Michaël Gregorio :
« La scène, c’est addictif »

Anne-Sophie Fontanet
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Michaël Gregorio, l’imitateur de chanteurs, fête 10 ans de tournées. Il fera halte le vendredi 3 novembre à Monaco (1). Son show, J’ai 10 ans, condense le meilleur de ses trois précédents spectacles. Interview.

L’idée de ce spectacle, J’ai 10 ans ?

Il s’agit d’un spectacle anniversaire. C’était se donner les moyens de fêter tout ça avec l’équipe. Mais J’ai 10 ans évoque aussi l’enfance. C’est un super moyen de retourner dans les années 1990, l’époque de mes 10 ans ! Du coup, je travaille et je joue avec les musiques de cette époque-là. C’est l’occasion d’assumer le côté sale gosse que j’avais à ce moment-là.

Des nouveautés ?

Il y a des nouvelles voix comme Maître Gims, Stromae, David Bowie ou Vianney. C’est extrêmement musical. Du rap au jazz jusqu’à l’opéra ou l’électro, etc.

Vous protégez particulièrement votre voix ?

C’est effectivement l’un des outils qui est important pour moi. Mais la voix seule, ça ne sert pas à grand-chose. En dehors des dates, je me repose au maximum. Je ne me prive toutefois pas de toutes les belles choses de la vie, mais avec modération.

Votre agenda est rempli ?

On a commencé la tournée de rodage intitulée J’ai bientôt 10 ans en février 2016. La tournée actuelle s’achèvera début 2018. Le spectacle est extrêmement engageant, que ce soit vocalement et physiquement. Mais aussi psychologiquement, parce qu’il y a le trac et les différents projets à gérer autour aussi.

Votre plaisir ?

J’aime la scène, j’en ai peut-être même besoin. Je ne dis pas que c’est le même plaisir tous les soirs, ce serait mentir. Mais c’est complètement addictif. Quand je ne suis pas sur scène, je ne suis pas complètement heureux. Il me manque quelque chose.

Votre regard sur ces 10 dernières années ?

Une jolie aventure ! Cela fait 10 ans qu’on tourne avec les mêmes musiciens et techniciens. Evidemment, l’équipe a grandi. Mais le noyau de base est toujours là. C’est d’ailleurs devenu une seconde famille. Ces 10 ans, c’est aussi voir la démarche folle de ces gens qui prennent une place pour passer un moment avec nous. Et ça me touche toujours autant.

L’appréhension de la scène est toujours présente ?

Grande ou petite scène, le trac est toujours là. Il y a une évolution indéniable, je n’aborde pas la scène de la même manière. Ce spectacle est complètement différent, avec beaucoup plus de comédie. C’est plus protéiforme, avec beaucoup plus de styles musicaux représentés. J’aurais voulu être un chanteur, en 2007, au Café de la Danse, ce n’est pas la même chose que J’ai 10 ans, à Bercy, en décembre 2017.

Qu’est-ce qui a changé ?

A l’époque, j’écrivais peu, voire pas du tout. Et aujourd’hui, j’ai rencontré Arnaud Lemort, avec qui nous avons construit un véritable binôme. Du coup, c’est un spectacle qui me ressemble beaucoup plus. Quand j’ai commencé, il y a 16 ans, et que j’imaginais un spectacle, c’est vrai que J’ai 10 ans correspond bien à l’idée que je m’en faisais. Dire que c’est le spectacle de mes rêves, ce serait peut-être un petit peu fort. Mais c’est un vrai terrain de jeu.

C’est difficile de chanter aussi bien avec des voix d’hommes que de femmes ?

Cela représente le même travail. Il n’y a pas de genre dans le travail vocal. Comme ma voix est plus de genre masculine, il y a forcément moins de voix féminines. Mais c’est franchement le même processus.

Les voix que vous aimez particulièrement imiter ?

Je ne vais pas aimer une imitation. Je vais aimer un artiste, une chanson ou un moment du spectacle. Par exemple, quand à la fin je me jette sur le public, c’est un peu ma récréation. Sinon, il y a des chansons dans le spectacle, comme Amsterdam (1964) de Jacques Brel ou Highway to Hell (1979) de ACDC, qui sont des moments que j’aime énormément.

Prendre la posture du chanteur imité, c’est nécessaire ?

Le travail corporel fait aussi partie de l’imitation. Comme l’interprétation ou l’écriture. C’est effectivement l’une des composantes du travail scénique.

Le spectacle de Véronic Dicaire se rapproche de votre show ?

Ce sont des spectacles extrêmement musicaux, mais nous avons tout de même nos petites différences. On est presque complémentaires.

Imitateur, chanteur, comédien : vous-vous considérez comment ?

Le dénominateur commun, c’est la scène et l’interprétation. Ce ne sont pas les mêmes degrés, mais c’est un petit peu cousin.

Et chanter vos propres chansons ?

J’ai eu la chance de composer et d’écrire une chanson pour un film d’Arnaud Lemort Dépression et des potes (2012), c’était une jolie parenthèse. Je fais de la musique… Pour l’instant, c’est quelque chose d’extrêmement personnel. Mais je ne ressens pas du tout le besoin de me mettre en avant. Ce n’est vraiment pas d’actualité.

La tournée se passe comment ?

Ça se passe à merveille. J’ai conscience que c’est une chance et j’essaie d’en profiter au maximum. Ça a été un an et demi de travail. Je présente ce spectacle un peu partout en France, en Suisse, en Belgique et à Monaco. C’est un vrai plaisir.

1. J’ai 10 ans de Michael Gregorio, à l’espace Léo Ferré, le 3 novembre à 20h30. Tarif : 38 euros.

journalistAnne-Sophie Fontanet