Culture Sélection de septembre

Raphael Brun
-

L-Amant-Double-de-Francois-Ozon

L’Amant Double

de François Ozon

Dualité. Lorsque Chloé tombe amoureuse de son psy, Paul, elle ne se doute pas qu’il cache de terribles secrets. Comme un frère jumeau par exemple, qui est psy lui aussi et surtout, totalement privé du moindre sens moral. Séducteur, il parvient à attirer Chloé, qui se retrouve de plus en plus perdue entre ces deux hommes qui se ressemblent au point de lui faire presque perdre la tête. Inspiré d’un roman de Joyce Carol Oates, L’Amant Double évoque donc la question de la dualité et des faux semblants. François Ozon nous parle aussi d’une société dans laquelle les êtres sont à la fois attirants et fragiles, abîmés par leur passé.

L’Amant Double de François Ozon, avec Jérémie Renier, Marine Vacth, Jacqueline Bisset (FRA, 2017, 1h47), 19,99 euros (DVD), 19,99 euros (BLU-ray). Sortie le 26 septembre 2017.

 

The-Jane-Doe-Identity-d'Andre-Ovredal

The Jane Doe Identity

d’André Øvredal

Morgue. Quand on ne connait pas l’identité d’une victime de sexe féminin, par défaut, on l’appelle Jane Doe. Mais cette fois, lorsqu’ils doivent prendre en charge le corps d’une Jane Doe amené par la police, Tommy Tilden et son fils, médecins-légistes, vont de surprise en surprise. Ce huis clos horrifique dans une morgue imaginé par le réalisateur norvégien André Øvredal, à qui l’on doit l’étonnant Troll Hunters (2010), débute par une véritable enquête, basée sur l’observation des chairs du cadavre. Les déductions s’enchaînent, avant que des événements inexplicables sèment la panique chez les deux hommes, qui ne sont plus sûrs de rien. Plus classique, la deuxième partie du film bascule dans les effets attendus et les codes qui font le succès du cinéma fantastique. Mais l’ensemble reste très efficace.

The Jane Doe Identity, d’André Øvredal, avec Emilie Hirsch, Brian Cox, Ophelia Lovibond (GB-USA, 2017, 1h27), 14,99 euros (DVD), 19,99 euros (BLU-ray). Sortie le 4 octobre 2017.

 

L-Amant-d-un-Jour-de-Philippe-Garrel

L’Amant d’un Jour

de Philippe Garrel

Trio. Un professeur de philosophie (Eric Caravaca) vit une histoire avec Ariane, l’une de ses étudiantes (Louise Chevillotte). Elle a 23 ans. Soit le même âge que sa fille, Jeanne (Esther Garrel), qui débarque chez lui après une violente rupture. Cet improbable trio va devoir cohabiter. Peu à peu, la méfiance entre les deux jeunes femmes laisse la place à la curiosité, puis à la découverte et à la complicité. Elles partagent leurs secrets : pour l’une c’est une tentative de suicide, pour l’autre des photos qui prouvent sa régulière infidélité. Tourné dans un très élégant noir et blanc, L’Amant d’un Jour est un film intemporel. Après La Jalousie (2013) et L’Ombre des femmes (2015), Garrel poursuit avec réussite son étude de situations amoureuses.

L’Amant d’un Jour de Philippe Garrel, avec Eric Caravaca, Esther Garrel, Louise Chevillotte (FRA, 2017, 1h16), 19,99 euros (DVD uniquement, pas de sortie BLU-ray). Sortie le 17 octobre 2017.

 

Graine-de-Champion

Graine de Champion

de Simon Lereng Wilmont et Viktor Kossakovsky

Sportifs. Trois moyens-métrages documentaires consacrés chacun à un enfant sportif de haut niveau, c’est le contenu proposé par les réalisateurs Simon Lereng Wilmont et Viktor Kossakovsky. Pendant 1h23, on suit trois enfants : Ruben, danois et escrimeur, Nastya, russe et danseuse, et Chikara, un Japonais de 10 ans qui apprend la lutte sumo, à la suite de son père, ex-champion de cette discipline. Simon Lereng Wilmont pour Ruben et Chikara, Viktor Kossakovsky pour Nastya, parviennent à capter les joies, les peines, la beauté et la dureté qui se cachent dans ces trois parcours. Ces « graines de champions » ont voué leur vie à la réussite sportive et c’est au moment où il faut concrétiser qu’ils sont filmés, avec la distance et la délicatesse nécessaire. Aucun n’est déifié ou humilié. Ils sont simplement vus pour ce qu’ils sont : des enfants.

Graine de Champion de Simon Lereng Wilmont et Viktor Kossakovsky (documentaire, DAN-SUE-NOR, 2016, 1h23), 18,99 euros (DVD seulement, pas de sortie blu-ray). Sortie le 17 octobre.

 

L-avancee-de-la-nuit-de-Jakuta-Alikavazovic

L’avancée de la nuit

de Jakuta Alikavazovic

Sarajevo. Paul est fasciné par Amélia. Paul est étudiant et gardien de l’hôtel Elisse. Amélia occupe la chambre 313 de cet hôtel, qui appartient à sa famille. Le jour où elle disparaît, il décide de partir à sa recherche. Il ignore que la jeune femme, qu’il désire tant, est partie pour tenter de retrouver sa mère, dans un Sarajevo assiégé. L’avancée de la nuit évoque la dernière guerre civile qui a déchiré l’Europe et ses conséquences. La peur qu’elle distille, la recherche de l’amour, la fuite… Tout, ou presque, est impacté par cette guerre. Née à Paris en 1979, Jakuta Alikavazovic avait déjà été remarquée pour Corps Volatils (2007) et son précédent livre, La Blonde et le Bunker (2012). Pour son quatrième roman qu’elle a écrit à la Villa Médicis, à Rome, Jakuta Alikavazovic raconte la fin dès les premières lignes. Ce qui ne l’empêche pas de parvenir à nous surprendre. Et à nous séduire.

L’avancée de la nuit de Jakuta Alikavazovic (éditions de l’Olivier), 288 pages, 19 euros.

 

Jacques-Tourneur-par-Fernando-Ganzo

Jacques Tourneur

dirigé par Fernando Ganzo

Fantastique. Les éditions Capricci ont la bonne idée de nous proposer un ouvrage collectif richement illustré sur le cinéaste franco-américain Jacques Tourneur (1904-1977). Jacques Tourneur a tourné une quarantaine de long-métrages dans des genres très différents. Paradoxalement, même s’il est adulé par des réalisateurs comme John Carpenter ou Martin Scorsese, Tourneur reste dans l’ombre. Fils du cinéaste Maurice Tourneur, il passe sa jeunesse en Californie et apprend le métier avec son père. C’est en France qu’il débute, avec cinq films dans les années 30, dont Un vieux garçon (1931) et Les Filles de la concierge (1934). De retour aux Etats-Unis, en 1934, il rencontre Val Lewton, un producteur, avec qui il signe trois chefs-d’œuvre fantastiques : La Féline (Cat People, 1942), Vaudou (I Walked with a Zombie, 1943) et L’Homme-léopard (The Leopard Man, 1943). Ce livre explore la filmographie de Tourneur par genres et c’est un vrai bonheur.

Jacques Tourneur dirigé par Fernando Ganzo (Capricci), 224 pages, 23 euros.

 

Daho-avant-la-vague-78-81

Daho avant la vague 78-81

de Pierre René-Worms et Sylvie Coma

Toys. Son nouvel album, Blitz, est prévu pour le 17 novembre, mais la trajectoire suivie par Etienne Daho continue de fasciner. Quatre ans après son dernier album, Les Chansons de l’innocence retrouvée (2013), Daho vient de sortir un premier single, Les Flocons de l’été, qui est annoncé comme très différent de ce que sera Blitz. Ce onzième album lorgne vers le trip hop et le rock du Velvet Underground et de Syd Barrett, que Daho adore. Le trio irlando-californien, Unloved, collabore sur plusieurs titres. Il faut dire que leur album, Guilty of Love (2015), a été une révélation pour Daho. Pour patienter, il faut lire Daho avant la vague 78-81 pour profiter des photos d’époque de Pierre René-Worms. Une époque où Daho, jeune rennais, travaille à la venue des Stinky Toys dans sa ville. Devenu ami avec ce groupe punk composé notamment d’Elli Medeiros et Jacno, c’est ce dernier qui produira le premier album de Daho, Mythomane (1981).

Daho avant la vague 78-81 de Pierre René-Worms et Sylvie Coma (éditions RVB Books), 162 pages, 34 euros. Sortie le 15 octobre.

 

Pepito-2-de-Luciano-Bottaro

Pepito 2

de Luciano Bottaro

Corsaire. Luciano Bottaro est originaire de Rapallo, une ville ligure d’un peu plus de 30 000 habitants, près de Gênes, où il est né en 1931. Jusqu’à sa disparition en 2006, Bottaro a publié plus de 20 000 pages pour un grand nombre d’éditeurs de fumetti, c’est-à-dire de bande-dessinée italienne. À la fin des années 50, c’est avec Giorgio Rebuffi et Carlo Chend qu’il crée un groupe, appelé l’École de Rapallo. En 1952, Bottaro imagine Pepito, un petit corsaire qui navigue sur son bateau, la Cacahuète. Dans ce deuxième volume, Cornélius publie 12 histoires restaurées pour l’occasion, avec pour décor des Caraïbes fantasmés par son auteur. On rit beaucoup et on pense forcément un peu à Robert Louis Stevenson (1850-1894) en feuilletant cette jolie BD.

Pepito 2 de Luciano Bottaro (Cornélius), 256 pages, 25,50 euros.

 

Tetris-jouer-le-jeu-de-Box-Brown

Tetris, jouer le jeu

de Box Brown

Addictif. Tout le monde connait ce petit jeu, totalement addictif malgré sa grande simplicité. Tetris et ses formes géométriques ont hanté les songes de beaucoup de joueurs de jeux vidéo. Dans cette BD, Box Brown mène une réflexion sur les rapports qu’entretiennent les jeux et la culture avec le monde du business. Tetris, jouer le jeu nous plonge donc dans les coulisses, avec les créateurs de ce carton absolu, devenu l’un des plus grands succès de l’histoire des jeux vidéo. Le pari est réussi pour Box Brown qui signe une BD aussi difficile à lâcher que Tetris.

Tetris, jouer le jeu de Box Brown (Les éditions de la Pastèque), 248 pages, 19 euros.

 

Everything-Now-Arcade-Fire

Everything Now

Arcade Fire

Équilibre. Créé en 2001, le groupe de rock indépendant canadien Arcade Fire a enflammé l’été 2017 avec son album, Everything Now. Depuis l’excellent Reflektor (2013), la bande de Win Butler a travaillé et n’a pas hésité à confier la production de son nouveau disque à Thomas Bangalter de Daft Punk. Geoff Barrow (Portishead) et Steve Mackey (Pulp) sont aussi intervenus. Une ouverture qui n’est pas nouvelle. On se souvient que James Murphy de LCD Soundsystem avait apporté son aide sur Reflektor. Comme souvent avec Arcade Fire, on oscille constamment entre euphorie et mélancolie, Win Butler n’hésitant pas à coller des paroles tristes sur des mélodies joyeusement disco. De ce décalage naît l’équilibre et la beauté des 12 titres de ce cinquième album.

Everything Now, Arcade Fire (Columbia/Sony), 15,99 euros (CD), vinyle (23,99 euros).

 

Sleep-Well-Beast-The-National

Sleep Well Beast

The National

Colère. C’était l’un des disques les plus attendus de cette rentrée 2017. Le septième album du quintette de Cincinnati, The National, est enfin là, quatre ans après le déjà très bon Trouble Will Find Me (2013). Le premier single, le superbe The System Only Dreams in Total Darkness, pose les bases. La voix profonde de Matt Berninger fait toujours des merveilles et les guitares font le reste : on est sous le charme. Avec Sleep Well Beast, Aaron Dessner (guitare), Bryan Devendorf (batterie), Matt Berninger (chant), Scott Devendorf (basse) et Bryce Dessner (guitare) signent un retour d’une grande beauté. Guilty Party ou Nobody Else Will Be There l’attestent. Créés en 1999 sous Georges W. Bush (2001-2009), The National a été impacté par l’élection de Donald Trump. Mais cet album, qui est sans doute l’un des plus beaux de cette année 2017, parle aussi d’histoires d’amour brisées et de tristesse, celle qui vient juste après la colère.

Sleep Well Beast, The National (4AD), 11,99 euros (CD), 21,99 euros (vinyle).

 

This-Never-Happened-Yan-Wagner

This Never Happened

Yan Wagner

Crooner. Cinq ans après Forty Eight Hours (2012), revoilà le Franco-Américain Yan Wagner, notamment remarqué pour son travail avec Arnaud Rebotini ou Etienne Daho. On retrouve avec plaisir sa pop tournée vers le dance floor et sa voix de baryton, qui rappelle immanquablement celle de Dave Gahan, le chanteur de Depeche Mode. Mais cette fois, l’ambiance générée par ces 10 titres est moins glacée, moins sombre. Sur la balade synthétique It Was a Very Good Year, Yan Wagner se mue, avec réussite, en crooner, en jouant avec une réécriture d’Ervin Drake et Frank Sinatra. Il rend aussi hommage à David Bowie, période Let’s Dance (1983), avec SlamDunk Cha-Cha. Sur No Love ou Close Up, c’est vers une new wave chaleureuse que tend Yan Wagner. Mais le martial et hypnotique Grenades vient rappeler, si besoin était, que c’est définitivement dans la noirceur qu’excelle Yan Wagner.

This Never Happened, Yan Wagner (Her Majesty’s Ship/[PIAS]), 9,99 euros (MP3), 12,99 euros (CD), 16,99 euros (vinyle).

journalistRaphael Brun