Kenworthy, skieur acrobatique américain, Sizwe Ndlovu, rameur sud-africain, et Thaïs Henriquez, nageuse synchronisée espagnole ont rencontré ces personnes qui ont fui la guerre et la misère. Le jury des podiums d’or des Sportel Awards a choisi, mardi 24 octobre, de récompenser de son prix du jury Camps to Champs, cette série produite par Olympic Channel en Espagne. « Ça a été vraiment difficile de départager les films, relate Marlène Harnois, juré des Podiums d’Or et championne de taekwondo. Tous ces documentaires, c’est de l’excellence. Ils nous touchent tous différemment. »

« Engagée »

Pour le prix du jury, cette canadienne naturalisée française a été particulièrement émue. « De part mon parcours, je suis forcément très sensible sur les valeurs de l’olympisme, décrit-elle. Et comme je suis très engagée dans la solidarité, cette série m’a vraiment touchée. » Pour Paula Radcliffe, recordwoman du monde du marathon féminin depuis 2003, juré également, cette série documentaire est « un peu hors catégorie ». « Elle aurait eu sa place dans toutes les catégories des podiums d’or ! insiste-t-elle. Elle a ému l’ensemble du jury. »

Simplicité

Les jurés ont aussi récompensé plusieurs autres films offrant un palmarès riche. « Dans tous ces films, il y avait quelque chose, relate Marlène Harnois. L’émotion de la victoire, l’esprit d’équipe, les larmes d’un joueur qui nous touchent, l’émotion de l’exploit. » Il y avait parfois de la simplicité aussi, selon Paula Radcliffe : « L’émotion, celle qui montre bien la nature du sport. » Gérard Houllier, qui fut entraineur de football à Liverpool ou auprès de l’Olympique Lyonnais (OL) notamment, qui a rejoint le comité d’organisation des Sportel Awards cette année, c’est aussi l’émotion qui prime dans une vidéo de sport. « J’aime bien aussi quand ils sont capables de mettre un peu d’humour. » Les valeurs du sport, bien évidemment, ont elles aussi été récompensées ainsi que plusieurs éléments techniques, de quoi faire de ce palmarès 2017, un très bon cru.

 

Le palmarès

Podium d’or Georges Bertellotti

Prix du ralenti sportif : Stadium of tears, Piero Pontico, AS Roma SPA, Italie

Prix de la promotion d’un programme : Wake up, Tim Ahlfeld, Red Bull Media House GMBH, Autriche

Prix de la découverte : Ice Call – Backyards project, Antoine Frioux, PVS Company, France

Prix de l’innovation : Kerguelen, Hervé Borde, Nefertiti production, France

Prix de la publicité – Christian Blachas : Unlimited Youth Nike, Wieden+Kennedy, USA

Prix du second écran : La Canal F1 App, Canal+, France

Prix du jury : Camps to Champs series trailer,

Olympic Channel, Espagne

Prix du documentaire Peace and Sport : Girl Unbound, Maria Toorpakau, Blackacre entertainment LLC, USA

Grand prix du comité international olympique : #EqualGame, Jack Weatherley, UEFA, Suisse

PRIX DU LIVRE – RENAUD DE LABORDERIE

Prix du livre – Comité olympique monégasque : A corde tendu, François Carrel, Editions Paulsen, France

Prix du livre – Comité national olympique sportif français : So FootLes années 70 : Football total, napalm et poteaux carrés, So Foot, So Press, France

 

« La génération qui arrive va être exceptionnelle »

Deux monstres du handball étaient au Sportel Monaco, mardi 24 octobre. Thierry Omeyer, le gardien le plus doué de sa génération, et Claude Onesta, l’entraîneur aux innombrables victoires. Ils expliquent à Monaco Hebdo les clés de leur succès et comment ils voient l’avenir.

Quatre champions leagues, huit championnats de France, deux titres de champions olympiques, cinq titres de champions du monde, trois titres de champions d’Europe. On ne parle ici que de l’équipe de France. Car le handball français, ce sont des joueurs hyper-doués qui ont tout raflé au niveau international, mais aussi dans leurs clubs respectifs. « Je suis très heureux et très fier d’avoir gagné tous ces titres, commente Thierry Omeyer, gardien de handball aux arrêts spectaculaires. J’ai toujours fonctionné dans un état d’esprit qui était de gagner, avec une remise en question permanente. Evidemment, lors d’une victoire, je savourais pendant deux trois jours. Mais tout de suite après, je me demandais quels sont les prochains objectifs. » C’est ce qui lui a permis, avec l’équipe des Experts — entre autres, Nicolas Karabatic, Daniel Narcisse ou encore Jérôme Fernandez — de tout emporter. « Gagner une fois, c’est bien. Etre en capacité de gagner plusieurs fois, c’est ce qui me rend le plus fier. Entre mon premier titre de champion du monde et le dernier, il y a 16 ans d’écart. C’est cette capacité à continuer dont je suis fier. »

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Thierry Omeyer © Photo Sophie Noachovitch / Monaco Hebdo.

« Bienveillant »

Dans ces mots, on sent l’empreinte de son entraîneur, Claude Onesta. Ce monument du handball à la voix rocailleuse aux accents chantant du sud-ouest a su guider ces athlètes. Est-il fier de leurs titres ? « Je suis fier de ce qu’on a réussi, confie-t-il. Mais, finalement, ce n’est pas le palmarès. Ce qui me rend le plus fier, c’est la façon dont on a réussi à gagner. » S’il se défend d’une “méthode Onesta”, il a quand même imprimé sa marque aux bleus. « En arrivant, j’avais l’ambition d’essayer de prouver qu’en s’entendant bien, en étant bienveillant, respectueux, on peut avoir des résultats exceptionnels. » Pari réussi dans un monde où l’usage est de faire des sportifs des prédateurs super-méfiants.

« Emulation »

Collaborer, fédérer au lieu de s’éparpiller, imprimer le respect, l’innovation, la discussion. Et puis, se remettre en question. Tout le temps. « Dès que je me sentais tranquille, je me remettais vite en situation de difficulté, et j’allais chercher des nouvelles solutions, explique Claude Onesta. Je me suis toujours dit que si je cherchais seul, les solutions seraient toujours moins intelligentes que si on était 10 à réfléchir. » Il a donc impliqué ses joueurs. « Tous se sentent responsables et ce sont des gens qui deviennent très solidaires. Ils sont plus déterminés. » Thierry Omeyer qui a évolué des années aux côtés de l’Albigeois ne dit pas autre chose : « Il y a toujours eu un très bon état d’esprit. Claude nous a responsabilisé. Le niveau d’exigence était élevé, mais avec une sorte d’émulation entre nous. »

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Claude Onesta © Photo Sophie Noachovitch / Monaco Hebdo.

Préconisations

Claude Onesta, lui, se dit « apaisé », avec sa carrière et son envie de gagner. Aujourd’hui, il voit plus loin que le seul handball. La ministre des Sports française, Laura Flessel, lui a confié l’élaboration d’un rapport de réflexion et de préconisations « pour construire une politique sportive globale de modernisation ». Un rapport qu’il doit rendre fin décembre. « Il s’agit d’une réflexion sur l’ensemble des sports français. L’idée est de réfléchir sur la manière d’organiser le sport français pour offrir à des athlètes de meilleures conditions pour aborder les compétitions, décrit l’ex-entraîneur des Experts. Comment un athlète parmi les meilleurs peut devenir le meilleur mondial ? C’est la question à laquelle je vais essayer de répondre. » Selon lui, en France, les sportifs ont bien trop souvent tendance à se contenter d’être parmi les meilleurs. « Quand on regarde les All Blacks dans le rugby, Federer ou Nadal dans le tennis ou Bolt en athlétisme, ils ont cette capacité à se remettre en question. Ils sont au rendez-vous de la performance par la volonté d’être toujours les meilleurs. »

Valeurs

Pour Onesta, cela passe aussi par une prise en compte des conditions dans lesquelles évoluent les sportifs. « On attend énormément d’eux. Mais combien sont sans emploi, sans moyen, sans partenaire financier ? Il nous appartient, pouvoirs publics, de ne pas se contenter de l’idée de performance, mais de leur donner les moyens d’y parvenir. » Aide financière donc, mais aussi éléments technologiques, accompagnement psychologique pour les plus fragiles sont autant de biais pour les y aider. En outre, il estime que les futurs sportifs doivent être des modèles d’exemplarité du sport, car les jeunes, en particulier, s’identifient à eux. Ils doivent être les vecteurs de valeurs.

Relève

Quant à Thierry Omeyer, qui continue à éblouir par ces arrêts incroyables — le 15 octobre, il bloquait magistralement un ballon des Danois d’Aalborg avec le PSG, avec un pied dans les air — il songe, à presque 41 ans, à sa retraite. « Mais mon envie de performance est toujours là », lâche-t-il, tout en sachant très bien que la relève est assurée. « Depuis 5-6 ans, il y a des jeunes qui remportent tous les titres. En 2015, les pro A, les -21 ans et les -19 ans ont tous été champions du monde. Et les -17 ans sont devenus champions d’Europe, précise Omeyer. La génération qui arrive va être exceptionnelle. » Le handball français a donc encore de belles années devant lui.

 

 

journalistSophie Noachovitch