« J’ai privilégié le travail à l’exposition médiatique »

Sabrina Bonarrigo
-

Le président du Conseil national, Christophe Steiner, élu le 27 avril 2016, a décidé de ne pas être candidat aux prochaines élections. Il explique à Monaco Hebdo les raisons de son retrait de la vie politique, tout en dressant un premier bilan de son mandat.

Lorsque vous avez été élu président le 27 avril 2016, vous espériez sauver le Conseil national du « naufrage » et être un « rassembleur » : mission accomplie ?

Il serait bien présomptueux de ma part de dire que j’ai sauvé le Conseil national du naufrage. Je dirais modestement que j’ai réussi à l’amener à bon port. Et je peux vous dire que c’est déjà un exploit. Merci aux élus et aux permanents. Je ne le dirai jamais assez.

Et être rassembleur ?

J’ai tenté de l’être. J’ai tendu la main avec la branche d’olivier. Maintenant, comme je l’ai déjà dit, pour faire la paix il faut être deux. Et comme je ne tends jamais l’autre joue, j’applique cet aphorisme : le cœur sur la main quand il le faut, et la main dans la figure quand c’est nécessaire.

Certains de vos opposants vous accusent d’avoir été un président très effacé et peu communicant ?

J’ai privilégié le travail avec le gouvernement et les élus à l’exposition médiatique. Ma nature fait que je préfère l’efficacité et le résultat aux rodomontades, qui ne mènent à rien. Les mots ne veulent rien dire, s’ils ne sont pas suivis des faits. Il me semble qu’aucune législature avant nous n’a amené autant de propositions de lois ou n’a voté autant de textes qui intéressent à la fois nos compatriotes et les résidents. C’est ça aussi, la politique. Notre pêché a été le manque de communication sur toutes ces avancées. Mais c’est ma nature. Vous comprendrez donc que, pour ma part, je préfère l’action discrète, mais efficace. C’est ainsi que je conçois la politique. Pragmatisme, négociations et propositions de loi.

Pour vos derniers mois à la présidence du Conseil national, quelles seront vos priorités législatives et politiques ?

Mes objectifs seront de terminer cette législature comme il se doit et de l’amener à bon port. Les élections auront lieu le 11 février 2018. Il reste donc quelques mois. J’espère pouvoir finaliser cette mandature par le vote des différentes lois de budget, ainsi que des textes législatifs que je souhaiterais voir adopter.

Lesquels ?

Présenter d’ores et déjà en séance publique les reports de crédits, l’information en matière médicale, le droit au compte et la définition des enfants du pays. Il reste également quelques textes à l’étude. Notamment le code de l’environnement, l’accès aux décisions de justice, la sauvegarde de justice et le mandat de protection future. Sur ces derniers textes, nous sommes en attente des réponses du gouvernement sur nos dernières questions.

Allez-vous être uniquement spectateur de la vie politique ou allez-vous vous engager d’une autre manière ?

Pour être franc, je n’ai pas encore réfléchi à ce que je ferai. Nous verrons donc en temps et en heure. On peut être, comme le disait Raymond Aron, un spectateur engagé. Avoir le nez dans le guidon n’est pas propice à la réflexion. On est amené plus à réagir qu’à réfléchir ou à prévoir les conséquences.

Est-ce un retrait définitif de la politique, ou une pause, le temps d’une mandature ?

A la fin de la prochaine législature, j’aurai près de 65 ans. Alors à la vitesse à laquelle évolue la société, vous me voyez avec des « millénial » ou des « générations Y » ? Remarquez, on ne sait jamais, cela pourrait être amusant !

Après la fin de cette mandature, allez-vous poursuivre vos fonctions de chargé de mission au sein de la commission de contrôle des activités financières (CCAF) ?

Ce qui est sûr, c’est que je ne vais pas rester les bras croisés et spéculer sur le sexe des anges. Je pourrai m’adonner aux joies de l’écriture, écrire mes mémoires, c’est ce que font tous les hommes politiques à la retraite me semble-t-il… Mais je ne crois pas. Je ne suis pas très loquace. Donc nous verrons bien.

Vous avez déclaré être lassé de la « vie politicienne » : qu’entendez-vous par là ?

Je fais une différence essentielle entre la vie politique et la vie politicienne. Si la première concerne, étymologiquement parlant la « science des affaires de l’État », la vie politicienne, elle, concerne suivant sa racine anglo-américaine l’« homme qui fait de la politique son métier », avec toutes les conséquences.

Lesquelles ?

La perte de vue de l’intérêt à long terme, au profit d’un « court-termisme », dont personne ne veut voir les conséquences. La politique c’est « donner du temps à l’accomplissement de l’action », la vie politicienne c’est « qu’est-ce que je peux faire pour me maintenir, ou qu’est-ce que je peux promettre pour être réélu ? » Les actions nécessaires à la pérennité d’un Etat n’étant pas forcement compatibles avec le souhait des électeurs, cela entraine une procrastination croissante, qui nourrit l’immobilisme et contribue à l’aggravation, ou à la création de problèmes, de plus en plus insolubles.

Vous pensez aussi aux querelles de personnes et aux divisions dans les partis ?

Si les querelles de personne étaient des querelles d’idées, si les divisions de partis étaient dues à des différences d’opinion… Pourquoi pas ? Mais il faudrait que la motivation de ces querelles ne se réduisent pas à : « Ce n’est pas électoraliste » ! J’ai de plus en plus l’impression que, pour certains, la vie politique à Monaco se résume plus au fameux quart d’heure de célébrité d’Andy Warhol qu’à autre chose. Ou à courir sur le balcon, un soir d’orage, quand il y a eu un éclair, en pensant qu’ils vont être sur la photo !

Votre réaction suite à la nomination de l’élu Horizon Monaco, Laurent Nouvion, au poste d’administrateur d’Etat à la Sbm ?

Je n’ai pas à commenter cette décision.

 

journalistSabrina Bonarrigo