Leur négligence a brisé
la carrière d’un pompier

Anne-Sophie Fontanet
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Déjà condamné en son absence le 30 mai pour blessures involontaires, un couple de Monégasques avait décidé de former opposition de la décision de justice. Ce 10 octobre, ils ont affronté ensemble les questions des juges et le regard du caporal-chef, victime de blessures irréversibles. Dans la nuit du 29 au 30 avril 2016, c’est dans leur cave d’un immeuble domanial de Fontvieille que trois départs de feu sont signalés. Les pompiers interviennent pour éteindre l’incendie. L’un d’eux se retrouve électrocuté quand il touche par mégarde un « branchement sauvage » avec les mains humides. Depuis, c’est la descente aux enfer pour ce pompier à la carrière irréprochable. « Je n’utilise plus mon bras gauche. Ma vie n’est plus la même depuis 18 mois », raconte la victime. Sept comprimés par jour, des patchs antidouleur, des injections de Kétamine et surtout une carrière de pompier terminée. « Nous sommes désolés pour le pompier » assure le mari. « Du soucis, on s’en est fait. L’être humain est plus important que ce qu’il y a dans notre cave » ajoute sa femme. L’audience doit déterminer s’il y a eu négligence ou pas. Pour le substitut Alexia Brianti, la réponse est oui. Elle s’agace devant les « imprécisions » et « incohérences » des prévenus. « Des gens qui mentent et qui essaient de se dédouaner. » Me Thomas Giaccardi, leur avocat, implore le tribunal de juger « en dehors de toute émotion » et sollicite la relaxe. En face, les parties civiles réclament dommages et intérêts, expertise et une somme provisionnelle. « Il est grave de reprocher à un pompier de risquer sa vie pour sauver celles des autres », s’insurge Me Hervé Campana, défenseur de l’Etat, qui réclame plus de 55 000 euros pour « les frais exposés ». Comme lors de leur premier procès, J.D. et A.D. écopent de 6 mois de prison avec sursis associé à une liberté d’épreuve pendant trois ans, avec obligation de réparer les dommages. Les parties civiles reçoivent 20 000 euros de provision et 5 000 euros de dommages et intérêts pour préjudice moral. Le couple devra aussi verser 55 000 euros à l’Etat monégasque.

journalistAnne-Sophie Fontanet