Comment les ballets de Monte-Carlo recrutent-ils leurs danseurs ?

Anne-Sophie Fontanet
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5 000 demandes pour cinq places en 2017. Les danseurs qui font leur entrée au sein de la compagnie de Jean-Christophe Maillot ne sont pas que chanceux. Ils sont surtout extrêmement performants. Monaco Hebdo fait les présentations.

 

Ballets-de-Monte-Carlo-2017-Ekaterina-PETINA@-Alice-Blangero

Ekaterina Petina – 34 ans – Russie

« Un nouvel horizon »

Ekaterina quitte sa Crimée natale à l’âge de 10 ans. De Sébastopol, elle rejoint la Waganowa Academy à Saint-Petersbourg. Après une longue formation classique et dure “à la russe”, elle intègre les ballets du théâtre Mariinski, dans la même ville. Puis, c’est le départ vers l’Allemagne. C’est à Berlin qu’elle fait la rencontre de Jean-Christophe Maillot. Elle joue un des rôles titre d’Altro Canto, dont il a imaginé la chorégraphie début 2017. Séduite par sa façon de travailler, Ekaterina auditionne à Monaco dans le courant de l’été. « J’aime l’atmosphère, la créativité et toutes les bonnes énergies qui se dégagent des ateliers des ballets de Monte-Carlo » explique-t-elle un mois après ses débuts. La Russe, habituée de danse classique, voit dans cette opportunité « un nouvel horizon pour sa carrière professionnelle ». Car, à 34 ans, il se pourrait que les Ballets de Monte-Carlo représentent son dernier port d’attache. « Je ressens plus de liberté sur scène », avoue-t-elle. Début novembre, elle interprètera à Canton, en Chine, le rôle de Cygne, dans la chorégraphie signée Maillot, Le Lac (2011). A.-S.F.

 

Ballets-de-Monte-Carlo-2017-Matej-URBAN@-Alice-Blangero

Matej Urban – 30 ans – République Tchèque

« Jouer tous les personnages »

Originaire de Prague, Matej apprend la danse dans sa ville au conservatoire national. Il enchaîne deux saisons avec les ballets du théâtre national de la capitale. Ce Tchèque prend ensuite la direction de Munich, située à quelques heures de son pays d’origine. Il y reste 9 ans. Et ensuite ? « Je recherchais une nouvelle inspiration et un nouveau départ », confesse-t-il. Sa candidature spontanée part dans la foulée, son audition est programmée au printemps. « J’y ai vu une très grande opportunité de m’améliorer en tant que danseur. C’était aussi la possibilité de travailler avec un artiste, Jean-Christophe Maillot. Pour moi, c’est une compagnie très motivante. » Sûrement la raison de son investissement, où ce trentenaire espère parvenir à s’imposer. « Je peux jouer tous les personnages : gentil, mauvais, homme, femme… J’aime rentrer dans la peau des personnages », explique Matej. En avril, sera-t-il de la partie lorsque Jean-Christophe Mailllot réalisera sa création ? « Partir d’une page blanche, ça m’intéresse ! ». C’est dit. A.-S.F.

 

Ballets-de-Monte-Carlo-2017-Jaat-BENOOT@-Alice-Blangero

Jaat Benoot – 19 ans – Belgique

« Pas un bébé »

C’est la plus jeune recrue cette saison. Jaat Benoot est né en 1997, à Gand. Il fêtera ses 20 ans en décembre prochain. Mais si Jean-Christophe Maillot l’a choisi, c’est qu’il se cache une pépite sous cette carapace juvénile. Pendant trois ans, il a consciencieusement travaillé et appris à l’académie Princesse Grace. Lors du gala 2017, il danse dans des créations de Jean-Christophe Maillot et Jeroen Verbruggen. Fraîchement diplômé au mois de juin, « tout est allé très vite », reconnaît ce Flamand. Jaat Benoot devra faire ses preuves très vite. A Moscou sur la scène du Bolchoï, les 4 et 5 octobre, il intègre la troupe qui joue La Belle de Jean-Christophe Maillot. « C’est plutôt facile de m’intégrer. L’équipe ne me traite pas comme un bébé. J’espère apprendre le plus possible. J’essaie de montrer que je mérite d’être ici », observe-t-il. Le Lac, Le Songe, La Belle : les opportunités se profilent déjà à l’horizon. Jaat Benoot apprécie la liberté que la danse contemporaine offre. Mais il sait aussi la rigueur à laquelle il devra s’astreindre pour parvenir à convaincre. A.-S.F.

 

Ballets-de-Monte-Carlo-2017-Antonina-CHAPKINA-@-Alice-Blangero

Antonina Chapkina – 27 ans – Russie

« Comme une famille »

Antonina étudie la danse à la prestigieuse Bolshoi Ballet Academy de Moscou, sa ville natale. Huit années d’apprentissage pour maîtriser cet art qui deviendra son métier. Cette formation la propulse, à 19 ans, au Mikhailovsky Theatre de Saint-Petersbourg. Puis, ce sera Milan et sa Scala pendant cinq ans. Elle est première danseuse et interprète des solos dans de nombreuses pièces. Pas étonnant qu’Antonina parle mieux, pour l’instant, l’italien que le français. En Italie, c’est la seule étrangère du groupe. À Monaco, elle rejoint un corps de ballet de 22 nationalités différentes. « Plusieurs personnes de la Scala connaissaient bien cette compagnie. Ici, c’est comme une famille. » Le challenge monégasque la motive plus que tout. « J’aime travailler avec des directeurs qui sont aussi chorégraphes. C’est vraiment intéressant », assure-t-elle. Quitter la Russie, c’est aussi un choix de carrière. « Chez moi, les carrières sont plus courtes. En Europe, on peut danser plus longtemps. » Lorsqu’elle auditionne en juin, elle veut « montrer tout ce qu’elle peut faire » pour la compagnie. Dans sa tête, elle s’imagine déjà en Cendrillon, celle créée par son nouveau chorégraphe Jean-Christophe Maillot. A.-S.F.

 

Ballets-de-Monte-Carlo-2017-Cristian-ASSIS@-Alice-Blangero

Cristian Assis – 28 ans – Brésil

« Etre soi-même »

Un Brésilien qui danse, ça n’a plutôt rien d’étonnant. Mais quand il s’agit de danse classique, au pays du football roi, c’est un peu plus compliqué. Issu d’une famille modeste de Belo Horizonte, Cristian démarre tôt. « A 16 ans, mon père a voulu qu’on ait une discussion sérieuse. Il m’a fait comprendre que je ne pourrais pas juste danser pour mon plaisir, à cause de l’argent. » Cristian Assis décide de quitter l’Amérique du sud et de rejoindre l’Europe pour se former comme un professionnel. Il atterrit en Allemagne, où il suit un cursus complet. Une formation qui lui ouvre les portes des ballets de Munich, puis de Zürich, en Suisse. Anna Karenina, Roméo et Juliette aussi bien que Le Lac des Cygnes, ce Brésilien enchaîne les classiques. « J’ai toujours eu Monaco dans mes pensées. Mais je voulais avoir plus d’expérience pour postuler. » Cristian Assis semble heureux dans son nouvel environnement. D’autres Brésiliens dans la troupe l’ont sûrement bien accueilli. « Ce que j’aime chez Jean-Christophe Maillot, c’est qu’il cherche ce qu’il y a derrière les pas basiques. Il nous permet d’être nous-mêmes. Je n’ai aucun doute, car je me trouve très chanceux d’être ici. C’est comme un rêve. » A.-S.F.

journalistAnne-Sophie Fontanet