Jean-Jacques Raffaele :
« Entre deux et trois ans de travaux »

Raphaël Brun
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Le maire Les Républicains de La Turbie, Jean-Jacques Raffaele, explique à Monaco Hebdo pourquoi le projet de nouveau centre d’entraînement et de performances situé sur sa commune et lancé en 2013, semble enfin se débloquer. Interview.

L’AS Monaco est installée sur votre commune depuis quand ?

L’AS Monaco a installé son centre d’entraînement sur notre commune en 1984. Nous avions alors signé un bail emphytéotique de 30 ans avec les domaines de l’Etat monégasque, pas avec l’AS Monaco. Même si je ne peux pas vous le confirmer, je pense qu’ensuite les domaines louent ces terrains à l’ASM. Ce bail a été reconduit en 2004 pour une durée de 40 ans.

Actuellement, combien rapporte à votre commune l’implantation du centre d’entraînement de l’AS Monaco ?

100 000 euros par an. Ce qui est une somme importante pour ma commune. Aujourd’hui, cela rapporte autant que les impôts.

Ce projet remonte à 2013 : que s’est-il passé depuis ?

En 2013, l’AS Monaco nous a fait une demande pour que l’on modifie le plan local d’urbanisme (PLU). Cette modification était nécessaire pour que l’on puisse implanter les polygones, c’est-à-dire l’emplacement des différents bâtiments sur un endroit précis du terrain. Puis, un permis de construire a été déposé en 2014. Et ensuite, plus rien.

Pourquoi ?

En raison d’un souci politique à Monaco, ou de je ne sais quoi, il y a eu un problème sur le financement de ce projet.

Il faut dire qu’en 2013, le gouvernement monégasque évoquait un coût de 100 millions d’euros !

Mais ce projet n’a jamais été estimé à 100 millions ! D’après ce que j’ai compris, lorsque ce chiffre a été avancé, il y a eu une erreur de communication dans les services, entre le ministère d’Etat et le Conseil national. Ce projet a toujours été estimé à 50 millions d’euros, sur une emprise qui est 1/3 plus grande.

Pourquoi cet agrandissement, de l’ordre de 1/3 ?

Parce que le futur bâtiment occupe plus de place : sa surface sera de 8 000 m2. Et surtout, il y aura un stade et demi en plus. L’idée, c’est de repartir de zéro. Tout sera rasé et reconstruit. Les bâtiments actuels seront remplacés par un stade.

50 millions, c’est beaucoup d’argent pour un tel projet ?

Le stade a été construit dans une carrière, avec beaucoup de déblais. Du coup, le coût des fondations est élevé.

Vous avez été informé de l’avancement de ce dossier depuis 2013 ?

On avait plus ou moins des contacts réguliers avec l’AS Monaco. Mais c’était bloqué. Et je n’avais pas d’informations spécifiques du gouvernement monégasque, avec qui la mairie de La Turbie traite. On savait simplement que l’ASM continuait de travailler sur ce dossier, mais qu’il y avait un nouveau sujet qui était entré en ligne de compte : la rénovation du stade Louis II.

Ces deux dossiers sont donc liés ?

A priori, les accords qui devaient permettre de démarrer les travaux du centre d’entraînement de l’AS Monaco, dépendaient des accords trouvés pour les travaux de rénovation du stade Louis II. Or, comme ce stade est un lieu omnisports, les études ont été longues, car elles sont complexes.

Qu’est-ce qui a été décidé, ensuite ?

Finalement, il a été décidé que l’Etat monégasque financerait l’intégralité des travaux au stade Louis II, pendant que l’ASM paierait la totalité des travaux de construction du futur centre de formation. Alors qu’au départ, il était question que les 50 millions nécessaires aux travaux à La Turbie soient financés à 50/50 par l’Etat monégasque et par le club. Mais il semblerait que le Conseil national n’ait pas été vraiment favorable à ce qu’il y ait un financement monégasque sur le territoire français.

Pourquoi ce dossier s’est soudainement débloqué ?

Les accords concernant la rénovation du stade Louis II ont été validés et les travaux ont commencé (1). De plus, après le mercato très réussi de l’été 2017, les finances de l’AS Monaco sont au vert. Enfin, le permis de construire arrive à son terme en mars 2018. Du coup, il fallait agir.

Quelle sera la durée des travaux ?

Entre deux et trois ans. Parce que la difficulté, c’est que tous les travaux vont se dérouler dans un endroit qui est exigu. Ensuite, il faudra que les joueurs de l’ASM puissent continuer à travailler, même pendant cet énorme chantier. Du coup, il faudra procéder par phasages, ce qui va forcément allonger la durée des travaux.

Autre problème : la présence d’un centre de tir à proximité des terrains loués à l’AS Monaco ?

Ce stand de tir de La Turbie est situé à côté du stade d’entraînement. Dans les accords, il est prévu de démolir et de réinstaller ce stand de tir, un peu en dessous, à l’écart. Mais il reste d’importants problèmes techniques. Ce problème bloque le début des travaux. Mais on négocie pour trouver des solutions.

Les discussions sont compliquées avec les responsables de ce centre de tir ?

Les discussions ne sont pas compliquées. Elles sont au contraire très ouvertes. On discute, on regarde, on fait des réunions, les architectes sont sur le coup… C’est techniquement que les choses sont compliquées.

La mairie de La Turbie investit de l’argent dans ce projet ?

Non.

Le futur centre d’entraînement rapportera combien chaque année à votre commune ?

Je ne peux pas vous dire encore combien. Mais le bail augmentera, en rapport avec l’augmentation de la surface, qui sera 1/3 plus grande. Le bail actuel prend fin en 2044, mais on est en train de le rediscuter. Rien n’est encore signé (2). On est en pleine discussion.

Le nouveau bail portera sur quelle durée ?

Une soixantaine d’années. C’est une durée qui inclut les années déjà passées depuis la signature du précédent bail, en 2004.

Combien de nouveaux salariés seront recrutés ?

Comme ce centre de formation sera l’un des plus modernes d’Europe et que tout est basé à La Turbie, il y aura forcément des emplois à la clé. C’est encore trop tôt, donc je ne sais pas encore combien, précisément. Mais on devrait arriver à une vingtaine d’emplois, je pense.

C’est bon pour l’emploi sur votre commune ou bien ces emplois seront réservés à des Monégasques ?

La Turbie est en France. Donc réserver des emplois à des Monégasques ou à des Turbiasques, c’est impossible. Mais il y aura néanmoins une préférence qui sera accordée aux Turbiasques, à dossier équivalent bien sûr.

Quel est le calendrier de ce chantier ?

Ils sont prêts à attaquer les travaux dès janvier 2018. Mais les travaux ne pourront pas débuter tant que nous n’aurons pas signé le bail. Avant de pouvoir lancer cet énorme chantier, il y a de toute façon des installations à monter, notamment une base de vie.

Ce nouveau centre d’entraînement de l’ASM peut doper la fréquentation de votre ville, qui compte seulement 3 200 habitants ?

En termes commercial et touristique, tout ça n’apporte pas grand chose à ma commune, car le centre d’entraînement de Monaco est à l’écart du centre-ville. En revanche, cela nous apporte en termes d’image.

C’est-à-dire ?

L’image sportive de La Turbie est importante. Récemment, on a obtenu du comité régional olympique une médaille d’argent qui nous reconnaît comme une ville sportive. Et l’ASM n’y est pas pour rien. Car aujourd’hui, quand on parle de l’AS Monaco, on parle aussi souvent du centre d’entraînement de La Turbie.

Les fans de l’AS Monaco ne font donc pas gagner d’argent à votre commune ?

L’été, quand les entraînements sont publics, il y a du monde. Mais cela ne participe pas directement à l’économie de notre municipalité. En revanche, cela participe indirectement à la dynamique de ville sportive et dynamique que j’ai voulu insuffler à La Turbie.

Mais on reproche parfois à ce centre d’être trop souvent fermé au public !

Ce centre n’est pas plus fermé ou pas plus ouvert que les autres centres d’entraînement en Europe. Et puis, aujourd’hui, c’est le jeu : dans le football professionnel, il faut cacher les techniques et les tactiques mises en place lors des entraînements. Donc les jours d’ouverture au public sont comptés. Mais ça ne me gêne pas.

Qu’est-ce qui vous gênerait, alors ?

Que les enfants de nos écoles ne puissent pas accéder à ce centre d’entraînement tout au long de l’année scolaire. J’aimerais que ce centre d’entraînement soit ouvert aux Turbiasques. Et, en particulier, aux enfants des écoles. Il a donc été inscrit dans la convention que les enfants de nos écoles puissent aller voir les joueurs professionnels de l’AS Monaco en bus affrété par le club. Et ceci, plusieurs fois par an. Ce point-là est désormais acquis.

C’est important ?

Oui, parce que j’estime que ce qui donne aux enfants l’envie de faire du sport, ce sont les sportifs professionnels.

L’affaire Rybolovlev-Bouvier a pesé, d’une façon ou d’une autre, sur ce projet ?

Je n’ai pas de commentaire à faire sur une affaire qui ne me concerne pas, avec, en plus, une procédure en cours. Tout ce que je peux dire, c’est que ce dossier continue. Les contacts avec l’Etat monégasque et l’AS Monaco sont permanents.

 

(1) Le gouvernement monégasque a annoncé qu’il allouait 240 millions d’euros pour la rénovation du stade Louis II, dont la mise en service remonte à janvier 1985.
(2) Cette interview a été réalisée le 13 octobre 2017.

journalistRaphaël Brun