Pourquoi Monaco investit
pour sa santé à Menton

Sophie Noachovitch
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La Principauté vient d’injecter 2,6 millions d’euros pour la rénovation de l’hôpital La Palmosa, à Menton, qui met 161 lits de soins de suite à disposition du centre hospitalier Princesse Grace. C’est aussi une solution permettant d’anticiper les conséquences financières de la T2A.

À partir du printemps 2018, le Centre hospitalier Princesse Gra- ce (CHPG) ne devrait plus manquer de lits pour les soins de suite. Tel est le résultat de la convention signée, fin septembre, entre Didier Gamerdinger, conseiller ministre des affaires sociales et de la santé et l’hôpital La Palmosa à Menton. « Ce partenariat a été décidé pour deux raisons : le CHPG a peu de places en soins de suite, moins de 10 lits y sont consacrés, précise Didier Garmerdinger. Et nous nous sommes aperçus que cette convention allait dans l’intérêt de tout le monde, puisqu’il sera plus facile pour les patients mentonnais, soignés au CHPG, de suivre leurs soins de suite en pays mentonnais, pour pouvoir recevoir des visites. »

« Eloignés »

Les séjours en soins de suite sont plutôt de longue durée, précise le conseiller-ministre, de l’ordre de 30 à 50 jours. Un partenariat salué par Thierry Poyet (1), élu Nouvelle Majorité (NM), président de la commission des intérêts sociaux et des affaires diverses (Cisad) au Conseil national : « Ce partenariat entre Monaco et l’hôpital La Palmosa est une très bonne chose. En effet, Monaco ne peut pas accueillir en Principauté toute la patientèle de Menton à Nice, et de l’arrière pays, sur toutes les disciplines et les spécialités. » De plus, comme l’explique le conseiller-ministre, Didier Gamerdinger, « il est important d’avoir ses enfants et sa famille au plus près. A l’heure actuelle, ils sont orientés dans d’autres structures de rééducation qui sont beaucoup plus éloignées, dans le Var, notamment. »

20 % du coût

Ce partenariat découle ainsi des doubles intérêts monégasques et du pays mentonnais. « L’hôpital La Palmosa avait engagé les rénovations de son plateau technique. Mais face au coût technique, l’hôpital et le département des Alpes-Maritimes étaient en recherche de partenariats. Et nous, nous cherchions à augmenter le nombre de nos lits de soins de suite. Nos intérêts ont donc naturellement convergé », raconte Didier Gamerdinger. Monaco a donc investi 2,6 millions d’euros dans ces travaux de réhabilitation, soit près de 20 % du coût total. Une enveloppe qui va permettre de parer au manque annuel de 161 lits en soins de suite, puisque le CHPG aura accès aux 100 lits du service de soins de suite et de réadaptation (SRR) de La Palmosa. La convention entre les deux établissements « a été établie pour une durée de 18,5 années. Ce qui correspond à la durée moyenne d’amortissement des investissements à réaliser pour ouvrir cette structure », explique de conseiller-ministre pour les affaires sociales et la santé.

Adaptabilité

« Au départ, il avait été envisagé qu’en contre-partie de notre investissement, nous obtenions 20 % de la capacité de ce service. Mais, en réalité, c’était contre-productif. En période de gros besoin, cela aurait été insuffisant. Et nous aurions laissé des lits vacants en période de moindre besoin, détaille Didier Gamerdinger. Il a donc été décidé que le nombre de lits accordé à Monaco serait de 161 par an, avec une possibilité d’adapter la capacité en fonction de nos besoins. » Pour Thierry Poyet, ce partenariat « intelligent » permet de faire des choix sur les orientations de la santé en Principauté : « Nous ne pouvons pas développer toutes les spécialités, dans les conditions d’excellence de service, en tenant compte des contraintes économiques qui sont obligatoires aujourd’hui. En s’alliant avec nos voisins, on a ainsi la possibilité de nous rapprocher sur la taille critique, pour offrir ce service dans des conditions optimales. »

Printemps 2018

Les travaux devraient se terminer en février 2018 et l’inauguration de la structure réhabilitée est programmée au printemps 2018. L’accès aux premiers patients devrait être effectif dans la foulée. Ainsi, les habitants du mentonnais seront prioritairement orientés vers le SSR de La Palmosa, tandis que les patients monégasques resteront dans l’unité de soins de suite du CHPG. Les patients seront ainsi pris en charge par l’équipe pluridisciplinaire de l’hôpital La Palmosa. Ce partenariat permet de trouver une solution pérenne, avant l’achèvement du chantier géant du nouveau CHPG, dont les bâtiments devraient être livrés à l’orée 2028.

T2A

Mais pour le médecin et élu Union Monégasque (UM), Jean-François Robillon, ce sera surtout un moyen d’anticiper la mise en place de la T2A : « Cette tarification devrait être mise en place à Monaco en 2019. C’est la France qui nous l’impose. A l’heure actuelle, on a un prix d’hospitalisation à la journée. Ainsi, plus le patient reste longtemps hospitalisé, plus cela rapporte d’argent à l’hôpital. » Avec la T2A, ce ne sera plus le cas. La France met en effet en place ce système de tarification à la pathologie, d’ores et déjà appliqué dans certaines cliniques. « Prenons le cas d’une bronchite par exemple. Avec la T2A, mettons qu’il ait été déterminé que l’hospitalisation doive durer 5 jours. Sur cette durée, l’hôpital recevra une somme forfaitaire prédéterminée pour faire tous les examens nécessaires, contextualise le conseiller national UM. Si le patient reste moins de 5 jours l’hôpital est gagnant. Mais si son état de santé nécessite une plus longue hospitalisation, l’hôpital ne sera pas rémunéré davantage. »

30 millions d’euros

Des dépassements de forfaits dont le coût est estimé entre 25 à 30 millions d’euros de manque à gagner par an pour le CHPG. « La T2A n’est rien moins qu’un système comptable. Il faut que les équipes médicales s’y adaptent. Il va falloir optimiser les traitements et les concentrer dans le temps prévu par le forfait de la pathologie en question. » En termes d’optimisation également, si le patient développe une seconde pathologie pendant son hospitalisation, il sera basculé sur le forfait de cette autre pathologie. Ce qui permettra à l’hôpital de bénéficier d’un second forfait T2A. C’est ici que les lits de soins de suite revêtent une importance capitale pour atténuer les effets de cette future T2A. « S’il n’y a pas d’autre pathologie, mais que le rétablissement du patient nécessite une plus longue hospitalisation, les équipes feront en sorte de le passer le plus vite possible dans un lit de soins de suite : ce sont des soins qui coûtent moins chers et qui permettent de faire « tampon » par rapport à ces forfaits. On peut ainsi finir le traitement dans un cadre moins lourd qu’un service hospitalier, estime Jean-François Robillon. Le manque de lits de soins de suite à Monaco est surtout un manque anticipé dans l’optique de la T2A. » Selon cet élu, l’investissement monégasque de 2,6 millions d’euros à Menton « n’est pas déraisonnable », s’il permet d’amortir le risque de manque à gagner du CHPG.

 

(1) Monaco Hebdo a interrogé l’ensemble des groupes politiques du Conseil national. Béatrice Fresko-Rolfo, pour Horizon Monaco (HM), n’a pas souhaité répondre à nos questions. Eric Elena, pour Renaissance, bien qu’estimant qu’il « faut trouver des solutions pour désengorger » le CHPG, a préféré s’abstenir de plus de commentaires, estimant ne pas maîtriser suffisamment ce dossier.

journalistSophie Noachovitch