SBM : encore des mauvais résultats mais… le président est heureux !

Raphael Brun
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La Société des Bains de Mer creuse encore son déficit, mais son président-délégué, Jean-Luc Biamonti, continue d’afficher son optimisme. Explications.

Sans surprise, le président-délégué de la Société des Bains de Mer (SBM), Jean-Luc Biamonti, a confirmé ce que l’on savait déjà. Son entreprise continue d’aller très mal, puisqu’elle affiche cette fois un résultat opérationnel négatif à -32,8 millions d’euros pour l’exercice 2016-2017, clôturé au 31 mars 2017, contre une perte de -31 millions sur l’exercice 2015-2016. Sur les cinq dernières années, la SBM affiche plus de 138 millions d’euros de pertes cumulées. Lors de l’assemblée générale des actionnaires, qui s’est tenue le 22 septembre 2017 au Sporting d’été, Jean-Luc Biamonti a dû, une fois de plus, user de toute sa force de conviction pour tenter de rassurer des actionnaires furieux des chiffres avancés et qui ne toucheront, bien évidemment, aucun dividende.

Jeux

Cette fois, même le chiffre d’affaires est en baisse, à 458,8 millions d’euros (461,4 millions en 2015-2016). Une baisse d’activité qui touche le secteur des jeux qui n’a été que « partiellement compensée » par les secteurs hôteliers et locatifs. Ce sont bien évidemment les travaux de rénovation à l’hôtel de Paris qui ont, une nouvelle fois, été pointés du doigt pour tenter de justifier cette spirale négative. Comme lors de l’exercice précédent, l’impact sur le résultat opérationnel a été estimé à 17 millions. « Les pertes d’exploitation inhérentes à la capacité réduite d’accueil de l’hôtel de Paris restent toutefois conformes aux prévisions, qui tablaient sur des pertes supérieures à 50 millions d’euros sur la durée totale des travaux », précise un communiqué de la SBM. À cela, il faut ajouter le coût de la mise en place des nouvelles conventions pour les jeux de table et les appareils automatiques, à hauteur de 10,1 millions d’euros pour 2016-2017, contre 11,3 millions en 2015-2016.

Rouge

Du côté des jeux en ligne, la situation n’est pas meilleure. Et en coulisses, on commence à sérieusement s’interroger sur le bien-fondé de cet investissement lancé en 2009, qui tarde sérieusement à rapporter de l’argent. Car pour la période mars 2016-mars 2017, cette activité a plongé dans le rouge. Du coup, la SBM a dû éponger les pertes de Betclic Everest Group (BEG), dont elle détient 50 %. BEG a perdu 8,4 millions, donc le coût pour l’entreprise monégasque est de 4,2 millions, alors que Jean-Luc Biamonti avait pu annoncer un résultat positif à hauteur de 2 millions pour la période 2015-2016. Les taxes et les dépenses marketing liées au championnat d’Europe de football auraient débouché sur un résultat net « en recul sensible par rapport à l’exercice passé », concède la SBM dans un communiqué. Du coup, est-ce que la SBM va finir par jeter l’éponge, en vendant les 50 % de parts qu’elle possède dans BEG ?

Pokerstars

« Barrière a essayé de rentrer dans les jeux en ligne et s’est irrémédiablement planté, avant de se retirer. Partouche a fait semblant d’essayer et s’est arrêté aussi… À ma connaissance, la SBM est le seul casinotier “en dur” à s’être lancé dans les jeux en ligne de façon significative, a rappelé Biamonti. Parce qu’au conseil d’administration, on a toujours considéré que c’était une fenêtre d’observation et qu’il était intéressant de voir ce qu’il s’y passait. » Ce marché repose sur trois secteurs : les paris sportifs, le poker et les casinos. « Or, les casinos en ligne ne sont pas autorisés dans plusieurs pays européens, où notre marque est très forte », soupire le président-délégué de la SBM. Du coup, la majeure partie du chiffre d’affaires de BEG est réalisée sur les paris sportifs en ligne. « Quant au poker en ligne, il est très largement dominé en Europe par Pokerstars, et en France par Winamax. Cette activité est très marginale, sauf en Angleterre, qui est un marché où nous ne sommes pas présents… », ajoute Biamonti, qui considère que les 4,2 millions perdus sur cet exercice sont un simple « accroc ».

« Agressive »

Un « accroc » dû, selon lui, à l’entrée « agressive » sur le marché français de deux acteurs : Winamax, qui ne faisait que du poker, et Unibet. « Pour se faire une clientèle, ils ont cassé les prix en faisant des offres monumentales. Mais, en parallèle de ceci, et c’est notre faute, notre produit est devenu un peu obsolète. Du coup, on a demandé au fondateur de Betclic, Nicolas Béraud, de revenir. Depuis, on est bien mieux. Je ne vous dis pas qu’on est sorti du problème, mais on est beaucoup plus confiant », assure Biamonti, tout en rappelant que le marché de BEG, c’est d’abord la France. Puis, la Pologne et le Portugal en deuxième position, et l’Allemagne et la Scandinavie en troisième. Alors, vendra ou vendra pas ? « On est ouvert », élude Biamonti, qui pense néanmoins qu’il sera « difficile » de devenir leader européen avec BEG. Voilà pourquoi la SBM réfléchit, en accord avec l’autre actionnaire de BEG, Mangas Gaming, à céder une partie de ses parts pour laisser entrer un autre actionnaire dans le tour de table de BEG. Et ainsi tenter d’intégrer le top 3 européen, quitte à devenir actionnaire minoritaire de la nouvelle entité. « Ou bien, on peut vendre… Tout est possible, a repris Biamonti. Mais le scénario le moins probable, c’est que l’on injecte tout seul beaucoup d’argent pour devenir leader dans ce secteur. »

Positivisme

Une nouvelle fois, les résultats sont mauvais et, une nouvelle fois, l’oral du président-délégué de la SBM a donc consisté en un grand numéro d’équilibriste et de positivisme. « On est au milieu du gué, voire un peu mieux que le milieu du gué, a assuré Jean-Luc Biamonti. Mais l’exercice en cours sera meilleur. Et les suivant, encore bien meilleurs. » Evoquant pêle-mêle, une « relance agressive de l’activité des jeux » avec le directeur de ce secteur, Pascal Camia, ou encore l’arrivée, le 20 mars 2017, de Didier Boidin à la tête de l’ensemble des activités hôtellerie, restauration, “night-life” et bien-être du groupe SBM, le président-délégué de la SBM ne voit que des raisons de continuer à espérer. Mais sans doute pas dans l’immédiat. D’ailleurs, les travaux de l’hôtel de Paris vont « très prochainement » affecter l’entrée de ce prestigieux établissement, ce qui promet de se solder par une période de « quelques mois un peu plus difficiles » a concédé Biamonti, sans dévier de l’un de ses objectifs : terminer au plus vite le One Monte-Carlo et la rénovation de l’hôtel de Paris. Au plus vite, c’est-à-dire fin 2018 ou début 2019.

« Economies »

Au final, Jean-Luc Biamonti ne dévie pas de sa trajectoire qui doit permettre à la SBM d’« être le plus beau “resort” intégré jeux, hôtel, shopping et résidence d’Europe ». Pour cela, il faudra aussi « un personnel à la hauteur de l’outil industriel que nous sommes en train de construire ». Ce qui a donc poussé la SBM à inscrire son personnel dans un cycle de formation permanent. Mais le président-délégué de la SBM n’oublie pas qu’il doit aussi continuer à composer avec des dépenses élevées. Du coup, il le répète : « On doit continuer à chercher sur quoi on peut faire des économies. Le comité exécutif travaille là-dessus et on devrait présenter une série de mesures dans les mois qui viennent. » Car si l’augmentation de l’activité et donc du chiffre d’affaires, reste dans son viseur, il ne faut pas rêver pour autant : « On aura du mal à redevenir profitable uniquement en augmentant le chiffre d’affaires. Il faut donc que l’on voit où est-ce que l’on peut faire des économies. » Sans dévoiler de piste précise, Jean-Luc Biamonti a estimé qu’il était envisagé d’externaliser certaines activités, comme l’est déjà une partie de la sécurité. Comme, par exemple, les vigiles présents à chaque entrée d’hôtels ou de casinos.

Marques

Pour doper son chiffre d’affaires, tout est bon. La SBM n’écarte donc pas la possibilité d’utiliser quelques-unes de ses marques, en signant d’autres contrats de management, comme cela a déjà été le cas avec le Café de Paris à Macao. Le Jimmy’z ou Le Grill pourraient suivre. « On pourrait même aller plus loin, et avoir des contrats de management d’hôtels, en dehors de la Principauté. Mais je ne vous dirai pas où… On étudie deux possibilités, qui sont arrivées grâce à Didier Boidin », a indiqué le président-délégué de la SBM. En précisant bien qu’« à ce jour », il n’était pas question d’investir le moindre centime dans ces opérations : il s’agit seulement de contrat de management et de licences de marques, rien de plus. Avec ce genre d’opération, la SBM cherche à générer des revenus additionnels, mais aussi à faire rayonner ses marques à l’international à moindre frais. Tout en essayant d’offrir de meilleures perspectives de carrières à ses salariés, qui peuvent donc acquérir une expérience à l’étranger, avant de revenir en Principauté.

Jour

Conscient qu’en journée, la SBM ne dispose pas d’une offre suffisante, des études sont en cours. « On réfléchit à des solutions pour mieux utiliser le Beach, a indiqué Biamonti. Et notamment le restaurant La Vigie, qui pourrait réouvrir à midi. On pense aussi à ouvrir la discothèque le Jimmy’z l’après-midi, de 15h à 21h. À Las Vegas, ça fonctionne très bien. Ensuite les clients vont se reposer 2 ou 3 heures, avant de sortir à nouveau, pour le reste de la soirée. Enfin, de la nuit… » Du coup, en 2018, le Jimmy’z ouvrira une fois par semaine l’après midi. « On ne sait pas encore quel jour, si on poussera à plusieurs jours plutôt qu’un seul, si ce sera tout l’été ou seulement pendant une partie de l’été… Mais il faut absolument travailler sur une “offre jour” en Principauté pour que les clients s’amusent et restent un peu plus longtemps à Monaco », a glissé le président-délégué de la SBM.

« rythme »

D’ici fin 2018 ou au plus tard début 2019, les locations pour les résidences situées dans les jardins du casino seront ouvertes. Et les joueurs qui fréquentent régulièrement les casinos de la Principauté seront prioritaires, sachant qu’il y a déjà une liste d’attente. « Cet exemple démontre qu’aujourd’hui, tout est intégré : l’hôtellerie, l’immobilier et les jeux », a souligné Biamonti. La SBM pourra aussi espérer encaisser plus d’argent, lorsque les résidences du One Monte-Carlo sur la place du casino seront terminées et louées, et que la rénovation de l’hôtel de Paris aura pris fin. Par rapport au chiffre d’affaires généré par l’ancien hôtel de Paris et ses boutiques, la SBM espère toucher 50 millions d’euros de plus. « Vu le rythme auquel on a loué les boutiques, vu la liste d’attente pour les résidences… Je suis confiant. En fait, vous avez devant vous un président heureux, avec de mauvais résultats. C’est tout de même un paradoxe… », a lancé Jean-Luc Biamonti aux journalistes. Un « paradoxe » que le président-délégué de la SBM assume depuis plusieurs années déjà.

 

Nouvion quitte le Conseil national et rejoint la SBM

C’est par un communiqué de presse daté du 22 septembre que l’élu Horizon Monaco (HM), Laurent Nouvion, a indiqué qu’il quittait son mandat au Conseil national pour intégrer un poste d’administrateur d’Etat de la Société des Bains de Mer (SBM). Une annonce qui met un terme au suspens pour les élections nationales de 2018, pour lesquelles il ne figurera donc pas sur la liste HM, conduite par la tête de liste, Béatrice Fresko-Rolfo. Souvent très critique sur la gestion de la SBM, notamment lors des séances publiques au Conseil national, Laurent Nouvion pourra donc désormais formuler ses remarques en interne. Une arrivée commentée avec le sourire, et un brin d’ironie, par le président-délégué de la SBM, Jean-Luc Biamonti, le 22 septembre, devant la presse : « Laurent Nouvion a été nommé administrateur d’Etat par le gouvernement monégasque. Il est donc révocable par le biais du gouvernement. Son arrivée n’est pas passée par l’assemblée générale qui nomme, elle, des administrateurs dits “privés” », a d’abord tenu à rappeler Biamonti, soulignant donc que cette arrivée n’était pas de son fait. Avant d’ajouter : « Il est le bienvenu, avec toutes ses compétences personnelles. Tout le monde a le droit de critiquer, et aussi de contribuer. Peut-être que ses critiques seront très constructives, je n’ai pas de problème avec ça. Je l’accueille très volontiers, et à bras ouverts, dans ce conseil d’administration. » Quant au retrait de la vie politique de Laurent Nouvion, il ne pourrait s’agir que d’une parenthèse. « Monaco et les Monégasques seront toujours au centre de mes préoccupations, comme la préservation des intérêts supérieurs du pays », précise son communiqué, laissant planer la possibilité d’un éventuel retour, sans plus de certitudes.

 

Méridien : la SBM prolongée jusqu’en 2020

Depuis le 1er juillet 2012, la SBM a repris l’exploitation du Méridien Beach Plazza, au Larvotto. Un hôtel de luxe dont le sol et les murs appartiennent à l’Etat monégasque. L’accord SBM-Etat devait prendre fin en septembre 2018 et il vient d’être prolongé jusqu’en septembre 2020. Une prolongation importante au vu de la logique d’organisation de ce genre d’établissement, qui travaille avec des réservations sur deux ou trois années à l’avance. Côté fonctionnement, rien ne change : la SBM est toujours un intermédiaire entre l’Etat propriétaire et le Méridien, qui en est l’exploitant. « Nous, on encaisse de l’argent versé par le Méridien. On en reverse une grande partie à l’Etat et on conserve une petite marge. Cela nous rapporte entre 1 et 3 millions d’euros, selon les années », détaille Jean-Luc Biamonti. Et après septembre 2020, on fait quoi ? « Après septembre 2020, il faudra demander au gouvernement ce qu’il souhaite faire », répond le président-délégué de la SBM. La balle est donc dans le camp de l’Etat monégasque.

 

Le foot-business inquiète Biamonti et Betclic

Le Paris Saint-Germain (PSG), le Real Madrid, Barcelone ou la Juventus font perdre de l’argent à la Société des bains de mer (SBM). Indirectement, bien sûr. C’est en tout cas l’analyse soutenue par le président-délégué de la SBM, Jean-Luc Biamonti. Explications : « Aujourd’hui, tous les championnats européens sont dominés par une ou deux équipes. En France, je ne sais pas quand le PSG va perdre un match… Il y a aussi le Bayern en Allemagne, la Juventus en Italie… Quand on a un match Paris-Amiens, peu de gens vont parier sur Amiens », a expliqué Biamonti. Avant d’ajouter : « Quand on est dans ce schéma-là, on ne gagne pas d’argent, car les cotes des paris sportifs sont basses et ça n’intéresse pas les gens. La seule exception, c’est le championnat anglais qui reste équilibré, même si Manchester United (MU) semble très fort cette saison. Partout ailleurs, il y a un ou deux dominants. Et ça n’est pas très bon pour notre métier… » Actionnaire de Betclic depuis 2009, la SBM souffre, dans un marché ultra-concurrentiel où elle a perdu 4,2 millions d’euros lors de l’exercice 2016-2017.

 

D’où viennent les clients de la SBM ?

1. France

2. Russie et pays de l’Est

3. Etats-Unis et Amérique latine

4. Italie

5. Grande-Bretagne

Source : SBM.

 

journalistRaphael Brun